Pourquoi Lutgen devait trahir pour survivre

Pourquoi Lutgen devait trahir pour survivre

Avant d’être Emmanuel Macron, il faut être Frank Underwood… Avant de lancer un nouveau mouvement et d’être crédible dans ce nouveau rôle, il fallait en effet tuer le « père », Hollande, car c’était la seule façon de démontrer qu’on n’était pas ce socialisme-là.

Benoît Lutgen aurait-il eu ce lundi son moment « Underwood » ? Sa décision de répudier le PS pour s’affirmer comme une sorte de formateur d’une nouvelle coalition en Wallonie et à Bruxelles, y ressemble en tout cas furieusement.

Imaginez : vous êtes le président d’un parti qui est à la dérive, s’écrase dans les sondages, a déjà vendu une partie de son image en apparaissant scotché au PS et abîme ce qu’il en reste en continuant à partager le pouvoir avec les socialistes. Au CDH en effet, depuis des semaines, on n’en peut plus de prendre les coups liés aux affaires, on sert de punching ball aux alliés du partenaire de gouvernement (le tandem Jean-Pascal Labille-Thierry Bodson), on subit les dégâts collatéraux des solutions – le décumul – que les socialistes désignent pour régler leurs soucis mais mettent vos mandataires hors d’eux et last but not least, on se fait entraîner dans une gauchisation de son programme de gouvernement, histoire de contrer un PTB qui ne vous menace pas au premier chef.

Si vous êtes Benoit Lutgen, soit vous restez dans cette alliance, en croisant les doigts chaque jour pour que d’autres affaires n’éclatent pas et vous arrivez aux élections dans la position du mouton qui part à l’abattoir, soit vous reprenez votre autonomie et vous tentez de vous redonner une image, une personnalité et des raisons pour vos électeurs de voter pour vous en ne vous considérant plus comme le caniche des socialistes. Le choix est vite fait, d’autant que dans la première hypothèse, la tête du président « soumis » sera la première à rouler.

Pour regagner son image perdue, il faut frapper un très grand coup, et donc trahir : « eux c’est eux, et moi c’est moi ». Et donc à la manière de Macron qui s’est désolidarisé du bilan socialiste en rompant avec son gouvernement, Lutgen espère se déscotcher du PS en quittant les bateaux régionaux : on pose un acte transgressif, à la Brutus, assassinant d’un coup ce qu’on avait dit adorer.

Une prise de risque ? Oui, car rien à ce stade ne garantit au Bastognard qu’il va gagner son pari et redonner du tonus à son parti. D’autant que Lutgen n’a rien d’un perdreau de l’année : il n’est pas ce jeune homme vierge d’un passé, sans les casseroles liées au « système » qu’il dénonce. Par contre, dans l’instant, il regagne l’estime des siens très agacés, il ressoude provisoirement un parti essoufflé, il retrouve un discours et durcit un centre considéré comme définitivement mou. Et même si tout cela n’est que temporaire, même si tout cela ne marche pas, même si Lutgen fini décapité, ce sera après avoir posé un geste qui ne manque pas d’audace, voire de panache et non de guerre lasse, par mort lente, toute honte bue.

Le paradoxe est que le geste posé par le président du CDH pourrait être bénéfique aux deux autres « partenaires » qui composent ces partis traditionnels, dont il est bon de rappeler qu’ils sont tous trois partie prenante de ce système d’asbl bruxelloises, d’intercommunales wallonnes, de nominations, de mandats, de cumuls de rémunérations et de manque de gouvernance dénoncées aujourd’hui.

Le PS pourrait en effet trouver un réel avantage à basculer dans une opposition qui pourrait recoller des troupes en train de se diviser, soudain unies par la haine du traître calotin, l’envie de se venger de cette humiliation publique et la capacité de prononcer enfin ces discours et harangues à « gauche toute » dont le pouvoir les prive aujourd’hui mais qu’exige la concurrence avec le PTB.

Le MR quant à lui, recevrait sur un plateau l’occasion de se refaire la virginité francophone qu’il a abîmée, en montant comme seul parti francophone au gouvernement fédéral avec la N-VA.

Mais ces jeux-là sont très loin d’être faits.

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