L’indépendance de la Catalogne? Une fuite en avant

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Les indépendantistes catalans ont opté pour la radicalité et ce qui s’apparente aujourd’hui à une aventure sans stratégie, dont personne, pas eux plus que les autres, ne sait où elle va mener, quels trophées elle peut leur apporter et surtout l’ampleur des dégâts qu’elle va causer.

Les embrassades, les cris de joie et les pleurs de ceux – des jeunes surtout – qui pensent que leur bonheur est dans cette marche forcée vers l’indépendance, sacraient ce vendredi Puidgemont et les siens comme des héros – des jusqu’au-boutistes qui font ce qu’ils ont promis. L’écrivain belge Grégoire Polet avait raison d’évoquer cette semaine dans le Soir », « l’irrationalité » du processus catalan et d’un gouvernement « qui ne suit plus une politique mais une mystique : les Catalans risquent de chercher, à défaut d’une victoire, le salut dans le pire. Et faire appel à la dignité des martyrs ». Plutôt mourir debout que de plier sous les concessions : il y a de cela dans le bras d’honneur fait ce vendredi à Madrid.

Cinq minutes de courage politique ou de perte du sens des responsabilités ? Puidgemont avait le choix entre la pureté de l’idéal – la déclaration d’indépendance – ou la raison – la convocation d’élections régionales anticipées. Celles-ci auraient permis de « relégitimer » les choix posés par tous les Catalans, et non par la majorité frelatée invoquée aujourd’hui par les ultras pour valider leur déclaration unilatérale.

Placé devant la même équation, le Premier ministre grec Tsipras avait opté à l’époque pour la responsabilité de l’homme d’État en assumant le plan d’austérité qui maintenait la Grèce dans l’Union européenne, au risque de passer pour un traître aux yeux de son peuple. Puidgemont a fait vendredi le choix inverse, décidant en bout de course de ne faire aucune concession à son but final.

Créon ou Antigone ? Perpétuel dilemme…

Et maintenant ? Seuls le chaos et une confrontation terrible sont certains. Madrid paye son refus d’entendre à temps les revendications d’une minorité catalane. Mais il n’y a en fait que des perdants dans cette mauvaise pièce exhibée aux peuples d’Europe qui doivent savoir qu’il n’y a rien à gagner dans ces replis nationalistes qui les privent des moyens de lutter à armes égales contre les vrais destructeurs d’identité (la globalisation, la financiarisation). D’autant que l’Union européenne offre des marges suffisantes pour permettre aux différentes « nations » de se développer sans faire sécession.

Unis dans la diversité : s’il y a un échec pour l’Europe dans cette affaire espagnole et catalane, c’est dans le coup porté à ce principe fondamental, et dont on ne mesure pas encore aujourd’hui la possible contamination.

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