111 personnalités dénoncent les coupes dans l’aide belge au développement

Un flux moyen annuel de 25 dollars d’aide par habitant a permis de réduire la pauvreté de 6,5% dans les pays bénéficiaires.
Un flux moyen annuel de 25 dollars d’aide par habitant a permis de réduire la pauvreté de 6,5% dans les pays bénéficiaires. - Nick Hannes

Depuis le début des années 2010, l’aide publique belge au développement représente une des principales variables d’ajustement budgétaire du gouvernement belge. Après un premier plan de coupes budgétaires d’un montant estimé à 900 millions d’euros sous le gouvernement Di Rupo, un deuxième plan d’économie a été décidé par le gouvernement Michel pour un montant cumulé de 1,125 milliard d’euros – auquel se sont ajoutées, depuis le début de la législature, des coupes budgétaires additionnelles d’un montant cumulé de près de 450 millions d’euros.

Alors que ces restrictions budgétaires ont déjà entraîné une baisse importante des moyens disponibles pour financer les programmes gouvernementaux et non-gouvernementaux, de nouvelles coupes sont prévues par le gouvernement Michel, qui avait prévu en début de législature une croissance linéaire de ces coupes budgétaires, allant de 150 millions d’euros en 2015 à 290 millions d’euros en 2019. De telles réductions budgétaires mettent en péril les capacités de la Coopération belge de répondre efficacement aux enjeux du développement durable.

Un impact positif

Si l’aide publique au développement n’est pas la panacée, elle a néanmoins démontré son efficacité pour soutenir le développement économique et social dans les pays pauvres. L’étude d’impact réalisée par les chercheurs de l’Université des Nations Unies sur la période 1970-2007 démontre qu’un flux moyen annuel de 25 dollars d’aide par habitant a permis de réduire la pauvreté de 6,5 % et d’accroître les investissements de 1,5 %, le taux de croissance du PIB de 0,5 %, l’espérance de vie de 1,3 an et le taux moyen de scolarisation de 0,4 an dans les pays en développement bénéficiaires.

Un instrument unique

L’aide au développement représente un instrument unique pour intervenir dans des contextes risqués. La reconstruction des Etats fragiles ou post-conflits, le financement de l’adaptation au changement climatique, l’éradication des grandes pandémies ou le renforcement des capacités de recherche et de formation représentent des enjeux majeurs auxquels l’aide au développement peut contribuer. En ce sens, elle dispose de nombreux atouts pour contribuer à l’éradication de l’extrême pauvreté et des inégalités, à la résolution des enjeux environnementaux planétaires et, plus généralement, à la réalisation de l’agenda 2030 des Nations Unies en faveur des objectifs de développement durable.

Des intérêts réciproques

Tous les principaux enjeux mondiaux du 21e siècle – du changement climatique à la pauvreté et aux inégalités, en passant par les migrations, les pandémies, la souveraineté alimentaire et le terrorisme global – sont liés au développement et nécessitent de renforcer la coopération internationale. Face aux tentations de replis identitaires, la coopération au développement contribue à promouvoir la solidarité et la stabilité internationale dans un monde de plus en plus interdépendant. En ce sens, elle n’est pas seulement allouée dans l’intérêt des pays pauvres, mais aussi dans celui des pays donateurs. Facteur de stabilité et de paix, l’aide au développement contribue à enrayer les « effets boomerang » engendrés par la pauvreté et les conflits dans le voisinage des pays développés.

Une question de crédibilité

La mobilisation de 0,7 % du revenu national brut en aide au développement est un engagement de longue date des pays donateurs. Il en va dès lors de la crédibilité internationale de la Belgique. Cet engagement ne représente en rien un objectif budgétaire inatteignable. Au contraire, l’aide au développement est un placement préventif qui rapporte. Le revenu national brut de la Belgique s’élevait à 423 milliards d’euros en 2016 – soit l’équivalent de 103 euros par jour et par habitant. Respecter l’engagement des 0,7 % du RNB en aide au développement ne coûterait que 70 centimes par jour et par habitant.

C’est pourquoi nous demandons au gouvernement belge de mettre un terme aux coupes opérées dans le budget de la coopération au développement et, au contraire, d’adopter un plan de croissance de l’aide belge au développement menant à l’objectif de 0,7 % du RNB.

