L’A11, une autoroute surréaliste avec un pont-levis pour relier Bruges à Knokke

Deux hommes sont suspendus dans le vide à plusieurs mètres de hauteur dans la nacelle d’une grue. Ils vérifient les réglages de feux de signalisation sur une longue langue de bitume reliant Bruges à Knokke. Au-dessus de leur tête, une immense plaque de métal de 15 mètres est dressée : un pont-levis. Rien d’anormal.

Sauf que dans les prochains jours, ce pont, et un autre pour l’autre sens de circulation – va se relever au moins deux fois par jour pour laisser passer, sur le canal Baudouin, des bateaux de plus de 15 mètres de haut. Et que ce pont est situé sur un tronçon tout neuf de l’autoroute A11 qui va, en théorie, être ouvert à la circulation dès ce 1er septembre.

Une sorte d’aberration mais aussi une prouesse technique unique en Belgique sur l’autoroute la plus chère jamais construite dans le pays. Coût du chantier lancé en 2014 : 674 millions d’euros pour 12 petits kilomètres. Soit, 56 millions par kilomètre.

© Pierre-Yves Thienpont.
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Ce nouveau tronçon de l’A11 représente un chaînon important du réseau routier en Flandre-occidentale. Il assurera une liaison rapide entre la N31 à Bruges et la N49 à Knokke-Heist.

© Pierre-Yves Thienpont.
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L’objectif était également de séparer le trafic local du trafic de marchandises en provenance ou à destination du port de Zeebrugge afin d’améliorer la fluidité. « Actuellement, commente Koen Thys, maître d’œuvre du chantier depuis le début pour l’agence routière flamande Agentschap Wegen en Verkeer, les usagers mettent entre 30 et 35 minutes tous les jours pour relier les deux villes. Grâce à ce nouveau tracé, ils ne mettront plus que 7 minutes. Ce nouvel axe est aussi très intéressant pour les francophones qui sont nombreux à venir passer le week-end à Knokke. Ceux qui passent par Anvers gagneront aussi beaucoup de temps en évitant les petites nationales et en empruntant l’A11. »

© Pierre-Yves Thienpont.
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« Ces derniers jours sont cruciaux, comme c’est toujours le cas sur de tels vastes chantiers, poursuit Koen Thys. Nous testons toutes les signalisations, en fonction des scénarios où des accidents se produisent ou des ponts seraient défectueux. S’il y a des défauts, nous n’avons plus qu’une semaine pour rectifier. Mais nous sommes confiants et tout fonctionnera. »

Une minute pour baisser le pont

Sur un chemin de halage qui passe sous l’autoroute, le curieux à vélo se pressent pour admirer le fameux ouvrage d’art. Et lui, le pont-levis, fonctionne déjà à merveille. Il lui faut à peine une petite minute pour retrouver la position horizontale qui permettra aux automobilistes de reprendre le chemin. Curieux quand même lorsqu’ils se trouvent sur une autoroute…

© Pierre-Yves Thienpont.
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« Ceci est sans précédent en Belgique, concède le maître d’œuvre, mais le système est déjà utilisé aux Pays-Bas à plusieurs endroits sans que cela ne pose de problèmes. Avec un total de 48 caméras réparties sur les deux ponts mobiles, le centre de circulation flamand d’Anvers va contrôler les panneaux dynamiques qui alerteront les automobilistes lorsqu’un pont sera levé. »

© Pierre-Yves Thienpont.
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De l’accès à ce tronçon de A11 qui se fait au niveau de la route expresse N31 à Bruges jusqu’aux deux ponts mobiles, la vitesse maximale autorisée sera de 90 km/h. Ensuite, elle pourra monter à 120 km/h. Reste cet obstacle constitué par ces deux ponts. « Il y aura deux navires de plus de 15 mètres par jour, rappelle Koen Thys, ce qui signifie que les ponts s’ouvriront et que le trafic doit s’arrêter pendant au moins douze minutes. Ce mécanisme est un choix. Si nous avions opté pour un pont fixe, nous aurions dû bouger encore plus de terre et le coût aurait encore été plus élevé. »

© Pierre-Yves Thienpont.
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Un viaduc d’un kilomètre de long

Un peu plus loin, sur le bitume, le travail se poursuit pour bon nombre d’ouvriers. Qu’ils soient au volant de leur engin de chantier ou à pied. On vérifie, on fignole. Notamment sur une autre curiosité de cette future A11 : un viaduc de près d’un kilomètre de long. Il donne l’impression que l’autoroute a été posée sur des dizaines de pilotis en béton blanc qui la suspendent à 17 mètres du sol. Une vision étonnante. Et un enjeu technique qui a fait monter les coûts.

Construire un tel ouvrage pour le confort des travailleurs ou des touristes et l’accessibilité de Knokke a évidemment aussi fait son lot de « victimes ». Un total de 717 parcelles de terrain appartenant à 400 propriétaires a été exproprié. Notamment à proximité du centre du village de Westkapelle où l’autoroute est totalement creusée, passant sous un tunnel « design » de 300 mètres de long. Et là, vision étonnante : un propriétaire a visiblement refusé de quitter son domicile. Sa vaste maison se retrouve seule, sur le tunnel, entourée des multiples pigeonniers. Pas sûr que les volatiles trouvent leur environnement adéquat pour roucouler dans la sérénité.

Pour Koen Thys, le travail n’est pas encore terminé même si une fête inaugurale a lieu ce samedi 26 août. « Je travaille sur ce projet jusqu’à la fête de Pâques de l’année prochaine. Une piste cyclable de 15 km doit encore être finalisée. Et, une fois que l’autoroute sera ouverte, les routes temporaires devront être démolies. »

© Pierre-Yves Thienpont.
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