Pologne: une loi liberticide comme une insulte à la mémoire

Le 1er février, les sénateurs polonais ont voté une loi qui menace d’emprisonnement toute personne qui ferait référence à une responsabilité de la Pologne dans la déportation de citoyens juifs sous l’occupation nazie.
Le 1er février, les sénateurs polonais ont voté une loi qui menace d’emprisonnement toute personne qui ferait référence à une responsabilité de la Pologne dans la déportation de citoyens juifs sous l’occupation nazie. - AFP.

Le Parlement polonais vient d’adopter une loi qui menace de trois ans de prison toute personne qui « attribue à la République de Pologne et à la Nation polonaise, publiquement et contrairement à la réalité des faits, la responsabilité ou la coresponsabilité de crimes nazis perpétrés par le IIIe Reich allemand ». Elle prend prétexte de l’utilisation, effectivement inexacte, de l’expression « camp polonais de la mort » pour stigmatiser tous ceux qui travaillent et réfléchissent lucidement sur les passés douloureux de la Pologne. En fait la loi menace surtout les spécialistes de sciences sociales qui, depuis une quinzaine d’années, ont souligné un aspect peu connu de la Shoah, à savoir certains comportements des populations polonaises à l’égard de leurs concitoyens et voisins juifs (indifférence, dénonciation, pogroms, meurtres). La recherche historique polonaise a pourtant confirmé sur ces points les témoignages des rescapés de la Shoah.

Une négation de grands travaux

Nier cette « réalité des faits », c’est revenir sur l’acquis d’un débat porté par des grandes voix comme Marek Edelman, Jan Błoński ou Władysław Bartoszewski, c’est contredire les positions adoptées par tous les présidents de la République de Pologne depuis 1990 à propos des pogroms de Jedwabne (1941) et de Kielce (1946), c’est nier les travaux de très nombreux historiens en Pologne et dans le monde, c’est une insulte à la mémoire des rescapés du génocide.

Reconnaître la part sombre de l’histoire

Reconnaître cette réalité ne signifie pas ignorer ou sous-estimer les souffrances des Polonais non-juifs sous l’occupation nazie, ni minimiser le courage et l’héroïsme des milliers de Justes polonais qui aidèrent et sauvèrent des Juifs. C’est tout simplement reconnaître que l’histoire de la nation polonaise, comme de toutes les nations, a sa part sombre, et qu’il faut l’examiner. C’est transmettre aux nouvelles générations un regard clairvoyant sur son passé.

Un « détail » diabolique

Cette loi liberticide vise à intimider les universitaires, à les pousser vers des domaines moins conflictuels, plus conformes à « l’intérêt national polonais », faute de quoi ils seraient traînés devant les tribunaux comme en a été menacé l’universitaire américain Jan T. Gross en 2017. Contrairement à ce qu’affirment les autorités polonaises, la loi n’épargne ni les chercheurs ni les artistes. Au pénal, un article publié dans une revue scientifique ne sera pas mis en cause, mais le même article paraissant dans la presse sous une forme vulgarisée le sera. Un « détail » diabolique se cache aussi dans cette loi : au civil, l’Institut de la Mémoire nationale, ainsi que toute association habilitée (une association d’anciens combattants par exemple) pourront poursuivre n’importe qui, y compris l’auteur d’un article scientifique, s’ils jugent que leurs intérêts (atteinte à la mémoire par exemple) sont en cause.

Les autorités polonaises sont de plus en plus invasives dans le champ de la recherche. Nous nous joignons aux cent intellectuels polonais qui appellent le législateur à reculer. On ne se souvient que trop de ce qu’a été l’ingérence d’acteurs politiques dans l’écriture de l’histoire en Pologne au XXe siècle.

