Chaud les pellets!

©D.R.
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L’approche de l’hiver fait flamber les offres de combustibles en tous genres. Parmi ceux-ci, les pellets, petits bâtonnets cylindriques fabriqués à partir de résidus de scierie (copeaux, sciure). Ces granulés, à défaut de vous offrir la romantique ambiance des bûches crépitant dans l’âtre, vous permettront de vous chauffer à prix doux.

L’emploi du nom pellet est répandu en Belgique, ce qui nous distingue d’autres aires francophones où granulé (de bois) est préféré. Il s’agit d’un emprunt à l’anglais, dont l’acclimatation de part et d’autre de notre frontière linguistique est sans doute favorisée par des contraintes commerciales. Une dénomination commune d’Ostende à Arlon est un atout publicitaire. En cette matière, mieux vaut faire feu de tout bois…

Postscriptum 1

Si les publicités offrant un tote bag ont pu vous échapper, celles vantant l’usage des pellets ont un tel succès que vous me battriez froid en déclarant ne pas connaître ce mot.

Ces granulés de sciure de bois et de copeaux séchés, qui se présentent sous la forme de petits bâtonnets cylindriques, se sont introduits dans nos régions lors des « chocs pétroliers » qui ont considérablement augmenté le prix des carburants traditionnels. Le bois ayant lui-même suivi cette évolution, il a fallu se tourner vers des produits de substitution plus économiques, comme les pellets . La technologie s’est adaptée, proposant des chaudières et des poêles à pellets .

En Belgique, pellet brille de mille feux. Tel n’est pas le cas en France, où ce nom semble moins employé que granulé ( de bois ). Le traitement de ces deux formes n’est d’ailleurs pas symétrique dans les dictionnaires. Le Petit Robert (2018) intègre pellet avec le sens « granulé de sciure de bois compactée, servant de combustible », mais ne reprend pas cette signification à l’entrée granulé  ; le Petit Larousse (2018), par contre, ne mentionne pas pour pellet le sens « granulé de sciure de bois », qu’il réserve au nom granulé ( de bois ).

La prononciation du mot en Belgique varie, du moins pour la première syllabe. La plus fréquente est celle qui réalise pel- avec une voyelle intermédiaire entre <é> et <è>, comme dans pellicule . Mais on peut également entendre un <œ>, comme dans peler .

Postscriptum 2

Le nom masculin pellet nous vient de l’anglais, où il désigne des granules de différentes compositions : petite boule de métal, comprimé médicamenteux, aliment pour le bétail et, sous la forme wood pellet, un granulé de bois. Damned ! encore un anglicisme, soupireront certains qui lui préféreront granulé de bois. Certes, mais un anglicisme de noble extraction…

L’anglais pellet est de la même famille que pelote, provenant du latin populaire ºpilotta , avec le sens connu dès l’ancien français de « petite boule », à la base de nombreux emplois dont le dénominateur commun est la forme sphérique de l’objet : pelote de laine, pelote à épingles, pelote de réjection, pelote basque – sans oublier la balle pelote des belges ballodromes. Pelote a donné lui-même peloton, associé aux soldats ou aux cyclistes, mais qui peut aussi désigner une petite pelote de fils roulés ou un amas sphérique d’insectes (abeilles, chenilles).

Le succès de pellet en Belgique n’est pas étranger à sa commercialisation des deux côtés de la frontière linguistique. Présentant l’avantage de ne pas être « marqué » linguistiquement, ce mot est utilisé par les chaînes de magasins dans leurs dépliants, que ces derniers soient en français ou en néerlandais. Il rejoint ainsi une série déjà bien fournie d’anglicismes comme boiler, car-wash, G.S.M.,  etc.

Preuve du succès de ce pellet non seulement dans les choix des consommateurs, mais aussi dans les pratiques linguistiques : il sert de base à des dérivés comme pelletiseuse, une machine à fabriquer des pellets, comme celle développée par des électromécaniciens de la province de Luxembourg. Une pelletiseuse, sur le modèle de pastilleuse « outil servant à fabriquer des pastilles », déjà concurrencée par le pelletiseur, inspiré de pastilleur. Du français flambant neuf, assurément…

Addendum

La chronique du 30 septembre dernier, consacrée au tote bag, signalait la rareté, en français général, de composés avec l’élément bag  : seuls airbag et doggy bag étaient mentionnés.

Des lectrices et lecteurs attentifs ont enrichi cet inventaire, citant le baby bag, bien utile en déplacement pour la toilette du bébé ; le big bag, pour transporter du sable, des écorces, des céréales ; le goody bag, qui peut contenir des bonbons, des jouets, des cadeaux ou du matériel promotionnel. Pour les moins jeunes d’entre nous, on ajoutera le kitbag bien belge (en France : sac de paquetage), sac en toile robuste utilisé notamment pour renfermer l’équipement du soldat lors de ses déplacements.

Et si tote bag nous était moins étranger qu’il n’y paraît ?

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