Crise catalane: la N-VA sur la corde raide, la suédoise contrainte au funambulisme

On l’explique à bonne source au sein du gouvernement fédéral : « Charles Michel a adressé un message à ses principaux ministres, il les a implorés de ne plus faire de commentaires sur la Catalogne, et de passer la consigne ».

En d’autres termes : attention à ne pas « jeter de l’huile sur le feu », selon l’expression du Premier ministre il y a quelques jours lorsqu’il avait ainsi recadré Theo Francken, secrétaire d’Etat N-VA, qui avait quasiment encouragé Carles Puidgdemont à demander l’asile en Belgique et pratiquement douté de l’impartialité des autorités judiciaires espagnoles à l’égard du président indépendantiste catalan, destitué par Madrid, maintenant convoqué devant les juges.

Le Premier ministre craint-il pour sa suédoise ? Affirmatif. Et normal.

Une autre source gouvernementale précise : « Dans les réunions en interne il y a trois ou quatre mois déjà, Charles Michel se réjouissait des avancées dans le domaine socio-économique, se félicitait du bon déroulement de la législature, mais il pointait dès le début le dossier catalan, confiant qu’il pouvait se révéler dangereux pour sa majorité ». Nous y sommes.

Indépendantiste (c’est l’article 1 de ses statuts), la N-VA est tendue comme un arc entre ses engagements nationaliste et gouvernemental, entre Barcelone et la suédoise. Elle est « mal prise », comme on dit partout à son sujet.

La Belgique, base de repli

Chef de file de la formation de Bart De Wever au parlement européen, et pas le dernier quand il s’agit de promouvoir la cause flamande à cet étage, Sander Loones ménage l’exécutif fédéral tout en affirmant ses valeurs : « Sachez d’abord, nous dit-il, que je partage complètement les commentaires de Charles Michel à propos de Carles Puigdemont, un citoyen libre de circuler jusqu’à nouvel ordre, et qui a choisi Bruxelles parce que c’est la capitale de l’Union, celle où il peut mobiliser ses réseaux s’il le souhaite, et s’exprimer de façon à mettre le dossier catalan à l’agenda européen. Carles Puigdemont est un homme respectueux, pacifique, et je m’étonne de voir certains politiciens parler de lui comme s’il était un terroriste, alors qu’il a juste organisé un référendum pour donner la parole à son peuple, rien de plus, ce qui est tout à fait démocratique ».

Cela étant, visiblement terre d’accueil ou base de repli pour le leader catalan en rupture avec le gouvernement espagnol, la Belgique ne risque-elle pas de s’attirer les foudres et de Madrid et de ses partenaires européens, soucieux de contenir les poussées nationalistes et séparatistes sur le Vieux Continent ? « Isolé notre pays ? Pas du tout. De temps en temps, il faut choisir entre les tactiques et les principes, entre les manœuvres et le respect des valeurs qui fondent l’Europe, c’est-à-dire le dialogue, les libertés démocratiques, l’Etat de droit. C’est exactement la position de notre gouvernement. Et j’ose dire que Charles Michel est un exemple désormais pour toute l’Union européenne, car plus que tout autre chef d’Etat et de gouvernement, il a voulu ramener de la sérénité dans le débat, il a appelé au dialogue entre Catalans et Espagnols, il a rappelé quels sont les droits de tout citoyen européen. C’est exactement ce qu’il fallait faire ».

Une « ligne » dont il ne faut pas se départir, ponctue le député européen N-VA. C’est une question de survie pour la suédoise. A savoir : « S’il devait y avoir une demande d’asile, c’est le CGRA, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, qui devrait trancher, et s’il devait y avoir une demande d’extradition, ce sont les juges qui devraient décider ; donc, dans tous les cas, c’est la procédure juridique qui primerait, et le gouvernement, lui, n’a pas à se prononcer à ce sujet ».

Indépendantiste s’il en est, président de l’OVV (Overlegcentrum van de Vlaamse verenigingen), l’organisation chapeautant le mouvement nationaliste flamand, Willy De Waele ne souhaite pas, lui non plus, nous explique-t-il, dynamiter le gouvernement fédéral et provoquer une crise à une quinzaine de mois des élections générales. Il trace la ligne rouge à son tour : « Tout cela doit rester dans le domaine juridique, il faut suivre les procédures, alors le gouvernement fédéral n’a rien à craindre. Mais il est vrai que si, à un moment donné, Madrid devait interpeller la Belgique, s’adresser politiquement à notre gouvernement d’une façon ou d’une autre, cela pourrait être fatal, la majorité fédérale ne résisterait pas. La N-VA, vu son engagement flamand, vu sa base électorale et la concurrence du Vlaams Belang, ne pourrait supporter que le gouvernement plie politiquement face aux exigences de Madrid. Mais nous ne sommes pas dans ce scénario aujourd’hui ».

En attendant, les responsables de la N-VA, après avoir fixé émotionnellement l’opinion nationaliste flamande (Bart De Wever et son « On ne laisse pas tomber un ami »), évitent de poser le geste de soutien de trop à Carles Puigdemont, qui contraindrait Charles Michel et les partenaires MR, CD&V et VLD à rompre le pacte de 2014. Chaque jour est un jour de gagné sur l’inconnu…

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