La traduction automatique n’est plus de la science-fiction

La traduction automatique n’est plus de la science-fiction

Imaginez-vous en balade sur les ramblas de Barcelone. Vous n’avez aucune notion d’espagnol mais vous comprenez tout ce que les marchands vous racontent, grâce à des oreillettes vissées dans vos pavillons. Science-fiction ? Disons qu’avec la toute récente annonce de Google, nous pourrions voir ce scénario devenir réalité… Les écouteurs sans fil Pixels Buds, conçus par le géant des services en ligne, sont censés pouvoir traduire en temps réel une quarantaine de langues. Disponibles aux Etats-Unis dès le mois prochain pour l’équivalent de 134 euros hors taxes, ils remettent sur le devant de la scène la traduction automatique.

Cette technologie a bénéficié de progrès considérables ces dernières années, grâce à l’évolution de l’intelligence artificielle et au boom du big data. Tant et si bien que le traducteur numérique de première génération est totalement largué par son successeur de type neuronal. Imitant le fonctionnement du cerveau humain, le traducteur neuronal est capable non seulement de puiser dans l’immensité des textes déjà traduits sur le net mais aussi de choisir les mots les plus justes en fonction du contexte. Ainsi est-il en mesure de traduire le mot anglais « engine » par « moteur » ou par « locomotive », selon que le texte traite d’automobile ou de transport ferroviaire.

A ce jeu-là, c’est l’intelligence artificielle DeepL qui bat actuellement tous les records de performance, laissant loin derrière lui les solutions similaires de Google (incorporé dans les Pixels Buds), Microsoft et Facebook. « DeepL bouleverse le marché grâce à ses résultats impressionnants. Et il va encore évoluer, » assure Guillaume Deneufbourg, chargé du cours de technologies de la traduction à l’Université de Mons et président de la Chambre belge des traducteurs et interprètes (CBTI). « DeepL atteint un si bon niveau qu’il peut servir à automatiser certaines traductions – des textes de type juridique ou institutionnel, avec de préférence l’anglais comme langue source ou cible – mais à cette condition impérieuse : il faut une relecture par un traducteur professionnel.  »

Les professions d’interprètes et de traducteurs menacées ?

Des institutions internationales comme la Commission européenne et les Nations-Unies se sont d’ailleurs engagées sur la voie de traduction automatique et continuent à investir dans ces solutions. Et des entreprises leur enboîtent le pas pour s’épargner la traduction de documents internes. Il s’agit de comptes rendus de réunion ou de modes d’emploi, dont il s’agit plus de comprendre le sens général que de saisir la moindre subtilité.

« Avec ses algorithmes et leur implémentation dans des oreillettes qui pourraient se répandre, la traduction automatique de nouvelle génération menace clairement de mort les professions d’interprètes et de traducteurs », estime Damiens Ernst, chercheur en intelligence artificielle à l’Université de Liège. Une vision que ne partage très logiquement pas Guillaume Deneufbourg. « Notre profession n’est pas menacée. Nous ne sentons d’ailleurs pas d’effet de ces technologies sur notre activité. Elles peuvent même nous aider à gagner du temps que nous pourrions mettre à profit pour apporter davantage de valeur ajoutée dans la traduction de textes qui nécessite une sensibilité humaine. Il s’agit notamment des contenus de type journalistique, littéraire et marketing. »

Et l’apprentissage des langues dans tous ça ? Pour Damiens Ernst, « il n’a plus d’intérêt d’un point de vue purement fonctionnel ». Avec des oreillettes similaires à celles de Google, il ne serait plus nécessaire de suivre de longues années d’études pour comprendre les locuteurs d’une autre langue et se faire comprendre en pratiquant simplement sa langue maternelle. Mais gare au fantasme technologique : les Pixels Buds ne semblent fonctionner de manière optimale que dans une ambiance calme avec un débit de voix modéré et une bonne articulation de chaque mot.

Reste tout l’intérêt d’apprendre les langues. « Quand nous entrons en intraction avec une personne pratiquant une autre langue que la nôtre, nous cherchons à saisir toute la richesse linguistique et culturelle de notre interlocuteur, explique Marc Vandenhaute, administrateur délégué de l’école de langue CLL. Je crains que communiquer mécaniquement par oreillette et traduction automatique n’installe une distance terrible dans la communication entre les gens. » Reste cette réalité de plus en plus prégnante : l’anglais conforte chaque jour un peu plus son statut de langue véhiculaire. Si on la maîtrise, même de façon moyenne, quel est donc l’intérêt d’oreillettes à la pointe de langue de Shakespeare ?

Quatre traducteurs 100% numériques

Par Etienne Froment

Dans les oreilles

Google Pixel Buds

Les nouvelles oreillettes de Google sont les premières au monde à embarquer le fameux Google Assistant, qui permet d’activer la traduction instantanée d’une conversation. Ces écouteurs sans fil sont capables de traduire en temps réel jusqu’à 40 langues différentes. En prononçant la phrase « aide-moi à parler anglais » l’utilisateur active l’assistant de Google qui traduit vers l’Anglais tous les mots prononcés par le propriétaire des Pixel Buds. D’une efficacité redoutable, le système de traduction automatique imaginé par Google a toutefois ses limites. Il ne fonctionne qu’à condition de posséder un smartphone Pixel de Google. De plus, ni les Pixel Buds ni le Pixel de seconde génération ne seront disponibles à la vente en Belgique…

Au bout du fil

Skype Translator

Grâce à Skype Translator, il est possible de communiquer avec une personne vivant à l’autre bout de la planète sans devoir forcément parler la même langue. Un traducteur intégré au logiciel permet une traduction instantanée dans plus de 50 langues. Les conversations vocales sont traduites et les traductions s’affichent directement à l’écran, en dessous de l’image du correspondant. Très intéressant : il n’est pas nécessaire que le correspondant utilise Skype pour obtenir une traduction instantanée. L’utilisateur peut en effet contacter un numéro fixe ou mobile dans le monde et obtenir une traduction instantanée de la conversation. Gratuit, l’outil fonctionne aussi bien sur ordinateur que sur smartphone.

Pour le touriste

Microsoft Translator

Comme Google Translator, l’application de Microsoft permet de traduire un texte encodé sur ordinateur ou smarphone dans la langue de son choix, d’obtenir une traduction instantanée d’une conversation et même d’obtenir une traduction dans sa langue natale à partir d’une simple photo. En prenant en photo un journal, un ticket ou un menu, l’utilisateur peut en effet afficher la traduction des phrases dans sa langue natale. Plutôt efficace, le système est capable de détecter automatiquement une langue et couvre plus de 20 langues différentes, parmi lesquelles l’allemand, l’anglais, le néerlandais, l’espagnol et le chinois. Gratuite, l’application permet de télécharger des langues pour être utilisée hors-ligne. Pratique si vous partez souvent à l’étranger.

Comprendre ses amis étrangers

Facebook Translator

Par le biais d’un simple bouton, situé juste en dessous des publications des utilisateurs, les membres de Facebook peuvent désormais obtenir une traduction intégrale des messages de leurs choix. Pratique, lorsqu’on compte quelques amis dans sa liste de contacts qui s’expriment dans une langue étrangère. Avec Facebook Translator, il est également possible de commenter ou de réagir à un message et de rédiger un commentaire dans sa langue natale pour qu’il soit traduit dans la langue de son correspondant. Si le système n’est pas infaillible – les erreurs de traduction sont nombreuses –, il se révèle globalement pratique et très facile d’accès.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Techno et médias