La revanche du MR après 13 ans d’opposition

En octobre 2000, Charles Michel devenait ministre wallon des Affaires intérieures et de la Fonction publique. © Belga
En octobre 2000, Charles Michel devenait ministre wallon des Affaires intérieures et de la Fonction publique. © Belga - Belga.

Après une – très – longue pause de treize ans, les libéraux sont de retour aux affaires en Wallonie. Ils ne sont pas revenus au pouvoir après une victoire électorale, mais tout simplement grâce à un cadeau inespéré offert sur un plateau d’argent par le CDH.

Allié au PS depuis le début de la législature (2014), le président du parti humaniste a en effet «  débranché la prise  » le 19 juin dernier après les nombreuses « affaires » : Publifin, ISPPC et Samusocial. C’est-à-dire deux ans avant le terme prévu. Pour les réformateurs wallons du MR qui siègent dans l’opposition depuis 2004 à Namur, c’est la surprise du siècle.

Et cette fois, le MR va même pouvoir occuper la ministre-présidence. Ce qui était arrivé une seule fois jusqu’à présent avec André Damseaux en… 1982. Et encore, c’était un cas spécial puisque la législature 1981-85 avait commencé sous la présidence de Jean-Maurice Dehousse (PS) qui avait ensuite cédé son siège à André Damseaux pour neuf mois avant de reprendre la tête de l’exécutif.

Depuis, tous les ministres-présidents qui se sont succédé à l’Elysette étaient socialistes à une exception près, celle de Melchior Wathelet (PSC devenu CDH) entre fin 1985 et début 1988.

« Du pain bénit pour le MR »

Une revanche du MR ? «  Peut-être pas par rapport à 2004 mais clairement par rapport à 2014, analyse le politologue Régis Dandoy de l’UCL. Il faut se rappeler qu’après les élections, le PS avait formé un gouvernement wallon avec le CDH sans attendre le fédéral. Le MR s’était vengé en montant seul au fédéral. C’était aussi une revanche contre le CDH. Les deux partis étaient frustrés, ce qui n’a fait qu’accroître les tensions entre eux. Quand le CDH est arrivé avec la proposition de renverser le PS à la Région wallonne, c’était du pain bénit pour le MR.  »

Pour Pascal Delwit (ULB), au-delà de la revanche par rapport à 2004 ou 2014, c’est surtout la démonstration que le PS est contournable.

«  Aux élections législatives de 2007 et régionales de 2009, il y avait cette idée importante dans le chef de Didier Reynders comme président de parti de déplacer le centre de gravité en Wallonie et de se positionner comme alternative au PS, explique le politologue de l’ULB. Mais 2007 fut un échec malgré le succès électoral et 2009 un échec électoral et donc politique. En 2014, Lutgen n’avait pas suivi (le MR au fédéral, NDLR.) sur une si courte majorité. Depuis 2004, il y avait cette obstination pour les dirigeants du MR de faire la démonstration que le PS est contournable dans le spectre francophone. Ce sera peut-être bref cette fois-ci, mais le MR pourra aller vers son électorat avec cette idée-là. Ce qui lui permettra d’atténuer la situation du fédéral où il est en partenariat avec la N-VA dans un gouvernement très flamand.  »

Autre avantage, le MR pourra tirer profit de la situation pour «  walloniser  » son image. «  Charles Michel vient du Brabant wallon, ce qui pour beaucoup de Wallons est assimilé à Bruxelles, analyse Pascal Delwit. Avec des ministres au gouvernement dans les espaces wallons plus nets, ça va aider.  »

De son côté, Régis Dandoy estime que le MR ne prend pas beaucoup de risques, sauf s’il déçoit au niveau de la réforme de la gouvernance et de l’éthique politique. «  Mais l’image que le PS a sur ces affaires est pire que celle du MR. Et cela fait très longtemps qu’il n’y a plus eu de ministre-président wallon MR  », ajoute-t-il.

Pour le politologue de l’UCL, les risques se trouvent plutôt du côté du CDH : «  S’il veut renégocier avec le PS en 2019, on pourra parler d’un passif très important. C’est clairement une trahison, un couteau dans le dos  ».

« Pour le PS, c’est un traumatisme »

Du côté du PS, par contre, l’accord CDH-MR est synonyme de retour dans l’opposition après de – très – longues années de pouvoir quasi sans interruption. Hormis une petite parenthèse de deux ans et deux mois entre décembre 1985 et février 1988 sous Melchior Wathelet sr, le Parti socialiste dirigeait la Région wallonne depuis sa création en 1981.

« Pour le PS, c’est le traumatisme, analyse Régis Dandoy. Il y en a déjà eu un premier en 2014 parce qu’il se croyait intouchable et incontournable ; et il l’était mathématiquement si on suivait la logique d’une majorité dans les deux camps linguistiques. Ici, ils se prennent une deuxième baffe. C’est un double traumatisme qui va laisser des traces. Il y aura probablement un avant et un après 2017. Ce double échec est imputable à Di Rupo, sa présidence et son cercle de leaders socialistes. Tout cela va laisser des traces au niveau générationnel.  »

Une page qui se tourne pour le PS ? «  C’est toute l’histoire politique belge qui s’en trouve chamboulée. Ce faisceau d’indicateurs fait qu’il y a un ras-le-bol sociétal et la fin d’une génération politique. Le CDH n’a toujours pas compris qu’il n’est plus ce parti pivot qu’il était depuis les années septante. Ils ont voulu remettre ça en 2017, mais c’est probablement la dernière fois  », conclut Régis Dandoy, en parlant d’un parti sans idéologie très claire et à l’électorat vieillissant.

De son côté, Pascal Delwit y voit une logique démocratique à ce qu’un parti change de temps en temps de statut. «  Cela s’opère dans un moment difficile sur le plan interne (avec les affaires Publifin et Samusocial) ; et dans un contexte où la question de la présidence est posée depuis 2014, explique le politologue de l’ULB. En même temps, le PS reste au pouvoir à Bruxelles et à la fédération. Il lui reste des éléments de levier comme des ministres et des cabinets ministériels. S’il réussit pas trop mal les communales, cela pourrait être un deuxième levier pour aller au régional et au fédéral. En attendant, c’est un dur moment à passer. En octobre, il faudra qu’il soit en ordre de bataille  », conclut Pascal Delwit.

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