Nafi avant Thiam

Par Philippe Vande Weyer

Athlétisme

Nafissatou Thiam,  une vraie joie de vivre quand elle retrouvait les stades  d’athlétisme.
Nafissatou Thiam, une vraie joie de vivre quand elle retrouvait les stades d’athlétisme. - D.R.

Tout est calme, comme tous les jours, ce matin, sur la piste bicolore brique et sable du petit stade de Jambes. A part les entraînements des athlètes du Sambre-et-Meuse Athlétique Club (Smac), le cercle local, cela fait quelques mois maintenant qu’il ne s’y passe (presque) plus rien. Malgré des demandes répétées de ses dirigeants, le revêtement, coulé en 1994, n’a jamais été renouvelé. Du coup, à la longue, la piste est devenue impraticable. Râpée – quand elle ne se soulève pas… Trop dure pour les tendons. En attendant sa rénovation, la Ligue francophone d’athlétisme n’a rien pu faire d’autre que de la déclasser, privant le club de toute organisation, à commencer par son traditionnel meeting international annuel, le bien nommé Atletissima.

A la fenêtre de la cafétéria du club de foot qui donne sur la ligne d’arrivée, un poster commence à jaunir. On y voit Nafissatou Thiam, médaille d’or autour du cou à Rio, surmontée de la mention « Bravo à notre ancienne athlète », pour ceux qui auraient oublié que c’est ici que la championne olympique a fait ses premières classes, de 2001 à 2006. Cinq saisons en partie encore indélébiles puisqu’elle détient toujours six records du club en catégories de jeunes plus de dix ans plus tard.

« Nous sommes évidemment fiers qu’elle ait découvert l’athlétisme chez nous, confie Serge Moreaux, le directeur technique du Smac. Mais il faut être honnête : nous sommes complètement étrangers à ses résultats actuels ! »

L’indispensable gare de Rhisnes

Sports

A l’école primaire de Rhisnes, les bons points sont à l’effigie de Nafi.
A l’école primaire de Rhisnes, les bons points sont à l’effigie de Nafi. - D.R.

A 7 ans, Nafissatou s’inscrit au Smac, à Jambes. Un pur hasard, lié à la proximité d’une gare. Elle affiche déjà sa supériorité physique.

Le hasard, on le sait, fait parfois bien les choses. Si Nafissatou Thiam a chaussé ses premières spikes au club namurois, c’est, très prosaïquement, plus en raison de sa situation géographique que d’un choix bien réfléchi, même si celui-ci a, depuis longtemps, pignon sur rue dans la capitale de la Wallonie.

«Comme je n’avais pas de voiture à l’époque, il me fallait un endroit accessible par les transports en commun, explique Danièle Denisty, la mère de Nafi, qui, fraîchement séparée de son mari, avait emménagé quelques années plus tôt avec ses quatre enfants à Rhisnes, au nord de Namur, et qui cherchait un club d’athlétisme, le sport de ses premières amours, dans la région.Le Smac avait l’avantage d’être à côté de la gare de Jambes. C’est ça qui a été prépondérant au moment du choix

Quand elle débarque, à 7 ans, à l’ombre du centre Adeps de la cité mosane, où elle est intégrée comme tous les enfants de son âge à l’Ecole d’athlétisme, étape obligatoire et initiatique, mélange de sport et de psychomotricité, Nafissatou, déjà, n’est pas comme les autres. «A cet âge-là, les enfants sont assez incontrôlables, mais elle, au contraire, était très calme et écoutait bien les consignes, se souvient Sybille Bauduin, sa responsable de l’époque. Ce n’était pas une petite sotte

Nafissatou ne se différencie pas encore par sa taille, qui est aujourd’hui un de ses principaux atouts, mais est déjà physiquement supérieure aux autres grâce à une grosse résistance à l’effort. Elle l’a développée en partie, selon sa mère, depuis son arrivée à l’école maternelle et primaire de Rhisnes «Le Ry d’Argent», une école de village comme on les rêve, où elle se rend chaque jour… au pas de charge.

