95 % des moineaux ont disparu à Bruxelles

Dans la plupart des grandes villes  européennes, les populations de  moineaux sont en chute libre.
Dans la plupart des grandes villes européennes, les populations de moineaux sont en chute libre. - Reporters

Ce n’est pas un déclin, c’est un effondrement. En 25 ans, Bruxelles a perdu 95 % de ses moineaux domestiques. Cette évolution est notable dans d’autres villes européennes. Perte d’habitat, d’alimentation, pollution, prédation… ses causes sont multiples et pas toujours bien connues. Au-delà de ce constat, les derniers recensements d’oiseaux communs réalisés à Bruxelles dénotent une chose : l’avifaune bruxelloise est en plein bouleversement. « Cela va beaucoup plus vite que partout ailleurs, relève Alain Paquet, l’un des responsables des comptages effectués dans la capitale. Le milieu est bien davantage mis sous pression qu’à la campagne. On assiste à des déclins dramatiques comme le moineau ou le martinet, mais aussi à des rebonds adaptatifs. »

Les résultats de la veille effectuée aux 111 points d’écoute actifs en Région bruxelloise ont permis de dresser des tendances statistiquement significatives pour 31 espèces. Parmi celles-ci, 11 sont stables, 12 en diminution, dont 3 en déclin marqué et 8 en augmentation, dont deux fortement.

Les friches s’urbanisent

On a identifié des changements qui nuisent à certaines familles d’oiseaux : c’est le cas des nouvelles constructions et des rénovations qui entraînent la disparition de cavités dans lesquelles nichent des oiseaux aussi connus que les étourneaux, les martinets ou les moineaux. Cerné également : l’impact bénéfique du vieillissement des arbres pour certaines espèces de cavités arboricoles comme la sittelle torchepot, le pic épeiche ou le grimpereau des arbres. La disparition des friches nuit quant à elle aux oiseaux qui se plaisent dans des milieux à peine boisés, ensoleillés, ouverts, comme les fauvettes ou le pouillot. « Le destin d’une friche en ville c’est d’être urbanisée », regrette Alain Paquet. Malgré la présence d’espaces protégés, la ville continue de se construire, grignotant inexorablement les derniers petits espaces sauvages et venant se coller au plus près de la forêt. Il y a donc une spécificité bruxelloise : en Wallonie, les populations de moineaux restent stables là où il y a encore des fermes, des granges…

De part et d’autre, tous les ornithologistes suivent par ailleurs avec beaucoup d’inquiétude les dernières recherches scientifiques qui montrent le déclin très marqué des populations d’insectes. La plupart des oiseaux, même les granivores, ont besoin d’insectes à un moment ou à un autre de leur développement. Comme en Wallonie, on constate que les espèces migratrices, toutes insectivores (martinet noir, fauvette grisette, fauvette des jardins, fauvette à tête noire, pouillot fitis, pouillot véloce) déclinent fortement depuis 1992. Certaines semblent se stabiliser depuis 2007, mais lorsqu’elles dépendent des friches, comme les fauvettes, le tableau s’aggrave. Résultat : à Bruxelles, le groupe des insectivores a subi la baisse la plus prononcée (– 62,4 %).

Place aux opportunistes

Des oiseaux plus grands et plus opportunistes se portent en revanche beaucoup mieux : c’est le cas du choucas des tours qui a vu sa population multipliée par 12 en 25 ans, de la buse variable (+ 657 %), du pigeon biset, de la perruche à collier et de l’ouette d’Egypte, une espèce exotique dont les effectifs sont « en phase d’explosion », selon Paquet.

Huit étourneaux sansonnets sur dix ont disparu à Bruxelles. Près d’un accenteur mouchet sur deux ; comme le petit troglodyte, il est très sensible à des hivers froids. Mais c’est aussi un oiseau des jardins, sensible à la disparition des friches. La tourterelle turque (– 83,5 %) cède la place au pigeon ramier qui, venu des campagnes, colonise la ville.

« Mais les espèces parfois plus flexibles que prévu », poursuit Paquet. Ainsi, après avoir frôlé le crash, les populations d’hirondelles de fenêtre sont passées de 33 couples en 2002 à 250-300 couples ; un succès dû à une opération de sensibilisation et de conscientisation. En zone forestière, la buse variable, l’autour des palombes et le geai des chênes sont également en croissance. Plus flexibles et opportunistes, les corvidés, les psittacidés (perruches…), les laridés (goélands, mouettes…) tirent leur épingle du jeu.

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