Ecoute, Israël

Edition numérique des abonnés

Écoute, Israël.

Même s’il nie ton existence, à l’image du Hamas qui exige le retour, c’est-à-dire la fin de l’État juif et son remplacement par un État palestinien… sans Israéliens, le Palestinien lui aussi a un visage.

Écoute, Israël.

Sachant qu’écouter n’est pas tout accepter. Il est une limite : la remise en question de ton existence, Toi qui es reconnu internationalement, sauf par la Syrie, l’Iran et autres pays arabes.

Synonymie et confusion

Reconnaître ce droit d’Israël à exister, c’est être sioniste, dans le sens premier du terme. Je suis donc sioniste.

Je pose toutefois un mais. Qui en effet ignore que le sens et la nature du sionisme ont changé depuis la guerre de Kippour et ton occupation puis et ton administration de la Cisjordanie et du Sinaï, rendu quelques années plus tard à l’Égypte. Dès lors, sioniste devint le synonyme de colonialiste et, par une généralisation abusive, il signifia l’infamie même, celle qui dénonçait toute complicité avec Toi.

2018. Vingt-cinq ans après, la synonymie sionisme-colonialiste a cédé la place à la confusion de l’antisionisme= antisémitisme.

Nombre d’intellectuels ont remplacé cet ancien antisémitisme religieux ou racial par une sorte d’antisionisme radical qui n’épargne pas les Juifs. L’exemple le plus criant étant la Tribune d’un contributeur de Médiapart : « La Shoah des Palestiniens », cet égarement sémantique étant avec justesse perçu comme une insulte à tous les Juifs.

Quel concept de légitime défense ?

Doit-on pour autant occulter que la politique de Netanyahou exporte le conflit palestinien en Europe et dans le monde et qu’elle renforce l’antisémitisme ?

Les Israéliens et de nombreux Juifs de la diaspora accusent très vite d’antisémitisme tous ceux qui critiquent la politique de colonisation et de répression du gouvernement en place.

Etre Juif de la diaspora ne m’oblige pas à approuver inconditionnellement la politique de Netanyahou et de son gouvernement.

Etre Juif de la diaspora et critiquer la politique du gouvernement en place ne peut pas m’amener à être inéluctablement taxé d’ennemi d’Israël. Combien d’Israéliens, qui ne sont pas tous membres du Meretz, critiquent leurs dirigeants.

Cette réflexion, née des récentes interventions à Gaza de Tsahal, l’armée la plus éthique du monde, d’après Netanyahou, oblige à s’interroger sur le concept même de légitime défense devant les terroristes du Hamas.

Dois-je me taire ?

Qui étaient-ils, ces participants à la marche pour le retour. Tous des terroristes ? Nous savons bien que non.

Qui sont-ils, les morts et blessés de la marche pour le retour ? Cette foule à l’évidence était multiple. Faite de terroristes mais aussi de manifestants gazaouis protestant contre leur exil définitif et contre le blocus israélo-égyptien. Foule multiple et pour le moins duelle, à l’image de ces deux Palestine, celle du Fatah à Ramallah et celle de Gaza où règne le Hamas.

La violence de la réaction des tireurs d’élite israéliens augurera-t-elle d’une possibilité de paix ?

Certains Juifs d’ici me demanderont : de quoi te mêles-tu. Tu ne vis pas en Israël. Tu parles d’une situation que tu ne connais pas de l’intérieur.

Ils m’intimeront de facto de me taire. De tous nous taire. Comme nous nous tûmes devant ce qui se passa en Syrie, devant l’assassinat des Kurdes par Erdogan.

« Ecoute ta voix prophétique »

Écoute, Israël, la limite à ne pas franchir : celle d’un État qui ne donne aucune chance à la paix.

Pour qu’un jour elle puisse advenir, il te faut arrêter l’implantation de nouvelles colonies, parce qu’elles rendent impossible un État palestinien qui jouxterait Israël.

Il te faut supprimer le blocus de Gaza.

Il te faut renoncer à faire de Jérusalem la supposée capitale historique d’Israël.

A charge alors pour les Palestiniens de renoncer parallèlement à faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur État.

A charge pour eux d’abandonner le mythe du retour et de cesser d’invoquer la destruction d’Israël.

Alors seulement, par le biais d’une négociation, pourraient être prévues des compensations pour la spoliation qui leur a été faite et que reconnaissent même des historiens israéliens.

Alors, Israël, l’esprit d’ouverture de Rabin sera revenu et la reconnaissance des visages et des peuples pourra s’accomplir.

Écoute, Israël ce qui un jour fut ta voix prophétique.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1 mois d'essai offert
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris

Commentaires

A la une
Tous

En direct

Le direct