VIH-Sida: nous pourrions arrêter l’épidémie, donnez-nous les moyens!

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Le 18 novembre, la musique s’est arrêtée rue du Marché au Charbon. La communauté gay de Bruxelles se rassemblait pour rappeler un message simple : les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) représentent encore aujourd’hui la population la plus impactée par le VIH en Belgique, mais il pourrait en être autrement. Selon les derniers chiffres de l’Institut de Santé publique, ils concernaient 52 % des nouveaux diagnostics dont le mode de transmission est connu. Une homophobie encore trop présente et l’absence de moyens suffisants dans une prévention ciblée dans les groupes où l’épidémie est la plus forte constituent une grande partie de l’explication. Alors qu’on continue à noter une diminution globale des nouvelles infections en 2016, chez les HSH, elles n’ont que très faiblement diminué.

Pourtant, nous pourrions arrêter l’épidémie, d’autres sont clairement dans cette voie. San Francisco a réduit le nombre de nouvelles infections de moitié en 4 ans. Londres, de 20 % en 1 an. Dans les deux cas, l’effort a porté sur les HSH et c’est chez eux que la diminution a été la plus remarquable. A Bruxelles, ville où a lieu la majorité des transmissions en Belgique, les chiffres stagnent, alors qu’ailleurs, on a reconnu que les grandes villes étaient déterminantes dans l’épidémie et que des politiques ambitieuses, comprenant des actions ciblées dans les populations clés, pouvaient faire la différence.

Nous pourrions arrêter l’épidémie, les outils sont prêts. Si ces villes réussissent, c’est entre autres parce qu’elles ont utilisé pleinement la diversité des nouveaux outils. Outre le préservatif, qui ne réussira pas à lui seul à arrêter l’épidémie, aujourd’hui, les dépistages (démédicalisés, par des pairs formés ou en auto-test), la PrEP (ce médicament qui, pris avant un rapport, limite très fortement les risques), les traitements (qui permettent de vivre en bonne santé et empêchent la transmission), les outils de réduction des risques, etc. permettraient d’offrir à chacun une protection efficace correspondant à ses choix de vie.

Nous pourrions arrêter l’épidémie, les communautés sont mobilisées. Depuis le début de l’épidémie, le VIH a surtout touché des communautés qui étaient déjà stigmatisées et discriminées, y compris dans les soins. Très vite, pourtant, ces communautés se sont mobilisées. Elles se sont informées, formées, elles ont pris soin de leurs pairs et développé une expertise et des réseaux permettant d’amener un accompagnement et des soins de qualité vers les plus exclus d’entre eux. Elles se sont aussi battues pour défendre leur place et leurs droits contre la violence et les discriminations qui constituent encore un moteur de l’épidémie.

Nous pourrions arrêter l’épidémie, donnez-nous les moyens. Nous avons les connaissances et les réseaux pour diffuser les outils au sein de la communauté et créer des espaces de confiance pour permettre à tout le monde d’accéder à la prévention et aux soins, y compris ceux d’entre nous que la prévention classique n’atteint pas, y compris ceux qui n’osent pas parler, y compris sur internet, dans les saunas, les soirées privées, les parcs, les lieux de drague divers. Pour cela, il ne manque que l’engagement de moyens ambitieux, dans une stratégie de santé publique donnant une place de choix aux grandes villes et permettant aux principales communautés de prendre en main les outils et d’être à l’abri des violences et discriminations.

Nous pourrions arrêter l’épidémie, mais le voulons-nous ? Il y a quelques mois, l’excellent film 120 battements par minute nous a rappelé le chemin que nous avions parcouru pour sortir d’une épidémie de SIDA qui tuait quasi systématiquement. Nous pourrions maintenant passer à l’étape suivante, la fin de l’épidémie en Belgique. Voulons-nous en être à la hauteur ?

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