Grâce à Trump, je vois la vie en rose

Grâce à Trump, je vois la vie en rose
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Ce n’est pas seulement l’influence débilitante des premiers beaux jours… Mais j’ai choisi d’être optimiste, quitte à donner tort à Camus (qui est pourtant ma référence absolue), lequel écrivait qu’il ne restait plus qu’un choix pour l’homme : être un pessimiste qui rit ou un optimiste qui pleure. Nous avons assez pleuré, nous avons assez eu peur… Sur ces lamentations et ces peurs, des aventuriers néfastes comme Trump sont arrivés au pouvoir. Mais d’autres, comme Le Pen, ont été arrêtés, parce que quelque chose s’est passé…

Bien sûr, il faudrait être fou pour croire que tout va bien parce que Le Pen a été battue et que son parti va sans doute se ramasser lourdement aux élections législatives françaises, comme d’ailleurs tous les partis traditionnels. Ou parce que Macron a été élu, même si, au-delà de la victoire d’un candidat dont l’avenir nous dira si l’on avait raison de lui faire confiance ou de le redouter, la mobilisation citoyenne et l’élan de renouveau sont remarquables et salutaires. On peut, à l’instar du journaliste américain Chris Hedges, considérer que l’apocalypse est pour demain et que Donald Trump « est le visage de notre idiotie collective ». « Les dynasties romaine, maya, française, Habsburg, ottomane, Romanov, Wilhelmine, Pahlavi et soviétique se sont effondrées à cause des caprices et des obsessions de ces idiots au pouvoir », poursuit Hedges. « Ce moment marque la fin d’une longue et triste histoire de cupidité et de meurtre de la part des Blancs. Il était inévitable que, pour ce spectacle final, nous régurgitions un personnage grotesque tel que Trump. Les Européens et les États-Uniens ont passé cinq siècles à conquérir, piller, exploiter et polluer la Terre au nom du progrès de l’humanité. Ils ont utilisé leur supériorité technologique pour créer les machines de mort les plus efficaces de la planète, dirigées contre n’importe qui et n’importe quoi, surtout contre les cultures autochtones qui se trouvaient sur leur chemin. Ils ont volé et amassé les richesses et les ressources de la planète. Ils ont cru que cette orgie de sang et d’or ne finirait jamais, et ils y croient encore. Ils ne comprennent pas que la triste morale d’une expansion capitaliste et impérialiste sans fin condamne les exploiteurs autant que les exploités. Mais, alors même que nous sommes au bord de l’extinction, nous n’avons pas l’intelligence et l’imagination de nous libérer de cette évolution. »

J’ai souvent dressé un constat similaire dans plusieurs de mes chroniques et je ne vais pas me dédire ; cependant, les prophéties apocalyptiques ont le tort de ne pas proposer de solution et de considérer, d’ailleurs, qu’il n’y a pas de solution. Or, il y a des solutions.

La fin des empires ou la fin du monde ?

Un premier constat s’impose : si effectivement les empires et dynasties que pointe Hedges se sont effondrés, cela n’a pas signifié pour autant la fin du monde. Bien sûr, dans certains cas, cela s’est accompagné d’une période de désastre pour les populations ; mais les gens se sont toujours réorganisés et ont rebâti des sociétés, des structures, des liens.

Le souci majeur que nous devons aujourd’hui affronter constitue, il est vrai, une menace pour l’humanité : la financiarisation de tous les domaines d’activité et la recherche éperdue du profit ont contribué à épuiser notre planète et, ce faisant, à menacer l’avenir de l’espèce humaine.

Mais en annonçant que les Etats-Unis se retiraient des accords de Paris, qu’a fait réellement Donald Trump ? A-t-il vraiment posé un acte suicidaire qui nous entraînera tous dans la mort ? Je ne crois pas. Au contraire, on peut considérer qu’il a pris la meilleure décision pour achever de convaincre de sa nullité et de sa nocivité les derniers qui pensaient qu’il fallait laisser une chance à ce sinistre clown. Bien plus que la déclaration de Trump, ce qui a été important, ce sont les réactions qu’elle a suscitées, d’Arnold Schwarzenegger au maire de Pittsburgh qui ont à la fois dénoncé les mensonges éhontés du président et affirmé haut et clair que si Trump se retire de l’accord, les Américains, à différents échelons et niveaux, le respecteraient.

