«Le trésor des Templiers est caché chez moi à Wodecq»

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Le trésor des Templiers est-il enfoui à neuf mètres sous terre dans le jardin d’une vaste propriété du petit village de Wodecq, dans l’entité d’Ellezelles ? Philologue retraité et propriétaire des lieux, Rudy Cambier, malgré ses détracteurs, y croit dur comme fer depuis qu’il a décrypté, au début des années 90, les Centuries, un manuscrit attribué à Nostradamus. « C’est une imposture, dénonce l’homme. Ce texte de 4.000 vers n’a en aucun cas pu être rédigé par Nostradamus, au milieu du XVIe siècle. L’apothicaire s’est attribué la paternité d’un manuscrit bien plus ancien rédigé par Yves de Lessines, un moine de l’abbaye de Cambron, où se trouve aujourd’hui Pairi Daiza. Le plagiaire n’a pas réussi à en supprimer toutes les scories qui trahissent sa véritable origine. »

Dès les deux premiers quatrains du texte l’auteur donne, selon Rudy Cambier, quantité d’indices qui permettent, à qui sait les voir, de l’identifier. On trouverait, notamment, d’évidentes références à saint Bernard, à l’Ordre des Roseaux, à l’anneau d’un prieur, à un certain Yvin des Prés qui permettent, de démasquer le véritable auteur des Centuries  : Yves de Lessines, dont les armes – un arbre dont les racines baignent dans l’onde – seraient décrites dans ces quatrains.

Ce texte n’étant finalement pas prophétique, que raconte-t-il ? C’est bien là la plus incroyable découverte effectuée par Rudy Cambier. Au bout d’un long travail de recherches, les Centuries l’ont ramené au Blanc Scourchet, du nom de ce lieu-dit de Wodecq où sa famille est établie depuis près de sept siècles.

«  Comme c’était de coutume dans la littérature médiévale, le texte est constitué de multiples étages et comporte quatre niveaux de lecture, commente le philologue. Le premier relate des faits historiques. Le deuxième, des faits locaux qui se sont déroulés entre 1280 et 1325. Le troisième conte l’histoire de l’ordre du Temple et le dernier détaille sept itinéraires comportant un tas de noms de lieux de la région des Collines comme ceux de villages ou de champs. »

Sept itinéraires jusque Wodecq

« Ce texte, poursuit Rudy Cambier, raconte comment, prévenus des desseins du roi, quatorze Templiers entreprennent, à l’insu de leur maître Jacques de Molay, de soustraire à la vindicte royale tout ce qui, le moment venu, pourrait servir la renaissance de l’Ordre : de l’argent, des objets cultuels, ces reliques qui constituent le véritable trésor des Templiers et divers documents, au nombre desquels la règle originelle et les précieuses archives capitulaires, les chapitres détenant le seul vrai pouvoir au sein de cet ordre organisé comme une république. »

Que décrivent les sept itinéraires détaillés ? Le chemin emprunté par les Templiers pour acheminer vers sa cachette leur trésor contenu dans 21 tonneaux. Les six autres ? Ils décriraient, selon Rudy Cambier, les chemins depuis Paris, la Hongrie ou ailleurs qui permettraient à « l’Attendu » – du nom par lequel Yves de Lessines désigne celui qui serait l’artisan de la renaissance de l’ordre – de découvrir la cachette.

Et où se trouve cette fameuse cachette ? « Ça pourrait être un délire, concède le philologue, mais c’est chez moi, dans mon jardin ! Je ne peux pas me tromper. Les références toponymiques des Centuries me sont toutes familières. Et après avoir couché tous ces noms sur une carte, j’en ai conclu que les sept itinéraires convergent vers un seul endroit : le lieu-dit “la Croix Philosophe”, à Wodecq. Il n’y a aucun doute non plus quand l’auteur situe la cachette dans ma maison du Blanc Scourchet qui se dit l’abri blanc en vieux français. »

Si les descriptions sont si précises, pourquoi le trésor n’a-t-il toujours pas été mis au jour ? « Vers la fin des années 90, des examens tomographiques ont été effectués par l’expert britannique Peter Fenning. Ils ont révélé, à l’endroit décrit par les Centuries, l’existence, à une profondeur de 2,5 mètres, d’une cavité voûtée de 9 x 4 mètres à l’intérieur de laquelle les prospections radiologiques révélèrent la présence de 21 masses métalliques », affirme Rudy Cambier. Et ? Plus rien. Du moins pas grand-chose.

