Le pari mégalo et bluffant d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron © Reporters
Emmanuel Macron © Reporters

The medium is the message. La formule de McLuhan date du siècle dernier mais elle reste d’actualité dans ce monde 2.0 où se projette Emmanuel Macron.

Pour sa toute première interview depuis son élection, le président français a choisi de se confier en exclusivité à un panel de journaux internationaux, dont Le Soir.

Alors qu’il participera ce jeudi à son premier sommet européen de chefs d’Etats et de gouvernement à Bruxelles, le locataire de l’Elysée n’a voulu expressément parler que d’Europe et de diplomatie. Pas un mot de politique française.

Le décalage est spectaculaire mais 100 % assumé. Nous avons été reçus mardi à l’Elysée alors que la ministre des Armées Sylvie Goulard venait tout juste de démissionner, anticipant un remaniement plus large qui verrait le lendemain les deux autres ministres du Modem affaiblis par les affaires, celui de la Justice François Bayrou et celle des Affaires européennes, Marielle de Sarnez, prendre le large. Mais d’une sérénité absolue, Emmanuel Macron a disserté dans les jardins de l’Elysée pendant près d’une heure et demie sur les grandes affaires de ce monde.

La séquence illustre de manière saisissante la présidence qu’il veut incarner. Bien sûr, il est au cœur du remaniement et rien de la situation politique intérieure n’échappe à son contrôle. Il a été le grand ordonnateur de cette année électorale folle dont s’achève la dernière séquence. Mais il ne sera ni ce président de l’anecdote qu’a fini par devenir François Hollande, commentant sa propre action, ni cet hyperprésident débordant d’énergie tempétueuse parfois incontrôlée qu’était Nicolas Sarkozy. Gaullien, Emmanuel Macron entend rien moins que se hisser au-dessus des partis et pour tout dire au-dessus même de la France pour guider l’Europe et pourquoi pas le monde vers un futur plus désirable.

De la crise des démocraties occidentales aux déséquilibres et aux inégalités qui ont plongé la planète dans une instabilité historique, du terrorisme dont les causes profondes relèvent notamment à ses yeux de nos propres erreurs, Emmanuel Macron dresse le portrait d’une Europe et d’un monde auxquels il veut redonner du sens. Il se battra pour une Europe «qui protège» , et qu’il ne faudra pas confondre avec l’Europe protectionniste des souverainistes. Au contraire : il veut une Europe qui refonde son bien commun : un alliage unique entre la liberté, la démocratie et le progrès social.

Après un gros mois à peine passé à l’Elysée, le président français se sent prêt à abattre des murs. A ramener Donald Trump à la raison sur le climat. A conduire Vladimir Poutine à une solution politique sur la Syrie. Rien que ça. Titanesque rôle que s’est assigné un président de 39 ans surgi de «nulle part».

On peut juger le pari mégalo. Il est surtout bluffant. Dans un monde sclérosé et pétri d’inquiétudes, Emmanuel Macron fait souffler un vent nouveau. En Mai 68, il était interdit d’interdire. Cinquante ans plus tard, on pourrait paraphraser. Il est interdit de ne pas au moins essayer.

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