La meilleure nouvelle aura sans doute été la position de la Chine. Bien sûr, il y a là de la stratégie politique et hégémonique : l’occasion est trop belle pour la prochaine première puissance mondiale de damer le pion aux Américains et de prendre le leadership dans la lutte contre la pollution, même si le gouvernement chinois était arrivé à la conclusion que cette lutte devait être leur priorité, compte tenu des problèmes majeurs que cette pollution crée chez eux et des menaces qu’elle fait peser sur la population nationale.

L’écologie, moteur économique

On peut bien sûr rêver d’un monde où les habitudes changeront radicalement. D’un monde où le capitalisme n’existera plus. Mais il est vain d’imaginer un monde sans économie ; Marx en faisait, à juste titre, le moteur de l’histoire. Il pensait que le capitalisme se détruirait « naturellement », par une concentration à ce point critique du capital et des moyens de production qu’il serait simple de passer de la propriété de quelques-uns à la propriété de tous, le communisme, c’est-à-dire l’abolition de la propriété privée.

Dans son chef-d’œuvre Reds, Warren Beatty raconte l’histoire de John Reed, un Américain communiste parti faire la révolution en Russie, en 1917. Au début du film, on le voit tenter de convaincre un paysan mexicain d’adhérer à l’idéologie marxiste. « Si tu as deux maisons, explique-t-il, l’Etat t’en prend une pour la donner à quelqu’un qui n’en a pas. » Le péon acquiesce. Idem pour les vaches ; si tu en as deux, on t’en prend une pour la donner à quelqu’un qui n’en a pas. Idem pour les voitures. Le paysan est tout à fait d’accord. « Et si tu as deux poules, on t’en prend une pour la donner à quelqu’un qui n’en a pas. » Là, le gars se raidit et hoche la tête négativement : pas question. Reed s’étonne : comment peut-on être d’accord de partager maisons, voitures et vaches et s’y opposer pour une simple poule ? La réponse fuse : « Parce que j’ai deux poules ».

L’histoire de l’humanité est intrinsèquement liée au commerce. Le mot désigne d’ailleurs aussi bien les transactions strictement commerciales que les relations humaines. L’économie n’est pas que la finance ; les individus et les sociétés échangent, engrangent, gaspillent, offrent, reçoivent… Ce qui pose problème aujourd’hui, ce n’est pas tant le capitalisme en tant que tel, mais l’absence de contrôle étatique (et parallèlement la prise de contrôle du politique par les forces financières) et la financiarisation de tous les domaines. De cela découle une recherche frénétique du profit à court terme et à tout prix, quelles qu’en soient les conséquences pour le reste de l’humanité.

Les bouleversements dont la planète a besoin pour se sauver sont possibles. Il y a évidemment une part majeure qui doit venir de changements d’attitudes chez chacun d’entre nous ; mais cela ne suffira pas, parce que les habitudes sont très difficiles à modifier – du moins si l’on souhaite demeurer dans un cadre démocratique. L’essentiel de ces changements indispensables viendra de l’économie et de l’industrie, des universités et des entreprises qui innoveront et mettront au point de nouvelles énergies, de nouveaux outils vertueux, écologiques, durables, équitables. Des produits nouveaux qui généreront des profits, de l’emploi, du bien-être.

Bien sûr, il ne faut pas être un optimiste béat. On nous a fait croire que les filtres à particules sur les moteurs diesel étaient la solution, alors qu’ils ne servent qu’à retarder et déplacer le problème. Les exemples de ce type sont légion, malheureusement. D’où l’importance d’un contrôle par les Etats, mais aussi par les citoyens. Quoi qu’en dise Hedges, nous ne sommes pas encore tous des idiots, et la fréquentation des étudiant(e)s me conforte dans l’espoir que la jeune génération l’est nettement moins que la nôtre. La dictature écologique ne serait pas plus acceptable qu’une autre dictature ; le seul véritable pouvoir réside encore et toujours dans la responsabilité individuelle et collective et la mise en place d’une société juste où les plus fragiles sont protégés par l’Etat, grâce à des services publics forts, non soumis à des critères de rentabilité immédiate.

Le pessimiste qui rit, pour Camus, n’est pas le cynique qui se moque de l’apocalypse annoncée, et son optimiste qui pleure est celui qui refuse de voir la réalité en face. Le climatosceptique en est l’exemple : il est convaincu qu’on peut continuer à polluer et il le restera même lorsque la montée des eaux aura noyé sa maison au bord de la plage. Finalement, Camus a raison : le pessimiste, c’est celui qui sait que ça va être terriblement compliqué et que les défis à relever sont innombrables. Mais s’il rit, c’est parce qu’il sait que rien n’est impossible à une communauté humaine solidaire et responsable.

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