Tote bag: un sac, mais pas que

© D.R.
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Vous êtes-vous vu offrir récemment un tote bag  ? Si vous y avez échappé jusqu’ici, votre tour viendra, tôt ou tard. Pour prévenir toute déception, je précise d’emblée qu’il s’agit d’un sac en tissu, porté en bandoulière et comportant souvent une mention promotionnelle ou humoristique. Cet emprunt à l’anglais est composé de tote, du verbe (to) tote « porter », et de bag « sac ».

Vous connaissez déjà cet objet, qui fait partie de votre quotidien ? Certes, mais vous le nommez sac, ce qui estompe les différences entre un vulgaire fourre-tout et le tote bag, paré de bien des vertus : écologique, trendy, arty. Cette icône de notre temps mérite une dénomination spécifique. Aux francophones de créer le néologisme adéquat, car sans cela, l’affaire sera dans le tote bag

Postscriptum 1

Cette semaine, ma messagerie électronique m’a annoncé à trois reprises que je pouvais devenir l’heureux bénéficiaire d’un tote bag, en prime d’un modique achat. Tout en déplorant le manque de variété de ces offres, j’ai vu dans cette récurrence l’invitation à partager le fruit de mes investigations sur cet objet qualifié tour à tour de superbe, de classe ou de trendy.

Il ne faut pas avoir réussi un test TOEFL pour comprendre qu’on a affaire à un sac. Mais pas d’une besace au fondement défraîchi et aux oreilles négligées. Il s’agit le plus souvent d’un sac en tissu (coton, toile de jute, lin), assez ample et que l’on porte à l’épaule grâce aux deux bandoulières dont il est pourvu. Il existe des versions plus chicos, en similicuir, mais elles sont moins répandues. Diverses enjolivures permettent de personnaliser l’objet : dessins, logos, inscriptions, etc.

Qu’en est-il du tote qui accompagne le bag  ? Cet élément est issu de l’anglais américain (to) tote, verbe du registre familier qui signifie « porter, transporter ». On constate que l’anglais, sur ce coup, frôle la redondance : un sac, dans la majorité de ses emplois, sert à transporter un contenu. Par contre, en français, l’emprunt tote bag se démarque significativement du simple sac.

Postscriptum 2

Même s’il a fallu que le tote bag sonne trois fois dans ma messagerie pour que je m’en préoccupe, les attestations de cet emprunt en français ne datent pas d’hier. Le Wiktionnaire, bien connu pour sa veille lexicale, en mentionne une dès juin 2013. Mais le succès de ce nouveau mot dans notre quotidien vient de ce que les publicitaires se sont emparés de ce support pour y imprimer des publicités en tous genres. Puis, à l’instar de ce l’on observe pour les t-shirts, les messages se sont diversifiés : slogans politiques, citations humoristiques, tout fait mouche sur un tote bag.

Si vous ajoutez à cela un usage multifonctionnel (du sac de courses au support promotionnel, en passant par l’accessoire de mode), une touche écologique (un produit biodégradable qui remplace les sacs en plastique) et la diversité des publics conquis par cet article aisément personnalisable, vous devez admettre que le basique sac ne fait pas l’affaire. Pas plus que le trop classieux sac à main. À l’instar du téléphone qui a changé de nom lorsqu’on a voulu nous convaincre qu’il était devenu « intelligent » ou du blouson d’inspiration militaire qui se nomme bomber depuis qu’il habille femmes et hommes en civil, le sac nanti de tous les atouts décrits plus haut se doit de changer de dénomination.

Tote bag a-t-il quelque chance de s’implanter durablement en français ? Le matraquage publicitaire pourrait y contribuer. Reste que, pour de nombreux francophones, cette forme est opaque. En français général, seul le composé airbag est forgé comme tote bag  ; on peut y ajouter doggy bag, absent des dictionnaires usuels, mais répandu. À cela s’ajoute une graphie encore hésitante : tote bag, mais aussi tote-bag ou totebag. Enfin, dans quelques textes apparaît la forme réduite tote, qui pourrait également s’imposer. Quant à la prononciation, je ne puis… me prononcer, n’ayant pas encore entendu ce mot dont la diffusion me semble encore cantonnée à l’écrit.

Postscriptum 3

Aux personnes qui se demandent si je ne leur vends pas un chat dans un sac, je suggère de faire une recherche sur la Toile : les attestations de tote bag (tote-bag, totebag) sont loin d’être clairsemées. Il s’agit d’un de ces mots qui peuvent connaître un succès éphémère… ou s’intégrer dans l’usage. D’où l’intérêt d’en suivre le développement, comme pour d’autres néologismes.

Dans des billets antérieurs, je suggère souvent un équivalent français de l’anglicisme traité, presque toujours forgé par nos cousins québécois. Las ! Il ne semble pas exister, dans la Belle Province, de néologisme désignant spécifiquement le tote bag  : seul l’équivalent fourre-tout est proposé, dont le sémantisme est large.

Les lecteurs et lectrices souhaitant tester leur capacité de création terminologique peuvent donc s’en donner à cœur joie. Car le meilleur antidote contre l’emprunt « par paresse » à l’anglais est notre capacité à nommer en français les réalités du monde d’aujourd’hui. Qu’auriez-vous à opposer à la déferlante du tote bag  ? Les meilleures propositions seront relayées dans cette chronique, mais sans tote bag en prime…

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