*Signataires : Henri Bartholomeeusen, président du Centre d’Action Laïque (CAL) ; Kris Bachus, professeur à la KUleuven ; Veerle Baetens, comédienne ; Johan Bastiaensen, professeur à l’Université d’Anvers ; Vincent Blondel, recteur de l’UCL ; Cécile Bolly, médecin, chargée de cours à l’UCL et à la Haute Ecole Robert Schuman ; Eva Braems, professeure à l’Université de Gand ; Claudine Brasseur, ancienne présentatrice du Jardin Extraordinaire ; Xavier Brenez, directeur général des Mutualités Libres ; Paul Callewaert, secrétaire général des Mutualités socialistes flamandes ; Bea Cantillon, professeure à l’Université d’Anvers ; Isabelle Cassiers, professeure à l’UCL ; Ann Claes, co-manager de JBC ; Piet Colruyt, administrateur de Impact Capital ; Stijn Coninx, cinéaste ; Caroline Copers, secrétaire générale de la FTBG flamande ; Bruno Coppens, humoriste ; Albert Corhay, recteur de l’ULg ; Jean-François Coutelier, administrateur délégué de Scopiton ; Daan, musicien ; Axel Daeseleire, comédien ; Eric De Beukelaer, prêtre et vicaire épiscopal du diocèse de Liège ; Etienne De Callatay, économiste et co-fondateur de Orcadia Asset Management ; Vincent de Coorebyter, professeur à l’ULB ; André Decoster, professeur à la KULeuven ; Tom De Herdt, professeur à l’Université d’Anvers ; Pierre Defraigne, directeur exécutif du Centre Madriaga-Collège d’Europe, directeur général honoraire à la Commission européenne ; Jean-Pierre Delville, évêque de Liège ; Arnaud Deplae, secrétaire général de l’Union des Classes Moyennes (UCM) ; Luc De Schepper, recteur de l’Université de Hasselt ; Olivier De Schutter, professeur à l’UCL et membre du Comité de l’ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels ; François De Smet, directeur du Centre fédéral Migration (Myria) ; Ignaas Devisch, professeur à l’Université de Gand ; Carlo Di Pascale, cofondateur de Mmmmh ! ; Eric Domb, CEO de Pairi Daiza ; Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test-Achats ; Fabrice Duwelz, cinéaste ; Sien Eggers, comédienne ; Yvon Englert, recteur de l’ULB ; François Gemenne, professeur à l’ULg et à Sciences Po Paris ; Jan Goossens, directeur du festival de Marseille ; Thomas Gunzig, écrivain ; Naji Habra, recteur de l’UNamur ; Thierry Hance, professeur à l’UCL ; Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International (Belgique francophone) ; Jean Hermesse, secrétaire général des Mutualités chrétiennes ; Martin Heylen, journaliste ; Huib Huyse, professeur à la KULeuven ; Christl Joris, présidente de Etapelighting et d’Agoria Flanders ; Adrien Joveneau, animateur-producteur RTBF ; Bob Kabamba, professeur à l’ULg ; Gregory Keteleer, administrateur-gérant des Magasins 1001 Pattes (Accessoires SA) ; Pierre Kroll, dessinateur ; Bert Kruismans, comédien ; Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris ; Jean-Yves Laffineur, directeur et programmateur du Festival Esperanzah ! ; Fabrice Lamproye, directeur et programmateur du Festival Les Ardentes ; Patrick Lebecque, professeur à l’UCL ; Thomas Leysen, président de KBC et de Umicore ; André Liebaert, fonctionnaire retraité de la Commission européenne et des Nations Unies ; Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté ; Patrick Marichal, Benelux HR Manager de Solvay ; Philippe Maystadt, ministre d’Etat, membre de l’Académie Royale de Belgique et ex-président de la BEI ; Johan Michaux, directeur de recherches au FNRS et professeur à l’ULg ; Thierry Michel, cinéaste ; Philippe Môês, photographe et écrivain ; Roland Moreau, directeur général Environnement au SPF Santé publique ; David Murgia, comédien ; Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National ; Firouzeh Nahavandi, professeure à l’ULB ; Ides Nicaise, professeur à la KULeuven ; Julien Nicaise, administrateur de l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur (ARES) ; Thierry Noessen, CEO de la Chocolaterie Belvas ; Jozef Pacolet, professeur émérite à la KULeuven ; Caroline Pauwels, recteur de la VUB ; Koen Peeters, écrivain ; Catheline Perier-d’Ieteren, professeure honoraire à l’ULB et membre de l’Académie Royale de Belgique ; Peter Piot, directeur de la London School of Hygiene & Tropical Medecine ; Luc Pire, cofondateur du Venturelab ULg/HEC ; Alain Platel, chorégraphe et fondateur des Ballets C de la B ; Laurence Roudart, professeure à l’ULB ; Sebastian Santander, professeur à l’ULg ; Koen Schoors, professeur à l’Université de Gand ; Scylla, auteur et interprète ; Luc Sels, recteur de la KULeuven ; Abdel Serghini, réviseur d’entreprises ; Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC ; Philippe Soreil, conseiller communication de Goodplanet Belgium ; Sacha Toorop, musicien ; Jean-Noël Tilman, CEO du laboratoire Tilman ; Françoise Tulkens, professeure émérite à l’UCL et ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme ; Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB ; Rik Van De Walle, recteur de l’Université de Gand ; Tom Van Dyck, comédien et cinéaste ; Herman Van Goethem, recteur de l’Université d’Anvers ; Luc Van Gorp, président des Mutualités chrétiennes ; Bruno Van Lierde, fondateur du Boston Consulting Group ; Hilde Van Mieghem, comédienne et cinéaste ; Philippe Van Parijs, professeur à l’UCL, à la KUL et à l’Université d’Oxford ; Frank Van Passel, cinéaste et producteur ; Dirk Vansintjan, administrateur de ECOPOWER et président de REScoop.eu ; Jean-Pascal Van Ypersele, professeur à l’UCL ; Pierre Verjans, professeur à l’ULg ; Robert Vertenueil, secrétaire général de la FGTB ; Hendrik Vos, professeur à l’Université de Gand ; Edwin Zaccai, professeur à l’ULB.

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