Après l’échec de «Samen» à Anvers, le SP.A a le blues

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John Crombez (au centre), lors d’un congrès en octobre 2016, consacré à «
l’avenir du SP.A
». Un an et demi plus tard, les rouges cherchent toujours le chemin.
John Crombez (au centre), lors d’un congrès en octobre 2016, consacré à « l’avenir du SP.A ». Un an et demi plus tard, les rouges cherchent toujours le chemin. - Photo News.

Le crash anversois n’est pas une catastrophe… C’est l’opinion qui, d’après nos interlocuteurs, domine au sein du SP.A après l’éclatement de la liste Samen qui réunissait socialistes et écologistes en vue des communales du 14 octobre, défiant un certain Bart De Wever à l’Hôtel de Ville. Explication en trois temps.

1 – Beaucoup de socialistes anversois, cadres et militants, jouaient le jeu sans enthousiasme. Ils déploraient en coulisses que, sur la liste commune, leur candidat, Tom Meeuws, arrive seulement en troisième position, derrière Wouter Van Besien (Groen) et Jinnih Beels (candidate indépendante), signe, grommelaient-ils, de la perte d’influence du SP.A dans cette métropole ex-socialiste historique.

2 – Les verts eux aussi, entend-on, ont adhéré au projet à reculons, toujours méfiants vis-à-vis d’un SP.A, parti « traditionnel » comme ils l’appellent, que nombre d’entre eux continuent d’associer à l’exercice du pouvoir, partant aux compromis et compromissions.

3 – Depuis le lancement de la liste commune, en octobre dernier, les uns et les autres, malgré de premiers sondages engageants, doutaient que cette association des partis puisse donner lieu à l’addition de leurs électorats et un bonus en plus, ce qui était le but de l’opération.

Conclusion ? Un socialiste flamand ramasse : « Samen, c’était un exercice intellectuel, pas émotionnel. » Au fait, on est un peu dans les éternelles impossibles convergences rouges-vertes, une réalité au nord comme au sud du pays. Passons.

Rien de neuf sous les nuages

Pour autant, si le crash anversois n’est pas forcément une catastrophe pour les socialistes flamands, c’est peut-être aussi parce que, en fait, la catastrophe continue pour eux. Elle ne date pas d’hier. Rien de neuf sous les nuages. Le SP.A se traîne dans un paysage politique flamand dominé par la N-VA, où Bart De Wever arrive en tête des dix intellectuels les plus influents de Flandre désignés récemment par le quotidien (progressiste) De Morgen.

Au total, la gauche capte entre 20 % et 25 % des intentions de vote, une misère à côté du bloc droitier, conservateur ou libéral, qui prend le reste. De surcroît, dans la petite course entre progressistes, le SP.A, recueillant 10 % et 11 % des suffrages, est dépassé par Groen, qui récolte deux ou trois points de plus dans les enquêtes d’opinion.

Bref, avant comme après l’échec de Samen à Anvers, les socialistes flamands ont le blues.

Zigzags

Très attendu depuis qu’il a accédé à la présidence en juin 2015, John Crombez ne sait plus où donner de la tête pour redonner du corps à son parti. Au moins une stratégie. Certains ont le sentiment qu’il zigzague. D’une part, il encourage les rassemblements à gauche, on pense aux alliances rouges-vertes (à Gand, à Hasselt, comme à Anvers, avec l’échec qui nous occupe), on pense aussi à de présumées ouvertures (aussitôt démenties, elles ont fait grand bruit dans les médias flamands l’an dernier) en direction du PVDA, le PTB flamand. De l’autre, ancien chef de cabinet de Johan Vande Lanotte, puis de Freya Van den Bossche, ancien secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude fiscale (dans le gouvernement Di Rupo, où, du reste, il s’était distingué), John Crombez est perçu comme un gestionnaire, un modéré. Résultat : le président du SP.A balance, en somme, entre Jeremy Corbyn et Martin Schulz. Son identité politique reste imprécise, indécise. Comment frapper l’opinion dans ces conditions ?

Un socialiste au nord analyse : « Il faut bien admettre qu’une grande majorité de gens aujourd’hui considère que la réponse à leurs interrogations et à leurs problèmes ne vient pas de gauche, c’est un fait, et c’est un phénomène qui dépasse sans doute la Flandre. On voit bien ce qui se passe à l’échelle européenne. Pour ce qui concerne le SP.A, il n’y aura pas de miracle, mais on peut travailler à reconstruire patiemment un discours et un programme qui ait du caractère… »

Pas démagogique, pas insipide

Lequel ? A la veille d’une séquence électorale infernale (communales en octobre, générales en mai 2019), il nous revient que, s’inspirant notamment des travaux de Thomas Piketty, les socialistes flamands ont très envie de se réapproprier un terme par-dessus tout : « herverdeling »(redistribution), une notion différenciante potentiellement dans le concert politique flamand, pas démagogique mais pas insipide, parfaitement social-démocrate, à décliner dans de multiples domaines, comme la fiscalité, le logement, les pensions, le travail, l’environnement, les services publics, la vie démocratique, l’Europe… De quoi se refaire une santé électoralement et fendre l’armure d’une Flandre « De Weverisée » ? Les rouges peuvent rêver.

Les intentions de vote: le Baromètre qui fait mal

David Coppi

Dans le dernier Baromètre Ipsos, publié en décembre, la N-VA occupait toujours la première place en Flandre, même si elle cédait un peu de terrain, obtenant 29,5 % des intentions de vote. Le CD&V arrivait deuxième, avec 14,1 %. Groen se hissait à la troisième place, avec 13,2 % des suffrages, devant le VLD, qui recueillait 12,2 % des intentions de vote. Le SP.A, lui, glissait, jusqu’à 10,9 % des suffrages, talonné par le Vlaams Belang, à 10,4 %. Derrière, le PVDA (PTB) était crédité de 5 % des intentions de vote.

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