Nous voulons vivre, et vous?

En mars dernier, Le président Robert Watson et ses collègues de l’IPBES présentaient un bilan des plus alarmants des menaces qui pèsent sur l’avenir de notre planète.
En mars dernier, Le président Robert Watson et ses collègues de l’IPBES présentaient un bilan des plus alarmants des menaces qui pèsent sur l’avenir de notre planète. - AFP.

Enfin, le Printemps est là ! Après un hiver sombre et pluvieux, la vie explose à nouveau. Nous avons envie d’en profiter… et de faire taire les rabat-joie. Hélas… il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Absente des débats qui agitent la médiasphère, la nature agonise dans un silence assourdissant. Pourtant sans la contribution de la nature, l’Humanité cesse d’exister. Ceux qui veulent vivre doivent agir.

Sans nature, pas de vie

Alors que nos émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse, l’IPBES (le Panel international pour la biodiversité et les services écosystémiques), considéré comme le « GIEC de la nature », vient de produire, dans l’indifférence la plus totale, le meilleur état des lieux scientifique jamais réalisé de la vie sur notre planète. Ses conclusions sont formelles : les sols se dégradent, la biodiversité s’éteint, les écosystèmes s’effondrent. Et pas seulement ailleurs, chez nous aussi, on tue : effondrement des populations d’oiseaux, d’insectes, de batraciens, de la faune vitale des sols agricoles, etc. Les scientifiques estiment qu’il s’agit de la « 6e extinction de masse de la biodiversité depuis l’apparition de la vie sur Terre ». De facto, nous, Humanité, sommes donc menacés à terme d’effondrement, et d’extinction. Catastrophisme ? Non, malheureusement, les faits sont têtus : notre existence humaine repose entièrement sur les contributions fournies par la Nature et les écosystèmes : air respirable, eau potable, alimentation issue de l’agriculture, matériaux issus de la foresterie, contrôle des insectes nuisibles et des maladies, atténuation des pics de chaleur et last but not least, bien-être que nous ressentons au contact de la nature. Premier fait : sans nature, nous mourons.

La fête est finie

En 1962, l’américaine Rachel Carson écrivait Le printemps silencieux dans l’espoir de provoquer une prise de conscience des effets désastreux de la pollution sur les êtres vivants. Le printemps silencieux, nous y sommes désormais. La fête est finie mais nous voulons encore danser. Qu’avons-nous fait de sérieux depuis 50 ans et le cri de Rachel Carson ? Et bien on s’en contrefout. Non, soyons plus précis, c’est pire, nous persévérons dans le mal. « Errare humanum est », l’erreur est humaine, dit-on. Mais la locution se complète avec « perseverare diabolicum » : l’entêtement dans son erreur est diabolique. Nihilisme ? Cynisme ? Pulsion de mort ? Toujours plus de croissance matérielle, de viande, de SUV, de vols en avion, de bétonisation du territoire, de surface de logement, d’agriculture intensive, d’industrie du gadget, de routes. Nous persévérons sciemment à faire croître tous ces facteurs qui causent la destruction de notre monde. Deuxième fait : nous sommes en train de détruire la nature.

Notre silence est assourdissant, comme un printemps sans chants d’oiseaux. L’indifférence est totale, à tous les échelons…

Aucune réaction politique. La maison brûle mais on s’intéresse à son agrandissement et son embellissement, les yeux rivés sur la croissance du PIB, de l’emploi, et des intentions de vote.

Aucune réaction de la société civile. Aucune révolte, aucune manifestation, aucune pétition, aucun emballement médiatique dans la médiasphère.

Certains acteurs du secteur agroalimentaire, osent tout. Au mépris de la méthode scientifique séculaire, ils pérorent dans les médias pour défendre viande industrielle, agriculture et foresterie intensives, production et consommation de masse. Indignes, lie du sophisme, nombreux sont ceux qui se torchent de la nature en public.

Cette épuisante PAC

Pendant ce temps, l’Europe et sa Politique agricole commune épuisent scientifiquement, industriellement, bureaucratiquement, les agriculteurs, les éleveurs, les consommateurs, les sols et la biodiversité, en autorisant sciemment les pratiques et substances agricoles les plus ravageuses.

Nos entreprises et nos Communes s’étendent, bétonnent et aseptisent sols, éradiquent bestioles et « mauvaises herbes », au seul profit de la promotion immobilière.

Quelques journalistes et 270 scientifiques belges indignés rétablissent notre honneur collectif en alertant citoyens et gouvernements… Leur cri se perd dans un silence méprisant.

Troisième fait, les pistes sociotechniques pour la durabilité sont connues mais, quatrième fait, pas mises en œuvre. Ces quatre faits mis ensemble, nous n’avons aucune excuse.

Agissez !

Certains d’entre nous, y compris parmi les décideurs, se résignent passivement, zombies nihilistes qui acceptent de marcher vers l’abîme. S’ils restent majoritaires, nous serons les prochains sur la liste de la 6e extinction. Puisse donc leur dignité se réveiller.

Nous, les yeux ouverts, nous voulons vivre ! Avec nos enfants, nos familles, nos amis et nos concitoyens sur cette magnifique planète. Et donc nous voulons que la nature vive, car sans elle, nous mourrons tous. Parce que vivre, c’est aussi sentir, écouter, regarder, goûter, toucher, savourer les plaisirs simples offerts par la nature vivante.

Nous vous appelons donc, lecteurs, au sursaut de vie ! Si nous ne changeons pas aujourd’hui, c’est le chant de l’Humanité elle-même qui s’éteindra définitivement demain, quand nous aurons terminé de scier la branche de l’arbre sur laquelle repose toute notre existence.

Agissez ! Renseignez-vous, votez intelligemment, exigez des décideurs des actions concrètes, consommez de manière durable, militez dans une association environnementale ou un parti qui place l’environnement et donc l’être humain, au cœur de son action, accueillez dans vos jardins la nature, enseignez sa beauté à vos enfants et petits-enfants. Vous et nous avons le droit de vivre et d’exiger que ce droit soit respecté. Une nature vivante conditionne ce droit de vivre. Ensemble, nous pouvons agir ! Vive la vie !

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