Merci DE ou merci POUR ?

Merci DE ou merci POUR ?
dr.

La chronique « Vous avez de ces mots… » vous propose aujourd’hui son centième billet. Du lexique à la prononciation, de la grammaire à la sémantique, ce rendez-vous hebdomadaire évoque des facettes variées de la langue française, d’époques et de régions différentes. Avec une ligne de conduite : inviter à la réflexion et au débat, sans exclusive.

Je vous remercie chaleureusement de votre contribution à ces échanges. À moins que je ne le fasse pour votre contribution ? Cette fois encore, l’essentiel est invisible pour les yeux (du grammairien) : l’un et l’autre se disent – ou se dit. Ne retenez donc que ma sincère gratitude à votre égard et mon espoir de pouvoir poursuivre quelque temps encore cette aventure partagée. En un mot comme en cent…

Postscriptum 1

Vous lisez en ce moment le centième billet de cette chronique de langue, entamée le 9 janvier 2016 dans votre quotidien favori que je remercie de m’avoir offert cette belle tribune. Certes, en comparaison des 4.598 billets rédigés par mon prédécesseur Cléante, c’est bien peu. Mais si celui-ci croquait son sujet en quelques lignes, la chronique « Vous avez de ces mots… » comprend, dans sa version longue, plusieurs pages. Sans avoir l’air d’y toucher, j’ai infligé aux plus fidèles d’entre vous la lecture d’un volume d’environ 300 pages.

Cent rendez-vous hebdomadaires, pour partager avec vous quelques réflexions sur la langue française telle qu’on la pratique, sur les évolutions qui la caractérisent, sur les visages qu’elle prend en divers endroits de la francophonie. Comme annoncé dès la joyeuse entrée de cette chronique croquignolette, pas question d’anathème lexical, d’inquisition grammaticale ou de censure du pataquès. Tout fait farine au moulin d’un linguiste, même si celui-ci pose çà et là quelques balises pour distinguer – avec un zeste d’humour – le prétendu bon grain de la prétendue ivraie.

La plupart de ces billets ont trouvé leur inspiration dans vos commentaires, vos critiques, vos suggestions. Je vous remercie sincèrement de tout ce que cette chronique vous doit, car elle est autant la vôtre que la mienne. Holà ! « Je vous remercie sincèrement de… » Un doute m’étreint : ne serait-ce pas plutôt « Je vous remercie sincèrement pour… » ? La peste soit de cette concurrence des prépositions !

Postscriptum 2

Les prépositions de et pour s’observent concurremment avec des verbes comme féliciter, excuser, soigner, blâmer ou remercier. Dans ce dernier cas, on observe une constante : si le complément prépositionnel est un infinitif, le de sera privilégié : je vous remercie d’être venue ; tu me remercieras de t’avoir mis en garde. Par contre, si le complément est un nom, de – qui est l’usage traditionnel et le plus ancien – est concurrencé par pour, d’introduction plus récente (mais déjà attesté au 17e siècle) et réputé d’origine populaire. Ces indications chronologiques et stylistiques peuvent expliquer la préférence de certains commentateurs pour la construction « remercier de ».

À partir du moment où l’on constate que l’usage du pour gagne en vitalité , il est intéressant de se demander comment les francophones gèrent la concurrence de/pour. Y aurait-il une différence sémantique là-dessous ? C’est ce que suggère le blog de Bruno Dewaele , en rapportant l’avis de Claude Duneton qui voyait dans pour un « renforcement » de la gratitude, plus insistant qu’avec de. Vous remercier pour votre contribution serait plus fort que vous remercier de votre contribution.

D’autres, comme Camille Lecuit, dans Le Figaro , associent l’emploi du de à un fait « qui s’est effectivement produit », tandis que pour introduit une action ou un fait « à venir, qu’on espère ou qu’on enjoint ». Je vous remercie donc de votre attention une fois que vous avez lu ce billet, mais pour votre attention lorsque je vous invite à lui prêter une lecture attentive.

Une troisième explication est proposée notamment par le Petit Robert, qui distingue l’usage du de avec des choses abstraites (nous vous remercions de votre aimable hospitalité) et celui du pour en rapport avec des choses concrètes (je vous remercie vivement pour votre cadeau, pour votre envoi).

Un simple coup d’œil sur les exemples relevés par le Bon usage (16e édition, 2016, § 293 a) suffit pour constater que les distinguos qui précèdent ne sont pas toujours confirmés par les auteurs d’hier et d’aujourd’hui. On a bien affaire à deux usages concurrents, dont l’un (de) cède du terrain à l’autre (pour). Et cela, tant pour le verbe remercier que pour merci (merci de votre aide, pour votre aide).

En cohérence avec l’esprit de cette chronique, qui refuse d’être plus catholique que le pape en matière de langue, je vous invite à traiter avec la même indulgence celui qui vous remerciede votre fidélité et celui qui le faitpour votre fidélité !

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