Le logement n’est pas un luxe, c’est un droit

© Thomas Blairon.
© Thomas Blairon.

D’accord pour ne jamais laisser les gens à la rue mais je n’aime pas l’expression « droit » personne n’a « droit » on doit les aider à sortir de la rue au plus tôt mais ce n’est pas un « droit » ils y sont pour toutes sortes de raisons !

Ce commentaire, récemment posté par un internaute sur un de nos réseaux sociaux, interpelle et relance une nouvelle fois le débat sur la notion de droit. Le logement n’est pas un luxe, c’est un droit ! Un droit fondamental même.

La montée fulgurante des loyers, l’explosion du coût de l’énergie, la diminution des remboursements des soins de santé, bref l’augmentation généralisée du coût de la vie conjuguée à la fin de l’ère du plein-emploi, à l’exclusion du chômage de catégories entières de la population ainsi qu’au détricotage des politiques sociales ont aggravé la situation des personnes qui étaient déjà en situation difficile et ont fait basculer dans la précarité de nouvelles couches de la population : les ‘nouveaux pauvres’. Entre les logements sociaux trop peu nombreux et pour lesquels on annonce un délai de dix ans d’attente minimum (encore plus long pour les grands ménages) et les logements insalubres malgré les promesses d’un Code du Logement qui peine à se faire appliquer sur le terrain, de plus de plus de personnes vivant sur le fil de la grande précarité se fragilisent chaque jour davantage jusqu’à, parfois, basculer à la rue.

Tout comme l’est la définition du sans-abrisme, l’estimation du nombre de personnes concernées est complexe. Bien qu’il existe différentes manières de recenser le nombre de personnes en situation de sans-abrisme, aucune méthode ne parvient jamais à produire une image exhaustive de la réalité. Pour ne citer que l’exemple de Bruxelles, depuis la première tentative d’estimation du nombre de sans-abri réalisée par La Strada, le centre d’appui du secteur sans abri bruxellois, en 2008 le chiffre est en constante augmentation. Le dernier recensement organisé en mars 2017 indique un chiffre de plus de 4.000 personnes sans abri.

Personne n’a droit

C’est tout le contraire ! Tout le monde a droit à un logement décent et l’utilisation du mot « droit » prend tout son sens parce qu’il renvoie à plusieurs textes de loi. Tout d’abord à la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, deux textes ratifiés par la Belgique et qui garantissent à toute personne une série de « droits » essentiels dont le « droit au logement ». Depuis 1994, l’accès au logement est d’ailleurs reconnu par l’article 23 de la Constitution belge comme élément constitutif du « droit à la dignité ». Chacun·e a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. À cette fin, la loi, le décret ou la règle visée à l’article 134 garantissent, en tenant compte des obligations correspondantes, les droits économiques, sociaux et culturels, et déterminent les conditions de leur exercice. Ces droits comprennent entre autres le droit à un logement décent. Parler de « droit » permet d’affirmer avec force que la responsabilité d’assurer un toit pour chacun et chacune incombe à l’Etat et non aux individus.

Bien que ce ne soit pas un droit opposable, sa mise en œuvre et sa défense font l’objet de nombreuses publications et d’un lobbying intense, notamment, par le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH), le Rassemblement wallon pour le Droit à l’Habitat (RWDH) et la Vlaams Huurders Platform (VHP), qui chacun regroupe des dizaines d’associations de terrain oeuvrant pour le respect de ce droit fondamental.

La réactivation des droits fondamentaux passe par le logement

Dans notre société actuelle, l’activation d’une adresse postale est une condition sine qua non à la réactivation d’une multitude de droits fondamentaux. Autrement dit : sans adresse postale, on n’existe pas. En tout cas, pas aux yeux de la Loi. Aujourd’hui, plus que jamais, la question globale de la réactivation des droits fondamentaux reste d’actualité. Et le droit au logement est LA priorité pour toutes les personnes qui cherchent à se reconstruire durablement. Parce que c’est précisément de ce droit que dépendent tous les autres. Il conditionne l’accès à la sécurité sociale, à l’ouverture d’un compte en banque, est une clé à l’obtention d’un emploi, etc.

Plus qu’un logement, un chez soi

La plupart des associations actives dans le secteur du sans-abrisme ont adopté la grille ETHOS, une typologie européenne de l’exclusion liée au logement mise au point par la FEANTSA (Fédération Européenne d’Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri). L’intérêt de cette typologie, qui distingue les personnes en fonction de leur position par rapport au logement (les personnes ‘sans abri’, les personnes ‘sans logement’, les personnes en ‘logement précaire’ et les personnes en ‘logement inadéquat’) est de permettre de penser l’accompagnement des personnes en remettant le logement au cœur du problème… donc de la solution. Car avoir un « chez soi », quelle que soit la forme de ce chez soi, c’est ce à quoi aspire toute personne avant d’envisager les autres aspects de sa vie.

La recherche de solutions dignes et durables pour notre public passe donc avant tout par l’accès à un ‘chez soi’. Des projets comme Housing First ou Capteur et Créateur de Logement sont intéressants parce qu’en replaçant le logement au cœur des solutions proposées aux personnes ‘sans abri’, ‘sans logement’ ou ‘mal logées’, ils bouleversent la logique d’accompagnement social des personnes : le logement fait partie des premières solutions concrètes proposées et les personnes peuvent y accéder sans conditions (sauf celles de tout·e locataire : payer le loyer et respecter le contrat de bail). Pour favoriser le maintien en logement, une équipe accompagne le ou la locataire dans tous les domaines de sa vie. Car le logement n’est pas tout ! Une fois celui-ci trouvé, la personne relogée se trouve face à une série de difficultés quotidiennes (démarches administratives, entretien du logement, paiement des factures dans les temps, reconstruction d’un réseau social, etc.) qui, si elles ne sont pas surmontées, peuvent mettre en péril la stabilisation et mener à des retours à la rue ou en institution.

A l’occasion de la Journée Internationale des droits humains l’asbl L’Ilot a lancé une pétition intitulée : «  Signez pour des solutions durables pour lutter contre le sans-abrisme !  ».

Nous appelons à donner votre voix, pour lutter durablement contre le sans-abrisme, et développer des solutions structurelles et politiques qui permettront réellement de faire bouger les lignes.

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