«On habitait à 1,6 km de là, raconte Danièle Denisty. Le matin, j’allais conduire les enfants à pied, le vélo à la main, pour pouvoir rallier au plus vite la gare et filer vers Bruxelles où j’enseignais. Je marchais d’un bon pas et il fallait que ça suive. Avec ses petites jambes, Nafi, qui devait avoir 4 ans, courait pendant tout le trajet. Cela n’a pas dû être mauvais pour elle!»

Véronique Ozcan, la directrice du «Ry d’Argent», se souvient avec tendresse de l’arrivée de la «tribu» Thiam dans son école à la rentrée 1998, «les deux grands, Issa-Mandela et Fatoumata, et les deux petits, Nafi et Ibrahima, des enfants super-attachants, remuants mais polis.» «Des quatre, Nafi était la plus perfectionniste et jusqu’au-boutiste, affirme-t-elle. Elle aimait l’école, savait déjà lire en entrant en primaire. Pendant les récréations, elle jouait constamment au football avec les garçons plutôt que de papoter avec ses copines. Je me rappelle aussi que lors des classes de neige, en 2006, elle était l’une des plus à l’aise sur les lattes. Le sport, elle aimait vraiment ça!»

Même si elle vit désormais dans le grand Liège, Nafissatou Thiam est restée une enfant du pays pour les Rhisnois, qui l’ont accueillie en héroïne à son retour de Rio. Dans la salle du conseil, à la maison communale, son portrait trône désormais aux côtés de ceux de Philippe et Mathilde. Et à son école primaire, où elle est venue parler de l’heptathlon aux enfants après son titre européen junior, en 2013, les bons points – dédicacés, s’il vous plaît – ont longtemps été à son effigie!

La gare de Rhisnes en 2005. (BRUNO ARNOLD/ASAP)
La gare de Rhisnes en 2005. (BRUNO ARNOLD/ASAP)

Au Smac, Nafissatou trouve vite ses marques et sa voie. Elle a bien tâté du basket, au BC Alsavin Belgrade de 2005 à 2006, puis au RCS Bouge, de 2006 à 2007, mais c’est l’athlétisme qui a sa préférence, d’autant que ses prédispositions sont évidentes. En cross, notamment, elle devient vite imbattable dans la province. «Elle a accroché quand, toute gamine, à l’arrivée d’un cross d’initiation qu’elle avait gagné, elle a reçu comme récompense des petits pots de confiture Materne, explique sa mère. Elle était enchantée. Avant chaque épreuve, elle allait repérer le terrain, elle parcourait le parcours à pied pour voir où il fallait attaquer et, croyez-moi, si on la battait sur piste, personne n’y arrivait dans les labourés. Elle voulait être la première à choisir à la table des prix…»

Entre-temps, Danièle Denisty, plutôt que d’attendre en se tournant les pouces dans les tribunes que les entraînements de ses enfants soient terminés, décide de reprendre le sport. Et se lance comme une morte de faim dans les épreuves combinées, jusqu’à en écumer le circuit des compétitions pour Masters.

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Généralement, elle y emmène Nafissatou qui peut ainsi affronter, de son côté, des filles de son âge. «Cela a été une révélation parce que, face aux Flamandes, qui s’entraînaient plus qu’elle, elle se ramassait des beignes. Et être ridicule, elle détestait ça. C’est à cette époque qu’elle a quitté l’Ecole d’athlétisme pour venir s’entraîner avec moi et d’autres adultes. Elle voulait avancer

Volonté, volonté, volonté

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Un enthousiasme débordant sur les haies, quitte à passer trop haut au-dessus...
Un enthousiasme débordant sur les haies, quitte à passer trop haut au-dessus... - D.R.

