Making-of: j’ai appris à quitter la grand-route

En 55 ans, le Bruxellois farouche que je suis n’avait jamais fait que passer à Braine-le-Comte, traversant la grand-route sans rien voir, sinon le kiosque à musique de la Grand-Place où jouait autrefois l’arrière-grand-père d’une collègue espiègle. C’est dire si la perspective de passer cinq nuits dans cette cité-dortoir éveillait en moi, par avance, le pire des cauchemars : celui de la métamorphose en navetteur.

Pourtant dès les premiers contacts avec les citoyens, dans les cafés de la gare et de la Grand-Place, j’ai compris que j’étais entre de bonnes mains, que les Brainois étaient heureux de voir Le Soir et la RTBF venir à leur rencontre pour parler d’autre chose que de la vista sans fond des frères Hazard. Je ne connaissais personne. Personne ne me connaissait mais partout, j’ai été accueilli, avec ma consœur Thi Diem Quach, comme si nous faisions partie de la famille.

Pendant une semaine, j’ai écouté les Brainois refaire le monde et la Belgique en toute simplicité, sans rien cacher des vrais problèmes. J’ai partagé des bières, des courges cornues, du faisan à la frite, du gratin de choux, du chocolat à la crème de marron et plein d’idées surtout. En plein jour, il m’a fallu jusqu’à quatre heures pour franchir les 500 mètres séparant la Grand-Place de la gare, tant l’envie d’échanger, de réfléchir des Brainois pouvait se montrer irrépressible.

Pendant ces cinq jours, j’ai pris des claques de sincérité, d’émotion, de plaisir et, n’ayons pas peur du mot : de bonheur. Quand on prend le temps de s’y arrêter, Braine-le-Comte n’a rien d’une cité de la déprime. La nuit, au Café des Arts, chez Linette et José, on ne se gâche pas la vie, on la désire jusqu’à plus soif. Chez Gojo, la cantine sociale de la gare, à la table des pionniers de l’habitat groupé d’Henripont, ou dans la roulotte des prospecteurs de l’autonomie alimentaire de L’Orée du Bois, j’ai compris que « Demain » n’est pas seulement du cinéma. Il est des Brainois qui commencent à le bâtir aujourd’hui.

J’ai fait le plein d’énergie positive, de générosité. J’ai pris une formidable leçon de guitare et de vie aussi, dans la petite maison de Francis et Nadette, où l’on fredonne à tue-tête des bouffées d’optimisme en chantant « Adieu tristesse » à plein poumons. Puis, en rentrant chez moi, j’ai trouvé mon Bruxelles de Brel triste comme Orly le dimanche. Alors, si vous oubliez un jour qu’être heureux vaut la peine, faites un détour par Braine-le-Comte et quittez la grand-route pour vous rappeler de croire en vos rêves, en la bienveillance et en l’intelligence collective.

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