En 2001, l’administration wallonne a refusé à Rudy Cambier l’autorisation de mener des fouilles. En 2010, des fouilles ont bien été menées mais pas dans le jardin de Rudy Cambier, dans le champ en face. Elles n’ont évidemment rien donné. « Par contre, entre-temps, une société lilloise et l’université de Mons sont venues effectuer des carottages et des sondages dans mon terrain. Elles ont toutes les deux conclu que le sol présente des anomalies »

Et les choses se compliquent pour le philologue. Surtout qu’un permis de lotir a été accordé afin de construire un ensemble de maison dans le champ qui fait face à la maison du Blanc Scourchet. « Avec notre association, nous nous opposons à ce projet, poursuit Rudy Cambier. Nous avons rédigé une pétition qui a recueilli 620 signatures et nous avons introduit des recours qui ont malheureusement été rejetés. Ce projet ne tient pas compte du fait que les itinéraires décrits dans les Centuries passent par ce champ. »

Une demande de classement

L’affaire prend désormais un tour plus politique. Sous l’impulsion de Jean-Luc Crucke, fraîchement nommé ministre wallon mais déjà à l’époque où il était député-bourgmestre de la commune voisine de Frasnes-lez-Anvaing. « J’aimerais beaucoup que le site puisse être classé au patrimoine wallon, dit-il. Il représente un énorme potentiel pour la région des Collines en termes touristique et historique. Avec ce trésor, nous sommes dans le surréalisme qui est déjà très présent dans notre région qui a vu naître René Magritte. Si le trésor est découvert, c’est la cerise sur le gâteau. S’il ne l’est pas, ce n’est pas grave, on est dans l’imaginaire et le romantisme. Mais dans un cas comme dans l’autre, ça revêt un intérêt et ça peut être porteur. Malheureusement, tous les ministres wallons à qui j’ai demandé le classement du site m’ont opposé un refus. Peut-être René Collin, qui vient d’être nommé, accueillera-t-il ma demande autrement… »

Un jour, Rudy Cambier pourra-t-il enfin tenir son trésor en main ? « Ce n’est pas ce qui m’importe, affirme-t-il. Je voulais juste démasquer Nostradamus et mettre en lumière l’excellent auteur qu’est Yves de Lessines. »

«Les Templiers ne possédaient pas de richesses»

Frédéric Delepierre

Alain Dierkings, historien.
Alain Dierkings, historien. - D.R.

Qui étaient les Templiers ?

L’ordre des Templiers est né avec la première croisade lors de laquelle Jérusalem fut prise en 1099 par les Occidentaux. Ils n’étaient pas très nombreux à s’installer là-bas et il leur fallait gérer la Terre sainte, garder les frontières, escorter les pèlerins et combattre. Le mouvement s’est structuré en 1110 grâce à un groupe de chevaliers issus de la noblesse qui souhaitaient rester sur place. Ils étaient entre cinq et dix et ont été installés par le roi de Jérusalem près du temple de Salomon dans un lieu qui est aujourd’hui la mosquée Al Aqsa. Leur particularité est qu’ils étaient militaires mais qu’ils voulaient un statut religieux. Peu à peu, ils se structurent et obtiennent la reconnaissance du roi de France. En 1129, le concile de Troyes les nomme chevaliers du Christ et ils deviennent l’équivalent des moines ce qui en fait un nouvel ordre religieux constitué de combattants en même temps hommes d’église. Ils vont créer des commanderies qui leur serviront à recruter et à gérer leur patrimoine. Vers le XIIIe siècle, l’ordre comptera jusqu’à 15.000 chevaliers, chacun entouré d’une quinzaine de personnes.

Qu’en est-il de ce fameux trésor légendaire ?

L’ordre est bien vu et devient riche. Cette fortune est cependant surtout constituée de terres et des revenus de ces terres alors que dans l’esprit des gens, on pense à des coffres plein de pièces. Ce ne sont pas des gens particulièrement cultivés et ils ne possèdent pas non plus d’œuvres d’art, de reliquaires, etc.

Pourquoi dès lors parler d’un trésor caché ?

Les croisades ont été un échec. On se dit alors que les Templiers n’ont pas fait leur travail, qu’ils ont pactisé avec l’ennemi. En 1291, la dernière croisade tombe. Ils vont commencer à être décimés et on voudra les punir. Même si le grand maître est bien vu par le roi mais la jalousie de Philippe le Bel est réelle. Il est sensible à la critique. En 1307, il ordonne l’arrestation des Templiers. On séquestre toutes les commanderies. Dans tous les registres qui ont été saisis, on voit clairement que les Templiers possédaient peu d’argent. Mais depuis toujours, les gens ont cru qu’il y avait autre chose, que les chevaliers ont été prévenus de leur démantèlement et qu’ils ont fait sortir des caisses avec des richesses. Historiquement, cela ne repose sur rien. Au fil du temps, la croyance d’un procès magouillé dont les Templiers ont été les victimes s’est mise en place. Ils sont devenus des martyrs et ça a fait naître une fascination.

Vous ne croyez donc pas à la thèse de Rudy Cambier ?

Pas du tout. C’est de la surinterprétation d’un texte écrit a posteriori. C’est la différence entre l’Histoire, qui repose sur des textes, et le roman. On peut faire dire n’importe quoi à Nostradamus. Mais parfois, on peut avoir de bonnes surprises…

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