A 11 ans, Nafi découvre un autre monde et rejoint le FC Hannut, où elle a pour mentor Marcel Spreutels et Jules Plumier.

Ibrahima, son plus jeune frère, qui avait commencé l’athlétisme avec elle avant d’arrêter par manque de motivation, reste ébahi par la volonté de sa sœur. « Nafi a su se donner les moyens de réussir, en faisant parfois de gros sacrifices. Elle s’est toujours donnée à fond, elle connaît la valeur du travail et je me dis parfois que je devrais prendre exemple sur elle ! Elle sait aussi prendre ses responsabilités, mais elle ne prend ses décisions qu’après avoir mûrement réfléchi, en étant bien consciente des conséquences qu’elles impliquent. »

A 11 ans à peine, Nafissatou Thiam découvre un autre monde. Ses premiers mentors sont feu Marcel Spreutels, entraîneur de hauteur, dont on peut dire sans crainte de trop se tromper qu’il a su la mettre sur le bon chemin, et Jules Plumier, spécialiste des haies, qui a formé avant elle, entre autres, les sœurs Sylvia et Françoise Dethier, les sœurs Maryline et Séverine Troonen et Adrien Deghelt. Avec sa maman, elle finit, en 2006, par rejoindre le FC Hannut, où celui-ci officie plus régulièrement qu’au Smac.

Dès son plus jeune âge, l’habitude des podiums.
Dès son plus jeune âge, l’habitude des podiums. - D.R.

« Elle était au-dessus du lot déjà à cette époque, mais elle est arrivée sans bruit, sans vantardise, insiste Jules Plumier. Elle avait une explosivité extraordinaire, courait vite, sautait haut et, surtout, lançait loin. A l’entraînement, elle expédiait une balle de hockey à plus de 30 mètres là où les autres filles de son âge arrivaient à peine à la moitié de cette distance. Et puis, elle n’avait pas de graisse, que du muscle, même dans sa tête ! J’ai essayé d’orienter ses gestes techniques, ses impulsions. Elle comprenait tout, tout de suite. Elle avait une telle soif de réussite. Nafi, il n’y en aura qu’une ! »

Elle avait une telle soif de réussite. Nafi, il n’y en aura qu’une ! »

Que dans ces conditions, elle n’ait obtenu qu’une note de 14 sur 20 à un test de Cooper réalisé à son entrée en humanités, au Lycée de Namur (devenu aujourd’hui l’Athénée) demeure une énigme, y compris pour Ann Saeyvoet, sa première professeur d’éducation physique. « On nous demandait de noter des choses qui n’avaient aucun sens, lance-t-elle. Avec ce qu’elle avait en elle – sauf en natation… –, Nafi aurait dû avoir 25 sur 20 ! Elle était nettement meilleure que les autres. A un moment, je lui ai même demandé si elle ne comptait pas faire des études d’éducation physique. Elle m’a répondu : “Je ne veux pas m’enfermer que là-dedans”. Peut-être sentait-elle qu’elle était capable d’autre chose. Moi, son titre olympique ne m’a pas étonnée. Si vous la voyez, dites-lui que j’ai pratiquement couru son 800 m de Rio avec elle ! »

Les larmes de Jules et la passion Lespagnard

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A l’époque, Nafi ne dépassait pas encore les autres de la tête et des épaules.
A l’époque, Nafi ne dépassait pas encore les autres de la tête et des épaules. - D.R.

Du FC Hannut, Nafi Thiam passe en 2008 à Liège, où elle rejoint Roger Lespagnard.

