Uyttendaele sur la crise catalane: «Le parti de Rajoy cautionne une vieille méthode totalitaire»

Ils sont tous là ou presque pour venir au secours de Mariano Rajoy, ces Ponce-Pilate qui gouvernent l’Europe. Le mandat d’arrêt européen délivré par la justice espagnole est un dossier purement judiciaire, déclare le Président de la Commission européenne et nul chef d’État, nul gouvernement ne vient le contredire. La gauche européenne est muette. Le PSOE, parti socialiste espagnol dans l’opposition, s’aligne sur le gouvernement.

Le droit des peuples à l’auto-détermination est une belle idée, plus belle encore lorsqu’elle doit s’exprimer dans une lointaine contrée africaine ou asiatique. Par contre, lorsqu’une telle revendication est exprimée sur le territoire de l’Union européenne, elle perd toute légitimité. La revendication politique se mue en infraction pénale. L’opposant politique devient un délinquant.

Bien sûr, l’indépendantisme catalan n’est guère sympathique. Le nationalisme ne l’est jamais, qu’il soit catalan, flamand, lombard ou espagnol. Le nationalisme est clivant. Il est terreau d’exclusion, de rejet de l’autre. Il est d’autant plus méprisable lorsqu’il émane de contrées prospères, lasses d’être contraintes à une solidarité économique avec ceux qui sont plus démunis. Ce constat, cependant, n’autorise pas toutes les dérives. Il ne permet pas la remise en cause des libertés fondamentales et des valeurs démocratiques qui constituent précisément le terreau, sinon la raison d’être de l’Union européenne. Celle-ci était, avant de devenir un marché mercantile, une réponse aux heures noires qu’avait connue l’Europe avec l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste, mais aussi avec l’Espagne franquiste. On peut réprouver, moralement et intellectuellement, l’indépendantisme catalan.

Il ne faut pas oublier cependant que le gouvernement catalan et le gouvernement espagnol avaient négocié un statut d’autonomie, accepté par référendum par 74 % des Catalans. Il ne faut pas oublier que c’est une minorité parlementaire – aujourd’hui au pouvoir et devenue majoritaire – qui a obtenu de la Cour constitutionnelle l’annulation d’une partie significative de ce statut et la progression des revendications indépendantistes.

Ce que le Parti Populaire de Monsieur Rajoy n’a pas obtenu dans l’arène démocratique, il l’a obtenu sur le terrain juridictionnel. Aujourd’hui, il récidive. Plutôt que de s’en remettre simplement au jeu démocratique, aux élections d’une assemblée législative, à un référendum sur l’indépendance organisé cette fois avec la garantie de l’État de droit, il cautionne la criminalisation des opposants, soit une très vieille méthode totalitaire. Une méthode utilisée de tout temps par toutes les dictatures, par tous les régimes autoritaires, une méthode qui ne permet pas de distinguer aujourd’hui les gouvernements turc et espagnol.

Les juges belges qui demain connaîtront du mandat d’arrêt européen délivré contre Monsieur Puidgemont s’honoreraient en échappant à l’atmosphère ambiante. Ils s’honoreraient en se posant cette question toute simple : renvoie-t-on dans son pays d’origine un opposant qui sera mis en prison au seul motif qu’il mène un combat politique contre le pouvoir en place ? Puissent-ils raisonner en termes de valeurs, en termes de libertés et ne pas se laisser infecter par leur éventuelle antipathie à l’égard du nationalisme flamand.

Dans la vie des peuples, comme celle singulière de chaque homme et de chaque femme, il ne peut, dans une démocratie moderne, y avoir de mariage forcé. Si demain la Catalogne, si après-demain la Flandre, entendent faire sécession, pour autant que les minorités soient respectées, pour autant que des négociations respectueuses de tous les intérêts en présence soient tenues, leur volonté doit être respectée. Elle a un prix, cependant. Le nouvel Etat ainsi créé ne sera pas membre de l’Union européenne et devra en supporter les conséquences économiques. Morale paradoxale infligée à ces peuples qui ont eu l’arrogance de leur prospérité. Mais avant cela, bien avant cela, il nous faut savoir que si, aujourd’hui, l’on accepte que l’opposant soit qualifié de criminel, que le droit et la justice deviennent des instruments de pouvoir et non de contre-pouvoir, c’est l’Europe entière qui s’en trouvera déshonorée.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1 mois d'essai offert
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris

Commentaires

A la une
Tous

En direct

Le direct