La pétition en ligne

* Signataires : Nicole Abravanel, historienne ; Eloïse Adde, historienne ; Paula Aisemberg, galeriste ; Joëlle Allouche, historienne ; Elisabeth Anstett, anthropologue ; François Ardeven, psychanalyste ; Anath Ariel de Vidas, anthropologue ; Roland Assaraf, physicien ; Henriette Asséo, anthropologue ; Claudine Attias-Donfut, sociologue ; Stéphane Audoin-Rouzeau, historien ; Nicolas Auzanneau, traducteur ; Efi Avdela, historien ; Adam Baczko, politiste ; Aleksander Baczko, chef d’entreprise ; Krystyna Baczko, chimiste ; Claude Barazer, psychiatre ; Barbara Glowczewski, anthropologue ; Aurélie Barjonet, littérature ; Michel Barthelemy, sociologue ; Christophe Baticle, socio-anthropologue ; Jean Baumgarten, historien ; Pierre Bayard, littérature française et psychanalyste ; Delphine Bechtel, historienne littérature yiddish ; Annette Becker, historienne ; Valentin Behr, politiste ; Richard Bénatouil, philosophe ; Martine Benoit, germaniste ; Georges Bensoussan, historien ; Ewa Bérard, historienne ; Wladimir Berelowitch, historien et traducteur ; Gisèle Berkman, écrivaine ; Mathilde Bernard, littérature française ; Denis Bernet-Rollande, comédien ; Yann Arthus-Bertrand, photographe ; Magali Bessone, philosophe ; Hélène Bialot ; Marie-France Bied-Charreton ; Salomon Bielasiak, musicologue ; Christian Biet, littérature ; Pierre Birnbaum, politiste ; Julien Blanc, historien ; Piotr Blonski, journaliste ; Alain Blum, démographe ; Etienne Boisserie, historien ; Francine Bolle, historienne ; Luc Boltanski, sociologue ; Alain de Bonadona, historien ; Hélène Bourdeloie ; Nicolas Bourguinat, historien ; Hamit Bozarslan, historien ; Florent Brayard, historien ; Éric Brian, sociologue ; Geneviève Brisac, écrivaine ; Sylvie Brodziak, littérature française ; André Burguière, historien ; José Emilio Burucúa, historien ; David Burztein, comédien et metteur en scène ; Juliette Cadiot, historienne ; Monique Candal, documentaliste ; Michel Casevitz, littérature grecque ancienne ; Christian Castagna, président de l’association VoisinageS ; Anne Castaing, chercheuse ; Claude Cazalé Bérard, littérature italienne ; Thomas Cauvin, historien ; Ròźa Céalis, sociologue ; Johann Chapoutot, historien ; Nicole Chartier, littérature anglaise ; Roger Chartier, historien ; Serge Chauvet, professeur d’histoire en lycée ; Natacha Chetcuti-Osorovitz, sociologue ; Jean-François Chevrier, historien d'art ; Hélène Cixous, écrivaine ; Marcel Cohen, écrivain ; Simone Cohen-Léon, psychiatre et psychanalyste ; Dominique Colas, politiste ; Sonia Combe, historienne ; Catherine Coquio, littérature comparée ; Irène Costelian, journaliste ; Myriam Cottias, historienne ; Olivier Cousin, sociologue ; Laurence Croix, psychanalyste ; Denis Crouzet, historien ; Élisabeth Crouzet-Pavan, historienne ; Norbert Czarny, critique littéraire ; Françoise Dalbet-Martin ; Stéphanie Danneberg, historienne ; Pierre-Emmanuel Dauzat, traducteur ; Isabelle Davion, historienne ; Natalie Zemon Davis, historienne ; Jean-Michel De Waele, politiste ; Carolyn J. Dean, historienne ; Thibault Debail, historien ; Maria Delaperrière, littérature polonaise ; Estelle Delavennat, linguiste ; Thibault Deleixhe, doctorant ; Yves Deloye, politiste ; Isabelle Delpla, philosophe ; Claire Demaldent, militante associative ; Jean-Marie Demaldent, politiste ; Vincent Demont, historien ; Panigel Denise, Directrice ; Centre Medem Arbeter Ring, Paris ; Cecilia D'Ercole, historienne ; Brigitte Derlon, ethnologue ; Georges Dertilis, historien ; Emmanuel Désveaux, anthropologue et éditeur ; Frédérik Detue, littérature ; Suzanne Doppelt, écrivaine ; Alexandre Doulut, historien ; Mathias Dreyfuss, historien ; Françoise Dubost, ethnologue ; Hèlène Dumas, historienne ; Anne-Marie Duport, historienne ; Pascal Engel, philosophe ; Jeanne Favret-Saada, sociologue ; Kristian Feigelson, sociologue ; Marion Feldman, psychologue ; Natalie Felzenszwalbe ; Karyna Fiszman, psychologue et psychanalyste ; Pascale