La collaboration avec Jules Plumier s’arrête après deux petites saisons passées à Hannut. Nafissatou et sa mère souhaitent plus mais le club ne peut pas les satisfaire. Il ne veut, par exemple, pas intervenir dans le remboursement de ses frais de déplacement ni investir dans son encadrement. « Quand elle est partie, j’ai ressenti une certaine amertume parce que mon travail n’était pas fini, regrette Plumier, un peu désenchanté. “Egoïstement vôtre”, j’aurais voulu continuer à l’entraîner sur les haies, être un récolteur plutôt qu’un semeur. Si le club avait engagé d’autres entraîneurs, peut-être serait-elle restée. Mais il n’y avait pas d’argent. Aujourd’hui, ici, rien n’a vraiment changé. On fait un peu tout et n’importe quoi. On vivote… »

Quand on lui demande s’il est ému, malgré tout, quand il voit le chemin parcouru par son ancienne athlète, il se redresse et feint le détachement. « J’ai toujours séparé le travail de l’affectif », dit-il, sentencieux. « Mais enfin, Jules, chaque fois que tu la vois à la télévision, tu te mets à pleurer… », intervient malicieusement son épouse. Soudain, les yeux de Jules Plumier s’humidifient et il se retourne pudiquement pour se cacher. On n’entraîne pas Nafi Thiam sans qu’elle vous marque.

En 2008, vient l’heure du choix. Crucial. A 14 ans, il faut à Nafissatou Thiam un spécialiste des épreuves combinées pour l’encadrer et la canaliser. Avec sa mère, elle va voir Jean Pécher, au Racing de Bruxelles, qui a notamment « sorti » Anne Zagré et Cynthia Bolingo, mais il avoue son incompétence dans l’entraînement des lancers. Dans le petit monde de l’athlétisme francophone, la nouvelle des « problèmes » de Nafi fait vite le tour des clubs. A Liège, l’ancien décathlonien Roger Lespagnard, qui a eu l’occasion de voir récemment « la gamine » sauter en longueur lors d’un meeting à Seraing et d’être d’emblée convaincu par ses capacités, se dit qu’il est peut-être l’homme de la situation et demande à Christian Maigret, le directeur technique francophone, d’en toucher un mot à Danièle Denisty.

Avec sa longue expérience, Roger Lespagnard va à l’essentiel, sans chercher la complication

« Je lui ai dit qu’avec Roger, Nafi serait en de bonnes mains, précise Maigret. Il sait de quoi il parle. Il applique tous les fondamentaux de base sans se disperser. Avec sa longue expérience, il va à l’essentiel, sans chercher la complication, tout en restant aussi très prudent ; jamais, par exemple, il ne fera faire la série de trop en musculation. Mais à côté de ça, c’est un homme sûr de lui, un meneur. »

Roger Lespagnard, la passion

Il y a, évidemment, la différence d’âge, 62 ans d’un côté, 14 de l’autre, soit deux générations. Et la distance. Pour s’entraîner avec lui, elle va devoir se rendre à Liège et retour jusqu’à quatre fois par semaine, en train, après les cours depuis Namur. Même si elle est souvent libérée anticipativement par l’école grâce à son statut d’espoir sportif de la Communauté française, c’est de la fatigue ajoutée à la fatigue.

« Tout cela ne lui a jamais posé de problèmes, insiste la mère de la championne. D’une part, Nafi avait pris l’habitude de travailler avec des techniciens âgés, de l’autre, elle avait toujours trouvé normal de se déplacer pour faire du sport sans rechigner, même s’il m’est quand même arrivé, quand elle était vraiment épuisée, d’aller la chercher à Namur ou à Huy. J’ai toujours inculqué à mes enfants qu’on ne faisait pas les choses à moitié, que l’on terminait ce qu’on avait entamé. On devait parfois se serrer la ceinture, c’est vrai ; les vêtements de sport, je les achetais dans des “outlets”, les chaussures, c’était une paire par an. Mais je pense qu’elle a aujourd’hui un certain respect de ce qu’on a vécu. »

Nafi Thiam et Roger Lespagnard, le couple belge des Jeux de Rio. .
Nafi Thiam et Roger Lespagnard, le couple belge des Jeux de Rio. . - © Belga

Nafissatou Thiam avait, surtout, une vraie volonté de réussir en athlétisme. Et avec Roger Lespagnard qui « transpirait la passion », elle savait qu’elle avait peu de risques de se tromper sur la marchandise. Surtout que, de l’avis général, il a toujours été à son écoute, notamment lorsqu’elle s’est subitement mise à grandir, l’année de ses 15 ans… et de son premier titre national en épreuves combinées, en hexathlon.

