Justice redistributive sur le compte des entreprises: attention danger!

Ces derniers temps, il est de bon ton pour certains leaders politiques européens d’accentuer le cap vers une sociale-démocratie alimentée par de nombreuses idées de justice redistributive. Elles ne remettent pas nécessairement en cause l’économie de marché, mais se traduiraient par des mesures sur le dos des entreprises et des entrepreneurs, avec aussi des conséquences néfastes pour tous les citoyens. Peu importe qu’ils s’appellent « France Insoumise », « Ecosocialisme », « Nouvelles Conquêtes », ces courants d’idées proposent entre autres la réduction collective du temps de travail en adoptant la semaine des quatre jours, la réduction de l’écart salarial au sein d’une même entreprise, le bonus social généralisé, qui sont nuisibles pour les entreprises (grandes, moyennes et petites), et ne peuvent qu’inquiéter le monde patronal.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés », disait Albert Einstein.

Chacun a ses idées et positions, et nous respectons ce principe, mais la forte conviction d’Elio Di Rupo au sujet de « Nouvelles Conquêtes », exprimée dans un tweet (« Je pense très sincèrement que le monde (la société et les citoyens) se porterait nettement mieux si mes propositions étaient mises en œuvre ») interpelle le monde économique, d’autant que, sur les ondes de Bel RTL, son auteur énonçait que « le Parti Socialiste considère que le patron est l’homme à abattre ». Lapsus certes, puisqu’il voulait parler du PTB. Mais révélateur, comme beaucoup de lapsus, d’un virage de plus en plus fort que prend le Président du PS vers une gauche extrême, tendance marxiste-léniniste, tout cela pour récupérer un maximum d’électeurs que le PTB va lui prendre, si les intentions de vote annoncées par les sondages le confirment.

La solution ne consiste-t-elle pas plutôt pour tous les partis démocratiques à profiter des deux ans à venir avant l’échéance électorale de 2019, pour convaincre un quart de l’électorat wallon d’abandonner son intention de voter pour un parti communiste aux propositions irréalistes et non finançables, qui n’ont jamais fonctionné nulle part, sauf en appauvrissant tout le monde (comme l’UWE l’a déjà souligné récemment) ? Certains ministres socialistes, membres du précédent gouvernement wallon, ont d’ailleurs tiré une sonnette d’alarme à propos de ce qu’ils considéraient comme le risque de l’émergence d’une république communiste wallonne.

Se rend-on compte qu’en proposant autant de mesures défavorables aux entreprises et imbuvables pour les 70.000 entrepreneurs wallons, on menace de mettre à mal tous les efforts entrepris par le corps politique pour accélérer le redressement de la Wallonie ? Le précédent gouvernement wallon a soutenu le développement des entreprises via le Plan Marshall et les Pôles de Compétitivité. Certes, tout n’a pas été parfait (la perfection n’est pas de ce monde !), mais la dynamique a été lancée. Des indicateurs se sont améliorés (création nette de 9.000 entreprises en 15 ans, et augmentation nette de 136.000 emplois dans ces entreprises sur la même période), mais d’autres ont stagné ou régressé (le PIB wallon par habitant n’a augmenté que de 0,2 % en 12 ans, et se situe en 2015 à 80,5 % de la moyenne de la zone Euro, contre 113,7 % pour la Flandre ; le taux d’emploi wallon est de 62,6 %, contre 69,9 % pour la zone Euro et 72 % pour la Flandre, et surtout le taux de chômage wallon ne s’améliore guère. 10,4 % actuellement –, pour 4,7 % en Flandre). Le coût énergétique est toujours aussi pénalisant en Wallonie (le kwH environ 15 % plus cher qu’en Flandre, dus notamment à la bulle des certificats verts, aux redevances voiries, et aux obligations de service public). Bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ? On peut considérer que sans ces efforts, les résultats auraient tout simplement été… pires ! Mais il y a urgence, et il faut accélérer ! Il appartiendra au gouvernement actuel, et aux suivants – quelles que soient les alliances –, d’accentuer les efforts pour rendre les entreprises plus compétitives, pour créer plus d’activité et plus d’emplois (ce qui implique notamment de proposer des parcours de formation en adéquation avec les besoins de personnel de plus en plus qualifié, requis par l’évolution des métiers), pour réussir l’indispensable transformation numérique, pour augmenter le nombre et la taille des PME, pour réindustrialiser notre tissu économique. Avec les conséquences positives que cela doit engendrer pour les citoyens : moins de chômage, plus de sécurité sociale, plus de pouvoir d’achat, plus de bien-être. Ces mesures concernent le pouvoir wallon, mais aussi fédéral, qui gère (encore) nombre de matières liées à la croissance économique. Nous serons constructifs et soutiendrons toutes mesures allant dans ce sens, mais critiques (à l‘égard de n’importe quelle majorité), dès lors qu’elles freinent le développement des entreprises.

La réduction du temps de travail ne résoudra rien

Le tax shift permet de casser la spirale négative « coûts salariaux trop élevés, d’où manque de manque de compétitivité, d’où manque d’activité, d’où taux de chômage élevé ». Les bénéfices obtenus par les entreprises seraient hélas largement effacés par le coût supérieur engendré par une réduction du temps de travail sans perte de salaire, avec des conséquences néfastes pour les citoyens : chômage, inégalités, drames sociaux, pauvreté. Les éventuelles compensations pour les entreprises seraient impayables, même au moyen de recettes générées par des mesures suggérées par les courants d’idées cités, telles la globalisation des revenus (du travail et du capital) dans la déclaration fiscale afin de les soumettre sans distinction au même régime de progressivité, ou encore l’impôt sur les grandes fortunes.

Et que dire si l’on envisage cette mesure avec perte de salaire ? Nous sommes convaincus que cette proposition populiste et désastreuse ne ferait que diminuer le pouvoir d’achat, les dépenses privées de consommation ou d’investissement, avec à nouveau un impact négatif sur l’activité économique.

Des stages en entreprise pour les parlementaires

Notre souhait est de créer des conditions favorables, justes et équitables, aux entrepreneurs et à leurs collaborateurs, afin que tous contribuent à accélérer la création et le développement de l’activité économique en Wallonie. Dans cette optique, l’UWE renforcera à court terme son plan de stages en entreprises, à destination des parlementaires wallons, afin qu’ils découvrent de plus près la réalité de la vie des entreprises, et les difficultés rencontrées par leurs dirigeants, mais aussi par leurs employés et ouvriers, car nous sommes bien conscients que les conditions de travail et la rémunération de celui-ci (le salaire poche) ne satisfont pas tout le monde, voire engendrent des situations familiales et financières difficiles.

L’UWE et ses membres continueront à s’opposer fermement à l’irréalisme des mesures proposées, qui fragiliserait la santé de la Wallonie, laquelle dépend fondamentalement de celle de ses entreprises, et donc de celle des hommes et des femmes qui les créent et les dirigent, et des collaborateurs qui contribuent à leur création de valeur ajoutée. Pour y arriver, tous ont besoin de vitamines, et non de pilules hallucinogènes !

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