Catalogne: ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes

Le 23 avril, une manifestation de soutien aux indépendantistes catalans emprisonnés a eu lieu à Barcelone.
Le 23 avril, une manifestation de soutien aux indépendantistes catalans emprisonnés a eu lieu à Barcelone. - Reuters.

Larticle de Mme Yuste, ambassadrice d’Espagne en Belgique, nous a surpris. Il nous a même un peu fait mal aux yeux. Nous, junte de l’Assemblée Nationale Catalane de Bruxelles, une organisation de la société civile catalane, nous trouvons en accord avec Mme Yuste, mais pour des raisons différentes. Si le gouvernement espagnol suivait les bons conseils de ses services diplomatiques, ce serait beaucoup plus facile.

Jaune, couleur de la solidarité

Mme Yuste se vante qu’il existe un respect scrupuleux de la liberté d’opinion dans son pays. Cependant, Amnesty International s’est vu obligé de mettre en marche une campagne de défense de la liberté d’expression le mois dernier. Des rappeurs, twitteurs, comiques et marionnettistes sont poursuivis et condamnés à de lourdes peines de prison par la justice espagnole. Leur crime ? Discours de haine, exaltation du terrorisme ou lèse-majesté. Ce week-end encore, une multitude d’images nous ont montré, avant la finale de la Coupe du Roi, des policiers confisquant avec zèle des tee-shirts jaunes, des écharpes jaunes et d’autres articles jaunes, même ceux sans aucun message politique. Pour quel motif alors confisquent-ils tout élément jaune ? Très simple : le jaune est devenu le symbole de la solidarité avec les prisonniers politiques catalans en Espagne.

Avec quelle loi dans la main osent-ils bafouer le droit à la liberté d’expression, le droit à la propriété privée ? Aucun. Les policiers espagnols font ce qu’ils veulent une fois de plus et opèrent dans l’impunité totale. Nous l’avons constaté aussi pendant le référendum du premier octobre. Les instances de l’UE, le Comité des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe et des Nations Unies ont tous appelé à examiner la violence policière. Cependant, tant le gouvernement que le parlement espagnols s’y sont farouchement opposés.

Violation des droits civils et politiques des Catalans

Mme Yuste mentionne que les votes pour les partis indépendantistes sont restés au-dessous de 48 %, mais oublie que les partis unionistes sont restés au-dessous de 44 %. 7,5 % des votes sont allés au parti proche d’Ada Colau, la maire de Barcelone. Ce parti n’est ni opposé ni pour l’indépendance. Mais, il est 100 % pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Si nous voulons savoir qui est majorité et qui est minorité, demandons-le aux gens !

Selon la Charte des Nations Unies et le Pacte international sur les droits civils et politiques, qui a d’ailleurs été signé et ratifié par l’Espagne, «  Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.  » Pour nous, c’est clair : l’Espagne viole notre droit et la loi internationale. La loi espagnole ? La solution de Mme Yuste est que nous la changions. Mais comment, si nous sommes une minorité de 7,4 millions de Catalans sur 46,5 d’Espagnols ?

Pour Mme Yuste, il nous appartient aussi, nous les indépendantistes, de proposer un candidat au poste de président du gouvernement catalan. Ce que nous avons fait : nos candidats ont été écartés par la justice espagnole à chaque occasion. Comme l’ancien président de notre organisation Jordi Sànchez, en détention provisoire depuis plus de 6 mois. Sans aucune condamnation ni base légale, ce gouvernement des juges l’a privé de ses droits politiques et de citoyen, en dépit de la pétition du Comité des Droits de l’homme de l’ONU, qui demandait de préserver ses droits. La dernière fois que nous avons proposé un candidat, M. Jordi Turull, c’était le 22 mars. Le lendemain, il se trouvait déjà dans une prison madrilène.

Nous comptons déjà neuf prisonniers politiques au total. Sept de leurs compagnons se voient obligés de vivre en exil. Ils sont accusés de sédition et de rébellion, des accusations qui ont été retirées de la loi pénale allemande et britannique parce que considérées comme archaïques. Dans le code pénal belge non plus, elle n’existe pas. De plus, la loi espagnole précise que la rébellion et la sédition impliquent la violence. Mais quelle violence ? Nos serviettes jaunes ? La seule violence que nous avons vue est celle des forces de l’ordre espagnoles.

Des solutions politiques pour un conflit politique

«  La justice ne peut pas résoudre les problèmes politiques  », réitère Cecilia Yuste. C’est là l’essence du problème. Le gouvernement espagnol ne cesse de judiciariser le conflit catalan, qui est un conflit politique pur et dur. C’est le résultat du refus catégorique de l’exécutif de Rajoy au dialogue, pendant des années maintenant. Nous avons proposé des négociations et plusieurs solutions depuis 2010 déjà. À chaque non, le problème s’est aggravé. Imaginez-vous qu’une des communautés qui forment la Belgique refuserait de parler avec les autres ? Comment peut-on alors créer une relation constructive, condition sine qua non pour trouver une solution ?

Le dernier sondage politique, qui a été mené par le journal unioniste El Periódico, indique que 78,7 % (!) des Catalans demandent un référendum sur l’indépendance. 46,9 % de nos amis citoyens espagnols y donnent leur appui (en février 2017, ce n’était que 39,7 %). En plus, 64,5 % des Espagnols croient que le dialogue est l’unique voie pour faire baisser la tension politique. Qu’attendent les mandarins madrilènes pour entamer le dialogue ? Quoi que dise le gouvernement espagnol, la tenue d’un référendum est parfaitement faisable, car l’organisation non autorisée a même été retirée du Code pénal espagnol en 2005.

Nous suivons les derniers développements avec grand souci. Les différences doivent être résolues par le dialogue dans le cadre de la liberté d’expression et de la manifestation. Nous appelons à la fin de la violence et une restriction des forces de l’ordre.

Voici le sage conseil du ministère des Affaires étrangères espagnol pour le Nicaragua, il y a quelques jours. Pour Mme Yuste et M. Dastis, le chef de la diplomatie espagnole, nous faisons volontiers référence à notre idole pacifique tibétaine, le Dalaï-Lama : «  Si tu veux connaître quelqu’un, n’écoute pas ce qu’il dit, mais regarde ce qu’il fait.  »

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