La consigne sur les canettes divise la Belgique

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La consigne n’est pas destinée à remplacer et à améliorer 
la collecte sélective. Les taux de recyclage atteints sont déjà très élevés. Il s’agit 
plutôt d’une arme pour lutter contre les déchets sauvages.
La consigne n’est pas destinée à remplacer et à améliorer la collecte sélective. Les taux de recyclage atteints sont déjà très élevés. Il s’agit plutôt d’une arme pour lutter contre les déchets sauvages. - BelgaImage.

C’est le cauchemar de Fost Plus, l’organisme chargé de la collecte et de la valorisation des déchets d’emballage ménagers. C’est le clou du cercueil de la grande distribution. La consigne sur les canettes et peut-être sur certaines bouteilles en plastique est pourtant de retour à l’agenda. Depuis plusieurs mois, on ne parle que de cela en Flandre. Le débat fait rage. Une alliance hollando-flamande « pour la consigne » a vu le jour – des puissantes associations comme Test-Achats, Bond Beter Leefmilieu et Natuurpunt, des entreprises, des festivals, mais aussi une quarantaine de communes ont pris position.

En Wallonie, c’est plus calme. Le ministre de l’environnement, Carlo Di Antonio (CDH), naguère très engagé en faveur de la consigne – en 2014, il l’avait même annoncée à hauteur de 10 centimes pour… 2015 –, lancera prochainement un projet-pilote de « mécanisme de reprise des canettes ». Un glissement de vocable qui peut désigner soit une consigne, soit un système de collecte automatisé avec à la clef une prime de retour, une récompense pour le consommateur (bon d’achat, réduction…). Une dizaine de communes (il y a eu 90 candidatures) devraient expérimenter ce système. Même si elles participeront à l’expérience, les industries et Fost Plus restent réticentes à cette idée « coûteuse » qui, disent-elles, concurrence l’actuel système de collecte sélective, le fameux sac PMC.

Pour ne rien arranger, le gouvernement français remet la consigne sur sa propre table, pour les canettes et pour certaines bouteilles en plastique. Après l’Ecosse qui a sauté le pas, l’Angleterre étudie également un système « à la norvégienne ». En Norvège, 97 % des bouteilles seraient recyclées grâce à la consigne. Gare : si tous ces pays concrétisent leur projet, la Belgique deviendra un îlot « non consigné » en Europe de l’Ouest. De quoi remettre de l’huile sur le feu…

Une consigne de propreté

Sur le papier, chez nous, la consigne n’est pas destinée à remplacer et à améliorer la collecte sélective. Les taux de recyclage atteints sont déjà très élevés. Il s’agit plutôt d’une arme pour lutter contre les déchets sauvages. Du côté flamand, on affirme que les coûts de nettoyage s’élèveraient à 155 millions d’euros chaque année. En Wallonie, une estimation prudente les situe dans une fourchette de 40 à 80 millions d’euros. Partout, on veut combattre ce fléau. A l’Union des communes wallonnes, on reconnaît que certaines municipalités sont clairement en faveur de la consigne, même si on se dit « en questionnement » par rapport au système. La collecte sélective des emballages ne suffit pas, affirment les défenseurs de la consigne. Cette dernière incitera les consommateurs à ramener leurs récipients au magasin, réduisant d’autant les déchets sauvages et améliorant encore le taux de recyclage. Selon l’office flamand des déchets, l’instauration de ce dispositif permettrait de réduire de 90 % la présence d’emballages consignés dans les déchets sauvages.

Disant vouloir contribuer à l’effort collectif pour davantage de propreté, et soucieux aussi d’échapper à la consigne, les industriels ont sorti l’artillerie lourde dans le cadre d’une convention de six ans conclue avec les Régions : 17 millions d’euros par an pour financer des campagnes de propreté en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie. Au sud, 5,4 millions d’euros venant des entreprises privées sont chaque année consacrés à la cellule Be WaPP qui multiplie les opérations de conscientisation, soutient des actions propreté, fournit du matériel d’information, soutient les communes…

Une idée réalisable ?

L’opération sera évaluée à la mi-2018, tant en Flandre qu’en Wallonie, selon des modalités encore mystérieuses. Etudier l’impact sur les déchets sauvages ? Compliqué, puisqu’il n’existe aucune donnée fiable. Si les résultats ne sont pas satisfaisants, dit-on en tout cas tant en Flandre qu’en Wallonie, l’idée de consigne pourrait se concrétiser. Un rapport de forces tendu. « Consigne ou pas, il faut que l’objet prenne une valeur et que les gens soient incités à le rapporter », dit-on du côté wallon. L’effort des industriels ne suffit donc pas à convaincre tout le monde. La ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege (CD&V), et son homologue wallon restent favorables à la consigne sur les canettes et certaines bouteilles en plastique. A Bruxelles, on n’a pas de religion et on réfléchit aussi à des projets-pilotes, indique-t-on au cabinet de la ministre de l’Environnement, Céline Fremault (CDH).

