L’hospitalité n’est pas une valeur dangereuse

d-20180211-3KJNR6 2018-02-11 21:19:36

Le vendredi 9 février, une vingtaine d’agents de la police fédérale a envahi Globe Aroma, centre artistique bruxellois qui accueille depuis quinze ans des primo arrivants-artistes. Ils ont procédé à des arrestations. Aujourd’hui on profite donc d’événements culturels rassemblant des artistes qui tentent simplement de partager leur art pour procéder à des contrôles et des arrestations. L’Etat policier se faufile partout, ce jour, dans les lieux culturels, demain à nos domiciles puisque c’est le scénario que certains d’entre eux tentent d’écrire. Demain le développement d’une certaine politique qui étend son influence néfaste par contagion et atteint l’ensemble des partis démocratiques qui laissent trop faire. Demain la fin de nos libertés ?

Que peut encore la culture ?

Nous ne pouvons tolérer ces méthodes, nous ne devons pas vivre dans la peur. Cette maltraitance de l’Etat vis-à-vis de personnes immigrées pourtant déjà fragilisées, cet irrespect du travail de terrain des associations sociales, humanitaires et culturelles est un scandale. Si un lieu culturel est aujourd’hui bafoué de la sorte, lieu libertaire par essence, cela ne fait que confirmer cette tendance. Nos missions deviennent obsolètes et c’est notre raison d’être qui est ici attaquée et remise en question. Nous sommes placés dans cette impuissance de défendre la liberté et la dignité de tout être humain.

Chacun a son identité

Et si ce fondement est aujourd’hui mis en doute, c’est tout un secteur qui doit se soulever et s’y opposer, voire se révolter ! Nous ne comptons pas demander les papiers d’identités des personnes qui franchissent nos murs, nous ne participerons pas à cette infamie. Chaque personne a son identité et nous sommes prêts à la découvrir. Chez nous, seuls le talent et le désir de rencontre et d’échange sont les passeports qui ouvrent à l’accueil et à la légitimité du sol.

Parce que notre politique migratoire est inadaptée et inhumaine, un mouvement solidaire sans précédent s’est installé dans notre pays, des milliers de citoyens sont connectés et s’organisent pour venir en aide aux sans-abri, aux réfugiés, aux sans-papiers.

Car, hélas, les exclus sont très nombreux dans notre beau pays. Et plutôt que de les entendre et d’améliorer leurs conditions de vie, l’orientation politique adoptée est une posture répressive et un comportement autoritaire. Pourtant, ces gens ne sont pas des criminels. Leur seul délit est ici d’ordre administratif.

Violation d’un lieu pacifiste

Peut-on accepter ce genre de razzia, peut-on admettre cette violation d’un lieu hautement pacifiste, un territoire qui prône le vivre ensemble et rejoint, en ce sens, l’immense mouvement de solidarité qui s’est mis en place ? Car que demande-t-on exactement aux acteurs culturels ? D’un côté de travailler à la cohésion sociale et de l’autre de tolérer que ces personnes qui bénéficient de leurs activités soient menacées à chaque instant d’une potentielle réclusion ? Rendre légitime ce type d’action c’est détruire durablement ce long travail de mise en confiance que les organisations socioculturelles établissent au quotidien.

Nous ne pouvons laisser faire, ni laisser dire ou laisser croire, comme aux époques les plus noires de l’histoire de notre humanité, que notre sécurité sociale ou même notre accès au travail soit menacé à cause d’une minorité migrante. Cette idée nauséabonde est l’apanage de politiques extrêmes qui adoptent le langage de la stigmatisation et refoulent sans honte. Soyons dans la résistance, refusons cette simplification de notre monde complexe. L’hospitalité n’est pas une valeur dangereuse, au contraire, elle fédère. Or, simplifier le monde, vouloir l’ordonner, c’est le fracturer, le diviser, le chosifier, alors que notre seul horizon doit rester l’humain.

Que peut la culture aujourd’hui ?

Beaucoup si on la laisse faire son travail, si on lui donne de vrais moyens, si on cesse d’amoindrir son rôle ou de l’infantiliser. Nous sommes des citoyens à part entière et nous agirons en gardiens de notre démocratie puisqu’il le faut !

*Signataires : United Stages : Le 140, Alterbrussels, L’Ancre Charleroi, les Baladins du miroir, la Balsamine, la Bellone, le Boson, les Brigittines, le Centre culturel Action-Sud, Choux de Bruxelles Artist Collectives, la Cité miroir de Liège, l’Escale du Nord, le Kaaitheater, De Kriekelaar vzw, le KVS, la Maison de la création, le Mars – Mons Arts de la Scène, le Met-x Movingmusic, les Midis de la poésie, Passa Porta, le Rideau de Bruxelles, Théâtre des 4 mains, le Théâtre La montagne magique, le Théâtre Océan Nord, le Théâtre Varia, le Théâtre de la Vie, l’Union des artistes et la Vénerie centre culturel de Watermael-Boitsfort et l’Association des Centres culturels de la Communauté française – ACC asbl.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1 mois d'essai offert
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris

Commentaires

A la une
Tous

En direct

Le direct