« Dans certains domaines, comme le médical, elle a forcé Roger à s’ouvrir, raconte encore Danièle Denisty. Un autre que lui aurait peut-être prodigué des séances de travail plus intensives qui auraient pu avoir des conséquences néfastes pour elle. »

Nafi Thiam et Roger Lespagnard en 2013 à Göteborg. «
En plus d’être douée, c’est aussi une fille courageuse.
»
Nafi Thiam et Roger Lespagnard en 2013 à Göteborg. « En plus d’être douée, c’est aussi une fille courageuse. »

Lespagnard qui, avant elle, n’avait fait ses preuves d’entraîneur de haut niveau qu’avec des hommes (Desruelles, Falise, Velter…), est, de fait, extrêmement prudent dans sa gestion et le renforcement de la « machine » Thiam. « On a grandi ensemble », dit-il souvent. Il avance pas à pas, en travaillant, selon ses dires « de manière cohérente et harmonieuse », avec l’objectif de lui faire battre annuellement ses records personnels. « Elle avait une bonne élasticité et une bonne explosivité à la base dont il fallait profiter. Avec ça, je savais qu’elle pouvait aller très loin. »

Marjolein Lindemans, la rivale amicale

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Nafissatou Thiam, une vraie joie de vivre quand elle retrouvait les stades d’athlétisme.
Nafissatou Thiam, une vraie joie de vivre quand elle retrouvait les stades d’athlétisme. - D.R.

A son arrivée dans le «groupe Lespagnard», Thiam est «intimidée et taiseuse» mais fait d’emblée preuve «de caractère». Son potentiel physique est en train d’éclater au grand jour même si cela ne se vérifie pas encore dans ses résultats. L’année précédente, en 2007, elle ne pointe qu’à la… 10e place dans le classement belge annuel en pentathlon, catégorie minimes, où la Flandrienne Marjolein Lindemans, en qui certains voient la grande heptathlonienne de demain, trône en tête. Celle-ci restera jusqu’en 2012 sa principale concurrente sur le plan national avant de mettre les pouces devant son explosion et son premier titre, à l’Euro junior de Rieti, l’année suivante.

«Si j’ai longtemps été devant dans les catégories de jeunes, c’est parce que j’avais entamé plus tôt le travail spécifique et que j’étais plus rapide qu’elle, dit Lindemans. Mais je savais que Nafi finirait par passer devant. Contrairement à elle, j’avais un problème récurrent avec les lancers et j’étais assez fragile et, avec les blessures, l’envie a fini par disparaître. Elle, elle n’a cessé de progresser à force de travail. Je ne pense pas que j’aurais pu supporter ses heures d’entraînement ou développer la même passion qu’elle pour son sport. Elle s’est toujours battue, n’a jamais laissé tomber les bras. Je n’ai jamais douté qu’elle deviendrait ce qu’elle est aujourd’hui. Au départ, entre nous, il y avait la barrière de la langue, mais on a fini par devenir amies. Nafi est toujours restée Nafi et moi je suis désormais sa première supportrice. Avant chacune de ses compétitions, je lui envoie un petit message d’encouragement.»

Nafi est toujours restée Nafi

Le spécialiste du 800 m Pierre-Antoine Balhan, ami proche de Nafissatou Thiam, a partagé bon nombre de stages fédéraux avec elle et Roger Lespagnard.