Fontaine ; Béatrice Fraenkel, anthropologue ; Françoise Daucé, historienne ; David Gallo, historien ; Alain Gascon, géopolitique ; François Gasnault, conservateur du patrimoine ; Jean-Pierre Gattégno, écrivain ; Jean-Patrick Géraud, professeur de lycée ; Matthieu Gillabert, historien ; Sylvie Anne Goldberg, historiennes ; Maougocha Goldberg, littérature polonaise ; Henri Goldman, journaliste ; José Gotovitch, science politique ; Sylvie Gouttebaron, écrivaine ; Martine Gross, sociologue ; Agnieszka Grudzinska, littérature polonaise ; René Guez ; Eric Guichard, philosophe ; Nebiha Guiga, historienne ; José Gutierrez Privat, enseignant ; Lise Gutmann-Amiel ; Yannick Haenel, écrivain ; Carola Hähnel-Mesnard, littérature allemande ; François Hartog, historien ; Jacqueline Heinen, sociologue ; Monique Herbert, artiste peintre ; Danièle Hervieu-Léger, sociologue ; Sophie Houdard, littérature française ; Joël Hubrecht, juriste ; David Hundert Gershon, historien ; Lynn Hunt ; Christian Ingrao, historien ; Catherine Jami, historienne ; Fanny Jedlicki, sociologue ; Jacques Jedwab, psychanalyste ; Jacques Jedwab, psychologue ; Monique Jeudy-Ballini, anthropologue ; Jean-François Jézequel, militant associatif ; Laurent Joly, historien ; Christian Jouhaud, historien ; Luba Jurgenson, écrivaine ; Marcel Kabanda, historien ; Aurelia Kalisky, historienne ; Leslie Kaplan, écrivaine ; Jacques Kebadian, cinéaste ; Chantal Kesteloot, historienne ; Audrey Kichelewski, historienne ; Bernhard Kitous, économiste ; Catherine Klein-Gousseff, historienne ; Christiane Kohser-Spohn, historienne ; Emilia Koustova, linguiste ; Roman Krakovsky, historien ; Michèle Krum, protection judiciaire de la jeunesse ; Fleur Kuhn-Kennedy, littérature yiddish ; Anouche Kunth, historienne ; Nadine Kuperty-Tsur, historienne ; Smaïn Laacher, sociologue ; Morgane Labbé, historienne ; Rose-Marie Lagrave, sociologue ; Pieter Lagrou, historien ; Catherine Lanneau, historienne ; Joanna Lasserre, architecte ; Laurent Loty, historien des idées ; Marie-Claire Lavabre, politiste et sociologue ; Hervé Le Bras, démographe ; Jean-Yves Leconte, sénateur ; Sébastien Ledoux, historien ; Martine Leibovici, philosophie politique ; Joëlle Le Marec, sciences de l’information ; Carole Lemée, anthropologue ; Mathieu Lericq, doctorant ; Andrée Lerousseau, Etudes Germaniques ; Benjamin Levy, psychiatre ; Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien ; Pierre Lochak ; Sabina Loriga, historienne ; Annick Louis, linguiste ; Judith Lyon-Caen, historienne ; Maczek-Altheim Ewa, muséologue ; Thomas Maissen, directeur de l’Institut historique allemand ; Nadia Malinovich, historienne ; Malgorzata Maliszewska, traductrice et psychanalyste ; Carol Mann, études de genre et de sexualité ; Olivier Mannoni, traducteur ; Sylvie Marchenoir, linguiste ; Antoine Mares, historien ; R. Michaël Marrus, historien ; Magdalena Marszalek, littérature et langues slaves ; Monica Martinat, historienne ; Eric Marty, écrivain et universitaire ; Picone Mary, anthropologue ; Julia Maspero, historienne ; Céline Masson, psychopathologie clinique, psychanalyste ; Sylvie Mateo, enseignante ; Jérôme Maucourant, économiste ; Marie-Claude Maurel, géographe ; Catherine Maurer, historienne ; Pierre-Michel Menger, sociologue ; Solen Menguy, Sauvons l'Europe ; Dominique Merllié, sociologue ; Philippe Mesnard, littérature comparée ; Yvette Métral, directrice des Cahiers Bernard Lazare ; Patrick Michel, sociologue et politiste ; Stéphane Michonneau, histoire contemporaine ; Miléna Kartowski-Aïach, anthropologue, artiste musicale ; Georges Mink, sociologue ; Sonia Mink, consultante géopolitique ; Marie-Elisabeth Mitsou, histoire culturelle ; Caroline Moine, historienne ; Antony Molho, historien ; David N. Myers, historien ; Sidi N'Diaye, historien ; Philip Nord, historien ; Olga Nousse, architecte dplg ; Heitor O’Dwyer de Macedo, psychanalyste ; Hélène Olomucki ; Daniel Oppenheim, psychanalyse, psychothérapie ; Hélène