Un sondage qui enfonce le PS et renforce le MR

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C’est un choc, une secousse… Que dis-je, c’est une déflagration ! Ce samedi matin, L’Echo et Sud-Presse publient un sondage réalisé par Dedicated Research. Les résultats qui confirment celui paru dans nos colonnes au printemps, confirment le bouleversement du paysage politique francophone. Voici les enseignements à en tirer.

1. Le sondage. Dans son édition de ce matin, L’Echo explique que ce sondage a été « réalisé par l’institut Dedicated Research, avec des conditions identiques à celles d’autres baromètres (La Libre, RTBF), sur la période 23-27 juin ». Quatre jours à peine après le « coup » de Benoît Lutgen annonçant le divorce PS-CDH. S’il se confirme que la méthodologie est la même, cela a plusieurs implications dont celle de permettre un ancrage de ces résultats dans une temporalité plus longue. Autrement dit : on peut comparer les estimations actuelles avec celles publiées précédemment par les deux médias précités.

2. En Wallonie. Ce n’est plus une vue de l’esprit : le PTB arrive en tête. Un électeur wallon sur quatre (24,9 %) est prêt à voter pour le parti de Raoul Hedebouw. Soit un bond de 19,4 points par rapport au scrutin de 2014. A l’inverse, le score du PS serait divisé par deux, passant de 32 à 16 % en à peine trois ans. Ecolo (11,4 % – + 3,2 points) et Défi (3,9 % – +1,5 point) profitent également de la séquence pour se renforcer. Le CDH, donné à 9,8 %, enregistre une perte de 4,2 points. Son président se consolera en constatant que sur les deux trimestres écoulés, son parti enregistre une relative stabilité (11,2 % en janvier). En ces temps politiquement chahutés, ce n’est pas négligeable. Et cela pourrait le conforter dans l’idée que l’opération survie entamée voici deux semaines, était indispensable. Enfin, il y a le MR qui, tout en perdant 2,6 points par rapport à 2014, conserve sa deuxième place wallonne avec 23,2 %.

3. A Bruxelles. PS et MR y sont en général au coude à coude. Mais on assiste à un bouleversement, avec des socialistes renvoyés en cinquième position !

Les réformateurs y pointent en tête : 20,7 %. Ils enregistrent pourtant une baisse de 1,2 %. Mais leur rival de toujours connaît, dans le même temps, un effondrement, passant de 25,6 à 10, 9 % ! Résultat : le premier accessit revient désormais à Défi (15,7 %) qui connaît une progression de près de cinq points. Assez pour devancer un PTB en hausse également dans la capitale : 14,1 % (+10,1 points). Ecolo reverdit aussi : avec 12,5 %, il glane deux points par rapport à 2014.

4. En Flandre. La N-VA chute de 5,3 points mais reste, avec 27,1 %, premier parti au nord du pays. Deuxième, loin derrière les nationalistes, le CD&V se tasse : 16,9 % (-1,7 point). Suivent l’Open Vld (12,7 %, – 2,8 points), Groen (12,2 %, +3,9 points) et le Vlaams Belang (11,7 %, +5,9 %). Derrière, le SP.A. (qui tombe de 14 à 9,5 %) sent dans sa nuque le souffle de la gauche radicale : donné à 7,3 %, le PVDA de Peter Mertens effectue un bond de 4,3 points.

5. En sièges. Si ces résultats étaient ceux d’un scrutin fédéral, ils modifieraient fortement le visage de l’hémicycle. Avec son pendant flamand, le PTB obtiendrait 26 sièges. Soit autant que la N_VA (-7 sièges), en recul mais toujours largement en tête au nord du pays. Hasard ou vases communicants ? Le Vlaams Belang gagnerait, lui, sept élus pour former un groupe de dix députés. Pour le reste, les trois familles traditionnelles reculent : la socialiste (11 PS + 7 SP.A), de 19 sièges ; démocrate-chrétienne (4 CDH + 16 CD&V), de 7 strapontins ; libérale (18 MR + 12 Open Vld), de 3 fauteuils. Cette dernière reste le groupe le mieux représenté à la Chambre. Outre le PTB, les verts se remplument de cinq unités (7 Ecolo et 10 Groen), principalement grâce à leurs résultats en Flandre. Et Défi glane un élu de plus pour former un trio parlementaire. Conséquence : avec 72 sièges, la majorité fédérale actuelle (84 élus sur 150) n’en serait plus une. Un constat répété depuis plusieurs sondages. Et ce n’est pas la caution malingre (4 unités) apportée par le CDH qui suffirait à renflouer la « suédoise ». Avec des écologistes jusqu’ici peu enclins à pencher à droite et une famille socialiste abîmée des deux côtés de la frontière linguistique, cela laisse présager un joli casse-tête pour le futur formateur.

