Zinneke, nom d’un chien !

Zinneke Pis. © REPORTERS/LAIF.
Zinneke Pis. © REPORTERS/LAIF.

Cet été, les dictionnaires usuels du français ont présenté leur millésime 2018 et ses gouleyantes nouveautés. Parmi les mots de la francophonie, le Petit Robert nous offre une entrée qui a du chien : celle du zinneke de Bruxelles, aujourd’hui bien connu en dehors de la capitale grâce à la Zinneke Parade, symbole du brassage culturel bruxellois.

Ce sympathique corniaud pose des problèmes à qui souhaite en retracer le pedigree linguistique. L’ascendance fluviale (Zinne “Senne”) n’est pas contestable, mais elle noie quelque peu le canidé. Quant à l’association entre un zinneke et un echte Brusseleir, elle en fait gronder plus d’un. Mais que ces os à ronger ne nous détournent pas de l’essentiel : de la Senne à la Seine, quelle promotion pour notre zinneke !

Postscriptum 1

2017 est une année faste pour les deux dictionnaires du français qui dominent le marché francophone. Elle est l’occasion, pour le Petit Larousse, de commémorer le bicentenaire de la naissance de Pierre Larousse ; pour le Petit Robert, de fêter ses 50 ans d’existence. Tous deux ont mis les petits caractères dans les grands pour offrir à leurs lecteurs un millésime 2018 de haute tenue.

La parution de ces deux dictionnaires est l’occasion de faire le point sur les nouveautés introduites, notamment en ce qui concerne les mots de la francophonie. Une caractéristique partagée est l’introduction d’une dizaine de québécismes ; pour les belgicismes, par contre, le Petit Larousse semble muet cette année, à la différence du Petit Robert qui a enrichi sa nomenclature de quelques formes en provenance de la francophonie septentrionale.

Parmi celles-ci, une entrée qui flaire – pardon, qui fleure bon le Bruxelles populaire et gouailleur : zinneke, nom masculin, sobrement défini comme “chien bâtard”, synonyme belge de corniaud. Belgicisme pan-belge, précisons-le, puisqu’on retrouve la même forme en flamand, avec la même signification, alors que le néerlandais standard préfère le nom straathond “chien de rue”.

Zinneke rejoint ainsi ket et zwanze, faro, gueuze, lambic et kriek dans le cercle très fermé des belgicismes d’origine bruxelloise intégrés dans le Petit Robert. À quand le tour de zievereir, dont cette chronique a montré toute l’actualité ? Les amateurs de scrabble sont à l’affût…

Postscriptum 2

L’origine linguistique de zinneke n’est guère plus aisée à établir que le pedigree d’un corniaud. On s’accorde généralement pour identifier dans ce nom le suffixe diminutif -ke (manneke, etc.) joint au radical zinne. Ce dernier est associé à l’hydronyme Zinne, correspondant flamand du néerlandais Zenne, qui désigne la Senne arrosant Bruxelles.

Quel rapport y a-t-il entre Zinne et zinneke ? Les plus fins limiers se sont mobilisés pour élucider l’affaire. On sait que Zinneke désigne la “petite Senne”, nom d’un bras de la Senne créé dans les fossés de la seconde enceinte de la ville pour réguler le cours de cette rivière et lui servir de dérivation. Aux abords de ce canal, les animaux errants ne manquaient pas, dont des chiens se reproduisant à tout-va. Il y a tout lieu de croire que les Bruxellois de l’époque les éliminaient en les noyant dans la Zinneke. La rhétorique s’en est mêlée, donnant aux infortunés corniauds le nom de leur destination finale.

On sait que zinneke peut désigner – péjorativement – les habitants de Bruxelles, ce que certains justifient par la mixité linguistique et culturelle des Brusseleirs, mi-flamands, mi-wallons. Les connaisseurs de l’histoire de Bruxelles savent toutefois qu’une autre appellation a cours, depuis le 14e siècle : celle de kiekefretters (ou keekefretters dans une variante plus populaire), c’est-à-dire “bouffeurs de poulets”. Les Bruxellois n’y gagnent pas vraiment au change, avec ce surnom sans doute venu de l’extérieur, au soir d’une bataille

Mais le peu glorieux zinneke a gagné récemment ses lettres de noblesse. Ce qui était perçu comme une bâtardise est devenu une spécificité revendiquée, un gage d’ouverture à la multiculturalité. Et cela par les vertus de la Zinneke Parade, un évènement bisannuel créé en 2000 et dont la dixième édition aura lieu en 2018. Symbole du métissage des cultures et des langues dans une Bruxelles cosmopolite, cette fête est largement médiatisée, ce qui a permis au zinneke de se faire connaître en dehors de la capitale, avec une réputation devenue flatteuse. Cela, en toute zinnekitude, d’après le bon mot de Michel De Muelenaere, et sans se donner un mal de chien…

Addendum

La chronique du 16 septembre dernier, décrivant les emplois récents de l’adjectif inclusif, a donné lieu à de nombreux commentaires, centrés pour l’essentiel sur l’écriture inclusive. Sans vouloir relancer le débat, je me permets de relever une idée émise à plusieurs reprises, sous des formulations diverses. L’écriture inclusive pourrait être considérée, non comme un nouveau système graphique qui s’ajoute à l’existant, mais comme un élément intégré à une révision globale de l’orthographe actuelle.

De l’accord des participes passés aux marques morphologiques de la féminisation des noms de métiers et de fonctions, il y a tout un champ à explorer dans la perspective d’une écriture inclusive, avec la préoccupation de limiter autant que possible les complications graphiques. Qui vivra, verra !

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