«Schild en Vrienden», un signal d’alarme pour la N-VA

© Belga
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Il y a deux façons de créer des extrêmes : en niant les problèmes que vivent les gens ou en désignant des boucs émissaires. On a beaucoup écrit et mis en cause ces derniers mois la responsabilité de ceux, à gauche notamment, qui ont minimisé la puissance du désarroi identitaire. Nous, les médias, devons aussi assumer notre part d’introspection dans l’analyse de la crise profonde de la démocratie à l’œuvre et du basculement de nombre d’électorats vers l’extrême droite.

Mais aujourd’hui, c’est l’autre partie de l’équation – la désignation des boucs émissaires – qu’il faut cibler. Et en Belgique, cela concerne la N-VA. La découverte de déclarations et comportements sexistes, antisémites et racistes au sein du groupuscule «Schild en Vrienden» interroge le parti de Bart De Wever. C’est un signal d’alarme pour un parti qui exerce, à l’évidence, une force d’attraction sur ces jeunes apprentis nazis.

Vendredi, nombre d’experts et de commentateurs du nord du pays lançaient un appel au parti de Bart De Wever : faites votre examen de conscience. L’éditorialiste du Morgen en particulier disait à juste titre que «  nettoyer  » ne suffirait pas, pas plus que retirer des cartes de parti ou rayer des noms des listes électorales. Ce serait un lifting qui s’attaquerait aux symptômes, aux signes extérieurs et non au cœur du problème.

Le parti nationaliste doit regarder la réalité en face : les discours tenus, la rhétorique utilisée, le matraquage de tweets provocateurs accompagnés parfois de ces « mèmes » revendiquant la vertu de l’humour ( !), le ciblage de groupes d’individus par leur ethnie ou leur religion, parlent à certains esprits, les radicalisent et légitiment leurs convictions racistes.

Non, on ne voisine pas sans conséquences avec les Salvini et Kurz de cette nouvelle Europe de l’extrême droite. Soit on se dit dans leur camp, soit on les combat, mais on ne peut rester dans la zone grise, ambiguë et malsaine du « ils n’ont pas tort sur tout ». L’excuse de la communication virile ne tient plus non plus : on ne « joue » pas, on ne « rit » pas lorsqu’on évoque le sort de migrants. Par les temps présents, chaque mot compte double et lourd quand il vient d’un homme politique.

Depuis des mois, Bart De Wever et les siens n’arrêtent pas de dénoncer l’empathie comme une tare coupable, de promulguer le « nettoyage » en guise de politique, de relativiser le racisme et de déshumaniser les migrants. Vendredi, Theo Francken a dénoncé des comportements abjects, appelant les francophones notamment à croire à la sincérité de son rejet du racisme «pour les idiots». Jusqu’au prochain tweet saluant l’enfermement d’une famille avec enfants ou les records d’expulsions ?

Les partis qui « laissent faire » doivent aussi s’interroger. Mais la N-VA, elle, est face à elle-même. Elle peut nier les constats présentés, en tirer les leçons ou continuer à jouer sur l’ambiguïté. A elle de décider. Mais la responsabilité qui est engagée est énorme : ce parti, par sa puissance, a charge d’âmes fragiles, et pas que flamandes. On l’a vu cette semaine, hélas.

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