Et il a vu le tandem évoluer. «Pour Nafi, cela a été une chance de tomber sur quelqu’un comme Roger. Il ne l’a pas cramée, il l’a construite. Et sous ses airs parfois sévères, il a toujours été très attentionné avec elle. Entre eux, c’est simple, cela fonctionne bien, même si, parfois, on ne sait pas trop pourquoi

La recherche du mouvement parfait

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En 2011, Nafissatou Thiam dispute le Mondial U18, son premier grand championnat international, à Lille. Elle y terminera 4
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... et deuxième belge.
En 2011, Nafissatou Thiam dispute le Mondial U18, son premier grand championnat international, à Lille. Elle y terminera 4 e ... et deuxième belge. - MOCHIZUKI/DURAND.

Le premier grand rendez-vous international de Nafi Thiam a lieu en 2011. La fusée est lancée.

Selon sa mère, la caractéristique principale de Nafissatou Thiam, une fois qu’elle se met au travail, est l’exigence et l’excellence qu’elle s’inflige et qu’elle inflige aux autres. L’échec l’horripile. Elle ne supporte pas la demi-mesure, la médiocrité, «quand les gens ne font pas bien leur boulot». C’est pour cela que la non-homologation de son record du monde junior du pentathlon en salle, en 2013, pour contrôle antidopage tardif l’a tant traumatisée. Balhan confirme. «Ce qui est impressionnant, c’est la manière dont elle se concentre quand elle se met au travail, la capacité qu’elle a de rester dans sa bulle. Elle recherche le mouvement parfait, elle est constamment dans la répétition, tout ça sous l’œil de Roger, qui voit tout et la corrige. Il n’y a pas de secret: si elle est arrivée aussi loin c’est parce qu’elle en avait envie.»

Si l’heptathlon se transforme un jour en décathlon, elle est prête pour le perche.
Si l’heptathlon se transforme un jour en décathlon, elle est prête pour le perche. - D.R.

Ajoutez à cela ces mensurations impressionnantes offertes par ses ascendants génétiques, ce corps de 1,87 m porté par des jambes interminables. «Elle a un gabarit hors du commun… mais sans en avoir les désavantages, confirme Christian Maigret. Elle a, par exemple, toujours été très explosive par rapport à d’autres grandes moins mobiles. Et elle a une force exceptionnelle qu’elle peut développer sur un temps très bref. Quand on l’a proposée pour entrer dans le projet BeGold d’aide aux jeunes espoirs du sport belge, elle n’avait que 16 ans et était la plus jeune athlète à y avoir accès. Mais j’étais sûr de mon fait.»

Panique à Lille

Son premier grand rendez-vous international a lieu à Lille, en 2011, à l’occasion des Mondiaux « scolaires » réservés aux moins de 18 ans. Un baptême du feu mémorable. « Nafi a eu un moment de panique à l’échauffement avant le 100 m haies, se souvient Stéphanie Noël, responsable du haut niveau à la Ligue francophone. Elle ne savait plus comment faire pour sortir des blocs. Roger s’en est mêlé et elle a repris confiance ».

Le saut en longueur, encore un point fort travaillé très tôt.
Le saut en longueur, encore un point fort travaillé très tôt. - D.R.

Quatrième cette année-là, puis 14e en 2012 aux Mondiaux juniors de Barcelone après s’être complètement fourvoyée en longueur et avoir dû être rappelée à l’ordre par son entraîneur au javelot… qu’elle avait lancé à l’envers, elle ne sait pas encore qu’elle vient de boucler ses deux dernières saisons sans médaille internationale. Dès 2013, Nafissatou Thiam va entamer sa marche vers les sommets avec le titre européen junior.

« Dès avant les Jeux de Rio, je savais qu’elle serait championne olympique, confie Pierre-Antoine Balhan. Nafi était faite pour ça, elle a toujours été hors-norme. Je le lui avais dit dans un SMS. “On verra”, m’avait-elle répondu. »

Aujourd’hui, c’est tout vu.