Activistes contre le glyphosate, ne nous trompons pas de procès

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En ce moment, l’Union européenne doit se prononcer sur la prolongation de l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate, l’ingrédient principal de l’herbicide Roundup, produit phare de Monsanto. Cet herbicide tue toutes les plantes, sauf celles génétiquement modifiées pour le tolérer. Il met en danger la biodiversité, les sols, les insectes, les ressources en eau, etc. Le glyphosate est reconnu comme « probablement cancérogène » par l’OMS, et les risques qu’il fait peser sur la santé et l’environnement sont depuis longtemps pointés du doigt. Aussi, des voix émanant de la société civile, de la communauté scientifique et du monde politique dénoncent les pressions qu’exercent les fabricants de ce produit sur les institutions européennes.

Des documents compromettants

A la suite d’un procès concernant la toxicité du Roundup entamé aux Etats-Unis par des milliers de personnes, des documents internes à Monsanto ont été mis à jour. Ces Monsanto Papers mettent en lumière les fraudes scientifiques, les conflits d’intérêts et la désinformation utilisés par cette firme pour empêcher que le caractère cancérogène du glyphosate soit reconnu par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Le 11 octobre dernier, suite à la publication de ces documents, le Parlement européen a organisé une audition publique à laquelle Monsanto a refusé de participer.

Des études tronquées

En France, 21 activistes étaient accusés d’avoir dégradé des bidons de glyphosate. A l’issue du procès, le juge du tribunal correctionnel de Foix a décidé de saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour questionner les études sur la dangerosité des pesticides, estimant que le principe de précaution n’est pas respecté. Outre la nocivité du glyphosate, ces activistes dénoncent les failles des procédures européennes d’autorisation des pesticides : les études sont réalisées par l’industrie elle-même, les détails sont gardés secrets et les agences responsables de les examiner emploient de nombreuses personnes en conflit d’intérêts. Quelques jours plus tard, ce 24 octobre, le Parlement européen a voté une résolution non-contraignante demandant que ces études soient indépendantes, publiées et évaluées par les pairs, ainsi qu’une disparition du glyphosate en cinq ans.

Des actions d’utilité publique

En Belgique, ce jeudi 9 novembre, neuf personnes se retrouveront à leur tour devant la justice. Elles sont accusées d’avoir dégradé les bureaux bruxellois de l’European Crop Protection Association (ECPA), le lobby des producteurs de pesticides, lors d’une action visant à mettre en évidence le rôle néfaste de cette organisation auprès des institutions européennes. L’Ensemble zoologique de libération de la nature, à l’initiative de l’action, invitait à coups d’humour, de peinture à l’eau et de feuilles mortes à abandonner les pesticides et à signer l’initiative citoyenne européenne (ICE) Stop Glyphosate, qui a depuis été appuyée par plus d’1,3 million de personnes.

Ces actions sont utiles car elles participent au débat citoyen. Elles ont démontré leur efficacité pour mettre en lumière les pratiques douteuses et anti-démocratiques de l’industrie agrochimique. Questionner l’autorisation d’un pesticide est d’intérêt général, car ces décisions ont des impacts sur notre santé et sur l’environnement. Il serait regrettable que les personnes qui promeuvent l’application du principe de précaution soient condamnées, alors que celles qui l’entravent ne sont pas inquiétées.

Nous nous joignons au message constructif porté par la société civile, qui appelle à opérer une transition vers une agriculture sans produits toxiques et solidaire avec les producteurs.

*Signataires : Bart Staes, député européen ; Benoit Hellings, député fédéral ; Fabrice Murgia, acteur et metteur en scène ; Geoffrey Pleyers, sociologue, professeur ; Jaco Van Dormael, cinéaste ; Lola Sánchez Caldentey, députée européenne ; Marc Tarabella, député européen ; Michèle Rivasi, députée européenne ; Olivier De Schutter, juriste, professeur ; Patrick Viveret, philosophe ; Pierre-Paul Renders, réalisateur et scénariste ; Riccardo Petrella, politologue et économiste, professeur ; Tania González Peñas, députée européenne ; Xabier Benito Ziluaga, député européen ; Muriel Gerkens, députée fédérale ; Marie-Monique Robin, journaliste d'investigation ; Pietro Pizzuti, acteur et metteur en scène.

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