C’est le Coran qui m’a immunisé contre la radicalisation!

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En Europe, on s’est désintéressé de l’islam par mépris. Je peux comprendre que l’on méprise l’islam ou n’importe quelle autre religion mais le faire en tant que responsable politique est plus qu’une erreur, c’est carrément une faute. Nous en mesurons aujourd’hui partout les conséquences.

Comme tant d’autres, mes parents sont venus en Belgique dans les années 60 à la demande du gouvernement belge. Ils ont ramené du pays d’origine leur histoire, leur culture, leur foi et surtout leur bonne volonté. Auparavant, les avaient précédés bon nombre de musulmans venus sacrifier leurs vies pour combattre le nazisme et libérer le continent européen. Il ne s’agit donc pas d’aimer ou non les musulmans mais ils sont là et ils font en réalité partie des meubles depuis bien longtemps déjà.

Les sociétés européennes n’ont plus le choix, elles doivent prendre à bras-le-corps la problématique de la prévention à la radicalisation, notamment en prison, et je dirais qu’en ce domaine, on a déjà 50 ans de retard !

Le virus de la radicalisation peut sommeiller pendant des années avant de tout d’un coup s’activer. Il suffit que les éléments soient réunis : des difficultés dans sa vie, un moment de doute et de faiblesse plus la présence d’un manipulateur professionnel, qu’il soit réel ou virtuel d’ailleurs, et voilà le sujet contaminé ! Heureusement que dans le cas de la radicalisation, il existe un vaccin : le Coran !

Immunisé contre la radicalisation

Pour ma part, ce qui m’a ouvert les yeux sur l’islam authentique et sur l’éthique coranique, ce n’est ni l’école, ni les mosquées, ni les imams, ce sont les livres ! Et en particulier une lecture attentive du Coran que je fréquente assidûment depuis plusieurs décennies.

L’islam est une religion du Livre (Kitâb). La première injonction du Coran est « Lis » (iqrâ), un impératif exigeant la conquête du savoir à l’adresse d’un analphabète (ummi) : quel singulier symbole et quelle leçon pour notre époque !

Dans mon livre le Coran contre l’intégrisme, paru en février 2000, j’écrivais déjà : «  Nous avons également remarqué que certains musulmans rechignent à lire le Coran par une sorte de sentiment exacerbé d’humilité qui peut à nos yeux s’expliquer par une sorte de crainte de voir leurs croyances traditionnelles déstabilisées voire contredites par la hardiesse du texte coranique. Ils s’approprient donc le Livre fondateur de l’islam par procuration en laissant, à des “commentateurs” souvent peu inspirés, le soin de leur expliciter le sens du discours coranique  ».

Les professionnels de la radicalisation

Cette démission de l’esprit critique constitue le terreau de la radicalisation et est du pain béni pour les extrémistes de tout poil – ces professionnels de la radicalisation –, qui n’en espéraient pas tant !

Lorsque j’avais une quinzaine d’années, mon directeur d’école – un établissement catholique –, m’a mis, en toute bonne foi de sa part, en contact avec une personne qui prêchait déjà – c’était dans les années 70 –, l’islam radical ou plutôt pour l’époque, l’islam politique. J’ai promptement contredit ce fumiste car je connaissais l’islam mieux que lui et ce, pour deux raisons.

Premièrement, mon père m’avait déjà appris que le Coran est avant tout un texte éthique : si le Coran ne sert pas à nous rendre meilleur, autant s’en passer !

Deuxièmement, j’avais lu bon nombre de livres, et notamment sur l’islam. Je ne remercierais donc jamais assez les auteurs qui, à la suite de mes parents, ont contribué à forger ma manière d‘aborder et de vivre ma foi, laquelle est avant tout fondée sur une éthique coranique. Le Coran n’invoque-t-il pas un Dieu qui « S’assigne à Lui-même la miséricorde » (VI, 12, 56). Enfin, en 1990, survient ma rencontre essentielle avec le magistral Essai de traduction du Coran de Jacques Berque que je considère comme la meilleure et la plus subtile traduction française du Coran !

Insistons-y, ce n’est pas l’islam qui pose problème dans nos sociétés mais bien la radicalisation et le terrorisme qui se réclament de lui ! En vérité, la perspective que propose l’islam, c’est l’éthique. Tout comme le judaïsme ou le christianisme du reste. Il n’y a pas d’équivoque ou de différence dans le message éthique des Écritures.

Je veux bien me faire moine !

La preuve, je veux bien me faire moine si l’assassin Benjamin Herman, l’auteur de la tuerie de Liège, connaît quoi que ce soit à l’islam, à son étymologie, à son histoire, à ses traditions, au bel-agir, au Rappel, à la guidance, à la voie de rectitude, à la plénitude du vivre, bref à l’éthique coranique…

Averroès lui rétorquerait : «  J’apprends des versets du Coran, je suis savant ! De la médecine qu’est-ce que tu sais, ou de l’astronomie, des mathématiques, de la chimie, de la philosophie ? Et de l’Amour qu’est-ce que tu as appris ? De la vérité, de la justice ? Mais que sais-tu de tout cela pour prétendre répandre la Parole divine ? Réponds-moi ! Réponds-moi !  ». Long silence…

Et la prison dans tout ça ?

Le problème de la prison, c’est le manque de perspectives qu’elle offre aux détenus qui pour la toute grande majorité d’entre eux n’y entrent pas en état de radicalisation. Dans son édito du jeudi 31/05/18, Béatrice Delvaux écrit : «  Et si on sortait enfin la prison du ghetto ?  ». Elle y cite Bruno Dayez pour qui «  la prison est une oubliette physique et intellectuelle, qui crée plus de vices qu’elle n’accumule de vertus  ».

En prison, les détenus qui se posent des questions sur l’islam ont-ils à leur disposition des ouvrages de qualité ? Ont-ils accès à une documentation riche et variée sur le fait religieux et le vivre-ensemble ? Les écoute-t-on ? Peuvent-ils rencontrer des personnes compétentes qui puissent leur opposer un contre-discours à la radicalisation ? Leur donne-t-on la possibilité de faire appel à leur bon sens, les incite-t-on à développer leur raison et surtout à aiguiser leur esprit critique ?

Les professionnels de la déradicalisation

Qui fut radicalisé par une lecture perverse et sectaire du Coran ne saurait être déradicalisé que par une lecture authentique et libératrice de ce même Coran. Mais un tel travail libérateur, une telle reconstruction éthique, ne saurait être effectué que par quelqu’un qui sait son Coran et surtout qui a compris son sens profond qui participe d’une démarche « radicalement » pacificatrice. Ce n’est que lorsque l’on connaît très bien le Coran que l’on peut détecter qui s’écarte de l’éthique coranique et qui se radicalise ou tient un discours radical, ce qui revient au même.

La seule méthode susceptible de déconstruire le discours radical c’est de lui opposer partout, à l’école, dans les mosquées et surtout dans nos prisons un contre discours éthique porté par des hommes et des femmes qui aient l’éthique coranique chevillée au corps et au cœur. Des hommes et des femmes formés dans nos universités belges et qui maîtrisent non seulement le texte fondateur et son éthique mais également les fondements de l’esprit critique et du discernement.

Ces personnes existent et elles sont prêtes à apporter leur expertise. Leur connaissance du Coran dans le sens d’une éthique n’est pas seulement bénéfique pour toute la société. C’est une œuvre de salubrité publique ! Il est donc plus que temps d’agir en ce sens.

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