Le Prix Rossel: des regrets, mais aussi des audaces

Pour les lettres belges, le Rossel, c’est un peu comme le Goncourt, c’est vrai. Le vainqueur du Rossel ne vendra sans doute pas les 430.000 exemplaires en moyenne du prestigieux prix français et ne touchera donc pas les 600.000 euros, en moyenne toujours, de droits d’auteur. Mais, si le Rossel est plus modeste, il reste d’une grande importance dans la vie littéraire francophone de notre pays et est respecté en France. C’est ce jeudi que le jury du Prix Rossel décidera qui l’emportera. On connaîtra le nom vers midi, on proclamera officiellement en début de soirée, dans les ors du Palais de Charles de Lorraine à Bruxelles.

Depuis 1938, le Prix Rossel a tenu la distance à l’égard d’une évolution continue de la littérature. Il n’a jamais récusé la nouveauté ni banni la tradition, pas plus qu’il n’a rejeté la turbulence verbale ou intellectuelle ou proscrit le pur plaisir de l’écriture. La diversité des œuvres lauréates montre bien qu’elles n’ont souvent rien de commun sinon l’exercice libre de la littérature. Bien sûr, il peut y avoir des regrets. Celui de n’avoir pas (encore ?) inclus Amélie Nothomb dans son palmarès, ni Conrad Detrez, ni Marcel Moreau, par exemple. Mais il y a eu aussi des audaces, la liste des lauréats en est pleine.

1 Quels sont les finalistes 2017 ? Comme toutes les années depuis 1985, les finalistes sont connus depuis quelques semaines. Ce sont :

Victoire de Changy avec Une dose de douleur nécessaire (Autrement).

Laurent Demoulin avec Robinson (Gallimard).

Zoé Derleyn avec Le goût de la limace (Quadrature).

Marcel Sel avec Rosa (Onlit).

Nathalie Skowronek avec Un monde sur mesure (Grasset).

2 Qui a créé le Prix Rossel ? Votre journal, Le Soir, en 1938. Le 21 août 1914, Le Soir avait été mis à sac par les Allemands. Il n’a pas paru pendant toute la guerre. Victor Rossel, son directeur propriétaire, le fils d’Émile, le créateur du journal, amateur de littérature, réunissait un groupe d’écrivains chaque jeudi dans son salon ixellois de la rue Gachard. Victor Rossel est mort en 1935. C’est en souvenir de ces « Beaux Jeudis », comme on les appelait, que Le Soir créa le prix Victor Rossel. Il s’agissait, dit-on dans l’annonce dans le journal, le 22 janvier 1938, «  d’apporter une contribution nouvelle à notre littérature nationale  » ; le prix entendait ainsi «  servir l’une des expressions les plus nobles de la pensée belge, grâce à laquelle notre pays affirme le mieux sa grandeur dans le domaine pacifique de l’art. » Depuis, le Rossel fut décerné chaque année, sauf pendant l’interruption de la guerre, entre 1940 et 1945. On en est cette année au 74e  prix.

3 Quels sont les lauréats ? Septante-trois prix déjà décernés, mais 74 lauréats : en 1997, le Rossel a été accordé ex aequo à deux écrivains, Henry Bauchau (Antigone) et Jean-Philippe Toussaint (La télévision). Parmi ces lauréats, des inconnus ou quasi : Marguerite Guyaux, qui avait remporté le premier prix avec un roman régionaliste, Bollèche, Jean Welle, Jacqueline de Boulle, Charles Paron… Et des hommes et femmes de lettres célèbres : Maurice Carême, Albert Ayguesparse, Jacqueline Harpman, Franz et François Weyergans, père et fils, qui l’ont emporté à douze ans d’intervalle, Pierre Mertens évidemment, avec L’inde ou l’Amérique, Gaston Compère, Jean-Claude Bologne, Patrick Roegiers, Caroline Lamarche, Guy Goffette, Geneviève Damas, Alain Berenboom, Eugène Savitzkaya…

Le lauréat 2016, Hubert Antoine explique l’effet du Rossel

4 Qui décide ? Un jury composé de lauréats du Prix Rossel, emmené par Pierre Mertens : Ariane Le Fort, Isabelle Spaak, Michel Lambert, Jean-Luc Outers, Thomas Gunzig. Plus le signataire de cet article, qui est responsable du supplément littéraire Les Livres du Soir. Plus, par rotation chaque année, deux libraires de librairies indépendantes : Sophie Roelants (A livre ouvert, Woluwe St-Lambert) et Frédéric Neve (Décallonne à Tournai) cette fois-ci. Le chef du service Culture, Daniel Couvreur, en assure le secrétariat.

5 Que gagne le lauréat ? En 1938, le prix était de 10.000 FB. Il est aujourd’hui de 5.000 euros. Même s’il est agréable de les recevoir, ce n’est pas cette somme qui compte mais bien la récompense d’un travail et l’assurance que les ventes du livre vont être boostées. Le Geneviève Damas de 2011, Si tu passes la rivière (Luce Wilquin), a multiplié ses ventes par huit, puis il a été édité en poche. Le Savitzkaya de 2016, Fraudeur, a crû ses ventes de 30 %. Et puis, il y a la reconnaissance.

En 2005, Patrick Delperdange avait fait le doublé Rossel et Rossel des jeunes (qui n’existe plus aujourd’hui) avec Chant des gorges (Sabine Wespieser) : «  C’est un des grands moments de mon existence et de ma carrière littéraire, nous disait-il dernièrement. Mon image a totalement changé. J’étais jusque-là considéré comme quelqu’un qui travaillait plutôt dans les marges, en BD, en jeunesse, en polar. Mais là, tout à coup, les gens se sont dit : peut-être est-il un vrai écrivain qui travaille dans la vraie littérature ?  »

Et Hubert Antoine, lauréat 2016 avec Danse de la vie brève (Verticales) : «  Recevoir ce prix littéraire m’a donné confiance. Confiance en ce que j’écris, en mes choix. Le retour des lecteurs, l’acceptation de ses pairs, la visibilité dans les librairies et les bibliothèques, c’est le baptême qu’un auteur, toujours en proie au doute, espère. Se sentir inclus dans le catalogue m’a permis d’arrêter de me fouetter. Ce que j’ai pondu, cette fois, a valu la peine. Maintenant je suis libre de penser à autre chose.  »

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