Noir, Jaune; Blues et après? À Braine, la solution de Madame Agnès pour ne plus avoir peur des migrants

C’était au temps du dictateur Mobutu Sese Seko. En 1985, Agnès Muamba atterrit en Belgique pour suivre des études de kinésithérapie. C’est la première femme de couleur à s’installer à Braine-le-Comte. Elle tombe amoureuse de l’atmosphère accueillante de la ville et décroche une licence en santé publique. Puis Agnès se marie et choisit de ne pas retourner en Afrique. Elle crée une ONG locale d’aide au développement.

Aujourd’hui, dans un ancien garage de la rue de Mons, face au temple de l’Eglise évangélique, son ASBL Petits Pas lutte contre la vision paternaliste selon laquelle il faudrait toujours aider les étrangers à s’en sortir. Connue de tous sous le petit nom de « Madame Agnès », cette dame au parler vrai professe la religion dans plusieurs écoles et observe, au quotidien, le sentiment de repli identitaire des Belges mesuré lors de l’enquête Noir Jaune Blues.

« Quand je suis arrivée ici, j’ai ressenti un esprit très ouvert parmi la population. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup plus de personnes d’origine étrangère en Belgique. Du coup certains ne veulent plus des Noirs. Et encore, il ne faut pas se mentir, à l’école, on supporte plus facilement un Noir ou un Chinois qu’un Arabe. » Selon Madame Agnès, la presse porte une responsabilité dans cet état de choses : « D’accord, il y a des Noirs cons ou voleurs. Mais des Blancs aussi ! Vous tendez trop souvent le micro à ceux qui en ont marre, pas assez aux gens ouverts d’esprit. J’essaie de donner une autre image de l’étranger, de démonter la peur et l’ignorance qui sont à la base du racisme. »

Renverser les questions

Y a-t-il vraiment trop d’étrangers en Belgique aujourd’hui ? Faut-il fermer les frontières, les renvoyer chez eux ? Madame Agnès renverse ces questions avec beaucoup d’à propos. « S’il n’y avait pas tant de dictatures en Afrique, il n’y aurait pas les vagues de réfugiés et de migrants que l’on connaît actuellement en Europe. Moi-même je suis arrivé en Belgique il y a trente ans pour cette raison ! Je le dis sans langue de bois. La population a parfois raison d’avoir peur de tous ces étrangers, dont certains n’ont aucune envie d’être ici. Ils sont venus par nécessité, pas parce que l’idée de s’installer en Belgique leur plaisait mais parce que, chez eux, leurs enfants ne pouvaient plus aller à l’école, ne pouvaient plus se nourrir, n’étaient plus en sécurité, n’avaient aucun avenir possible. »

Comment faire pour changer la situation ? « Puisque vous me prêtez l’oreille, je vais vous parler franchement : si les responsables politiques européens géraient les relations internationales sans chipoter, avec la volonté de récompenser la bonne gouvernance, il n’y aurait pas tant d’immigration. Et il y aurait de l‘argent pour entretenir, là-bas, les hôpitaux, les écoles. Avec l’ASBL Petits Pas, j’aide une école au Congo où il n’y avait aucun banc dans la classe. Je connais un établissement de couture où il n’y a qu’une seule machine en état de fonctionner. Il faut arrêter de tolérer l’intolérable pour faire en sorte que ces pays produisent eux-mêms de la richesse et n’aient plus à mendier. On ne peut pas réussir à endiguer les flots de réfugiés et de migrants en faisant l’impasse sur les questions de dignité humaine. D’autant qu’au final, les problèmes vous rattrapent. Une large part de la méfiance à l’égard de la politique constatée dans votre enquête Noir Jaune Blues vient de là ! »

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