Quelles leçons ?

6. Sueurs froides au PS. Publifin, Samusocial et autre ISPPC, tout cela allait-il avoir un impact sur l’opinion, comme les marées sur la falaise ? Il semble que oui. L’affaissement sondagier des socialistes en atteste. A la veille du congrès de l’Eau d’Heure, où le PS doit adopter une série de mesures de gouvernance, ces données vont sans conteste plomber un peu plus l’ambiance.

Les mesures de décumul (financier) et de gouvernance annoncée ces dernières semaines ne semblent pas avoir calmé l’opinion. Cela renforcera sans doute ceux qui, à l’intérieur comme en dehors du PS, pensent que la convalescence passe sans doute par une cure d’opposition et un renouvellement des cadres supérieurs du parti.

7. Le PTB à la fête. La formation de la gauche radicale est à la fête. Si un scrutin devait confirmer la pole position wallonne d’Hedebouw et consort, il viendrait consacrer une tendance sondagière à la hausse ininterrompue depuis plusieurs saisons. Le PTB semble fédérer sur son sigle les mécontents de la politique menée au fédéral et les déçus des scandales révélés en Wallonie et à Bruxelles.

8. Le MR à la manœuvre. Les chiffres ne mentent pas. Ils peuvent pourtant tromper. Car le véritable vainqueur de ce sondage (et de sa publication) est le MR. Les réformateurs ne sortent pas trop abîmés de leur participation au fédéral. Ce sondage qui annonce le PS en perdition est également un signal aux partis actuellement en lice pour des majorités alternatives en Wallonie, à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Et même si c’est Benoît Lutgen qui a retiré la prise, c’est clairement le MR qui apparaît en position de force aujourd’hui (d’où cette publication foret opportune).

Et demain ! Car l’émergence du PTB comme premier parti wallon est du pain béni pour Olivier Chastel et les siens. En effet, si un tel résultat devait sortir des urnes en 2019, on imagine mal l’extrême gauche prendre la main et constituer une coalition au sud du pays. Entre ce parti et le reste du spectre politique, l’écart reste à ce jour trop important pour bâtir des ponts et des convergences (on entend déjà l’argument du « vote utile » chez les adversaires du PTB). Ce serait alors le MR qui prendrait la direction des opérations. Et ça, les libéraux l’ont bien compris. Et leurs partenaires potentiels, aussi.

Le sondage du MR, une critique à peine voilée contre la RTBF

J ’ai été totalement abasourdi d’apprendre que la RTBF avait décidé de ne pas le faire réaliser cette fois-ci, officiellement faute d’argent. Ce baromètre est une institution. Il est publié tous les trois mois depuis des années, à chaque changement de saison. Déjà en mars dernier, la RTBF avait décidé de commander un deuxième sondage parce que les résultats du premier ne lui convenaient pas ! Or, il avait confirmé le premier !… »

En expliquant pourquoi le MR a fait réaliser un sondage par Dedicated Research, le président des libéraux jette un sérieux pavé dans la mare médiatique. Et il allume au passage le service public, en laissant entendre que celui-ci aurait pu renoncer à un rendez-vous politique trimestriel par crainte des résultats, dans un contexte politique marqué par les scandales et la descente aux enfers du PS. Une accusation à peine masquée de politisation.

Par ailleurs, s’il se confirme que Dedicated Research a usé de la même méthodologie que pour ses sondages ertébéens, cela pose question sur les obligations contractuelles qui le lient à la RTBF et à la Libre. Mais cela, c’est de la cuisine interne.

Nous avons tenté de joindre la RTBF afin d’obtenir une réaction sur les propos d’Olivier Chastel. Jusqu’ici, en vain.

Et Le Soir ?

Le président du MR ne dit mot sur l’absence de baromètre Le Soir – RTL-TVi – Het Laatste Nieuws – Ipsos. Et pour cause ! Aucun n’était prévu en juin. «  Nous avons déjà eu deux sondages en janvier et en mars, explique Christophe Berti, rédacteur en chef du Soir. Celui du printemps était déjà différent car il se centrait sur les réactions aux affaires, avec un focus sur Liège et Bruxelles pour nous, Gand et Anvers pour la Flandre. Et après une rencontre avec nos partenaires, nous avions déjà prévu de poursuivre selon le timing prévu et qui ne prévoyait aucune publication en juin. Dans les mois qui viennent, nous allons continuer à réaliser notre baromètre, le seul d’une ampleur nationale, selon notre méthodologie  ».

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