Du côté francophone, les associations de consommateurs comme Inter-Environnement, Test-Achats et Ecoconso sont favorables à l’idée et remontent au créneau. Ayant fait son propre sondage, Test-Achats affirme que deux Belges sur trois sont favorables à l’introduction d’une consigne. Une enquête contestée par les industriels, qui rappellent que le mouvement flamand est opportunément soutenu par Tomra, le leader mondial de machine à déconsigne (reprise des canettes et des bouteilles). De part et d’autre, on brandit ses études, ses chiffres, ses imprécations. « Les arguments de la grande distribution ne nous convainquent pas. Et l’opposition de Fost Plus est une question de business », tranche Julie frère, la porte-parole de Test Achats. Ambiance, donc.

Dans le secteur des déchets, on assiste à ces passes d’armes avec perplexité, inquiet surtout d’avoir un système stable. Et, au fond, en se disant que le projet de consigne n’adviendra pas. Du côté flamand, la N-VA ne s’est pas encore officiellement exprimée, mais on la dit opposée à l’idée. En Wallonie, le MR n’est pas très chaud non plus. « A chaque veille d’élection, le dossier de la consigne revient à la surface pour s’éteindre ensuite », note un connaisseur. Mais cette fois, la perspective se rapproche.

Le kiosque qui avale les bouteilles

M.d.M.

Il n’est pas encore présent chez nous, mais le kiosque « Reco » pourrait faire son apparition un jour en Belgique, aussi bien dans le cadre d’un système de consigne que d’une option d’une « prime de retour ». Une centaine de ces kiosques de 7 mètres de long développés par Suez sont actuellement installés en France, où ils ont permis de récolter environ 130 millions de bouteilles depuis 2014. Le consommateur y dépose sa bouteille (non consignée) et reçoit en échange 1 à 2 centimes consignés sur un bon d’achat à valoir dans le supermarché hébergeant le kiosque ou d’un collectif de commerçants locaux.

La machine trie les bouteilles, les compacte et est régulièrement soulagée grâce à un système de suivi à distance du taux de remplissage. La machine peut également avaler les canettes en alu, les cartons, etc. Un même kiosque peut accueillir canettes et bouteilles en plastique. Un geste écologique, une récompense et « le projet génère également du trafic sur le parking des grandes surfaces via le coupon à dépenser dans le magasin », dit-on chez Suez. Le groupe a également développé un « RecyclingBox » adapté aux petits espaces comme les bureaux (un gobelet de café vide contre un coupon pour un autre café…), ainsi qu’un « RecyclingVan » pour des grands événements éphémères comme des festivals.

Beaucoup d’arguments contre

M.d.M.

Fost Plus, la grande distribution (Comeos), l’industrie alimentaire (Fevia), les minéraliers (Fieb), le syndicat des indépendants (SNI), la fédération des entreprises bruxelloises (Beci) : la coalition anti-consigne a de la puissance de feu. Pour ces opposants, la consigne ne servira pas l’objectif poursuivi. Le problème des déchets sauvages est une question de comportement, pas d’argent, estime-t-on. Une consigne ne diminuerait le volume à ramasser que de 10 à 20 %, affirment les opposants. Et il restera encore bien d’autres déchets à récupérer.

De l’argent, en revanche, il est beaucoup question par ailleurs : selon Fost Plus, la mise en œuvre d’un système de consigne en Belgique coûterait de 180 à 240 millions. Un rapport de l’office flamand des déchets parle de 45 à 90 millions d’euros. Ce coût sera répercuté sur le consommateur, avertissent les industriels.

La grande distribution craint le coût des machines de récupération des emballages et, avec les petits commerces, s’interroge sur l’espace de stockage nécessaire pour accueillir les bouteilles et canettes qui seront rendues. Un peu partout, on évoque le risque que des sacs bleus soient éventrés par des personnes cherchant à récupérer l’une ou l’autre canette qui s’y trouverait encore pour en tirer menue monnaie. On se demande comment gérer les achats réalisés à l’étranger. Enfin, en réorientant une partie du flux qui entre aujourd’hui dans le sac bleu PMC, on pourrait mettre en péril la faisabilité économique de celui-ci, dit Fost Plus, qui se rémunère en vendant la matière aux recycleurs. « Il serait vidé à plus de 50 % », affirme la Fevia. Au moment où Fost Plus propose d’étendre le PMC à tous les plastiques à partir de 2019, c’est « une épée de Damoclès », commente un expert du cru.

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