Oppenheim-Gluckman, psychiatre et psychanalyste ; Barbara Osorovitz, luthière ; Ida Papiernik ; Jean-Claude Penrad, anthropologue ; Derek Penslar, historien ; Simon Perego, historien ; Henriette Perelman ; Alban Perrin, historien ; Martyne Perrot, sociologue ; Mary Picone, anthropologue ; Élia Pijollet, assistante d'édition et d'exposition ; Yves Plasseraud, historien ; Ségolène Plyer, historienne ; Camille Pollet, doctorant en histoire ; Krzysztof Pomian, historien ; Françoise Portier, chef d’entreprise ; Jean-Yves Potel, écrivain et universitaire ; Jean Luc Poueyto, anthropologue ; Dorota Praska, traductrice ; Richard Prasquier, membre du Conseil International d'Auschwitz ; Natasza Quelvennec, Democracy is OK - DOC ; Alain Rabatel, sciences du langage ; Christelle Rabier, historienne ; Malika Rahal, historienne ; Jean-Marc Ramos, sociologue ; Myriam Revault d’Allonnes, philosophe ; Jacques Revel, historien ; Judith Revel, philosophe ; Yves Ringer, scénariste ; Michèle Riot-Sarcey, historienne ; Bernard Robert, historien ; Tiphaine Robert, historienne ; Pawel Rodak, littérature polonaise ; Iannis Roder, professeur de lycée ; Lagrave Rose-marie, sociologue ; Danièle Rosenfeld-Katz, psychanalyste ; Izio Rosenman, directeur de la revue « Plurielles » ; Valerie Rosoux, historienne ; Hélène Rousselot, historienne ; Philippe Roussin, linguiste ; Henry Rousso, historien ; Clara Royer, écrivaine et historienne ; Danièle Rozenberg, sociologue ; Gilles Rozier, écrivain, éditeur ; Teofilo F. Ruiz, historien ; Catherine Saada ; Georges Saada, psychiatre ; Jérôme Sackur, linguiste ; Anna Saignes, littérature comparée ; Aude de Saint Loup, historienne et traductrice ; Michaël de Saint-Cheron, documentaliste ; Emmanuel Saint-Fuscien, historien ; Lydie Salvayre, écrivaine ; Catherine Samary, économiste ; Jean-Marie Schaeffer, philosophe ; Jean-Frédéric Schaub, Etudes ibériques ; Serge Schiffmann, vice-recteur Université libre de Bruxelles ; Dominique Schnapper, sociologue et politologue ; Richard Schumacher ; Marie Schumacher-Brunhes, Etudes Germaniques ; Levi Yann Scioldo-Zurcher, historien ; André Senik, agrégé de philosophie ; Anna Senik ; Christophe Sente, Université libre de Bruxelles ; Kinga Siatkowska-Callebat, littérature polonaise ; Carole Sigman, politiste ; Anne Simon, littérature française ; Malgorzata Smorag-Goldberg, littérature polonaise, traductrice ; Alain Soubigou, historien ; Céline Spector, philosophe ; Nicole Spodek ; Suzanne Bella Srodogora ; Katrin Stoll, historienne ; Patrick et Alexandra Subrémon, citoyens européens ; Éric Suter ; Ania Szczepanska, historienne ; Jean-Charles Szurek, sociologue ; Ewa Tartakowsky, sociologue ; Magda Teter, historienne ; Isabelle Thireau ; Agnès Thomas-Myara, doctorante ; Daniel Tollet, président de la Société des études juives ; Christian Topalov, historien ; Véronique Trebourg ; Alina Trif ; Francesca Trivellato, historienne ; Michel Troper, juriste ; Claudia Ulbrich, historienne ; Lucette Valensi, historienne ; Dan Van Raemdonck, linguiste ; Nadine Vasseur, écrivaine ; Christelle Venzal, développement régional ; Jean Pierre Verstraeten ; Alain Viala, historien ; Françoise Viennet, professeure d'histoire en lycée ; François Villa, psychologue ; Krystyna Vinaver, études sur l’environnement ; Jean Vogel ; Vanessa Voisin, historienne ; Meïr Waintrater, journaliste ; Cécile Wajsbrot, écrivaine ; Inga Walc, Maison Victor Hugo (Paris) ; Emmanuel Wallon, politiste ; Geneviève Warland, historienne ; Ewa Weil, psychanalyste ; Sandrine Weil, pédagogue ; Anne Weyembergh, juriste ; Annette Wieviorka, historienne ; Larissa Zakharova, historienne ; Claire Zalc, historienne ; Frédéric Zalewski, politiste ; Ewa Zarzycka-Bérard, historienne ; Paul Zawadzki, politiste ; Guy Zelis, philosophe ; Bénédicte Zimmermann, sociologue ; Françoise Zonabend, ethnologue et anthropologue ; Zubrzycki Geneviève, sociologue ; Ruth Zylberman, écrivaine et cinéaste.

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