La fin des cartes SIM c'est pour bientôt, qu'est ce que cela va changer?

L’eSIM, déjà présente dans les objets connectés, ne devrait se répandre qu’à partir de fin 2018, début 2019. © MaxPPP.
L’eSIM, déjà présente dans les objets connectés, ne devrait se répandre qu’à partir de fin 2018, début 2019. © MaxPPP. - MaxPPP.

Ces dernières années, la taille des cartes SIM n’a cessé de diminuer, au point qu’elles sont devenues difficilement manipulables. Rassurez-vous, ce mouvement de miniaturisation n’ira pas plus loin car, bientôt, ce morceau de plastique permettant de s’identifier sur le réseau de son opérateur télécoms appartiendra au passé. La carte SIM va devenir une puce directement soudée dans le smartphone lors de sa fabrication et reconfigurable à distance. Plus besoin de pousser la porte d’un magasin ou d’attendre une livraison de carte par la poste pour changer d’opérateur. En quelques minutes, votre nouvel opérateur pourra charger à distance votre profil sur cette puce pour faire de vous un client. Il suffira par exemple de scanner le code QR qu’il vous aura envoyé par mail. Changer d’opérateur sera aussi simple que de changer de fournisseur d’électricité.

On parle depuis des années de ces « eSIM ». Celles-ci existent déjà dans le secteur des objets connectés. Elles sont présentes dans nos voitures, dans les caméras de surveillance, les alarmes… On en est par contre au tout début dans le monde des produits grand public. Récemment, Apple et Huawei l’ont introduite dans la dernière génération de montres connectées. Google, de son côté, a annoncé la mise sur le marché du premier smartphone hybride, comprenant un emplacement pour une carte SIM traditionnelle et une eSIM, le Pixel 2. On reste néanmoins loin d’un déploiement massif. « Les eSIM ne devraient pas arriver avant 2019, prédit Jacques Bonifay, patron de l’opérateur virtuel Transatel et de l’association MVNO Europe. Ceux qui vont décider, c’est Samsung et Apple. Quand ils se lanceront vraiment, tous les autres suivront ».

La fin du stockage

L’industrie n’est pas encore prête. Un groupe de travail créé au sein de la GSMA (l’organisation mondiale des opérateurs mobiles) et réunissant 80 grandes entreprises (opérateurs, fabricants de smartphones…) planche depuis deux ans sur la définition d’un standard. Deux versions sont déjà sorties. Une troisième est prévue pour mai/juin. « Il faut veiller à ce que tout le monde sur le marché utilise la même solution technique pour assurer l’interopérabilité entre les systèmes, explique Jean-Christophe Tisseuil, responsable du projet eSIM à la GSMA. Les clients doivent garder la liberté de choix de l’opérateur ou d’appareil qu’ils ont aujourd’hui ».

Pour les opérateurs télécoms, l’arrivée de l’eSIM implique des opportunités mais aussi des menaces. Opportunité tout d’abord parce qu’ils ne devront plus acheter par millions ces cartes SIM et parce qu’ils n’auront plus tous les coûts associés au stockage de ces cartes, à leur distribution dans les magasins… Cela simplifie le processus de vente.

Cela devrait aussi leur permettre de venir avec de nouveaux types d’offres, notamment des packages regroupant tous les objets connectés mobiles du ménage. Ce que propose Apple en est un avant-goût. Contrairement aux précédentes générations de montres connectées, qui étaient reliées au smartphone par bluetooth, la nouvelle iWatch dispose de sa propre connectivité cellulaire grâce à une eSIM. Son propriétaire n’a néanmoins qu’un seul abonnement et numéro pour les deux cartes. Il peut aller courir sans son smartphone. C’est ce qu’on appelle le « multi-sim ». Il existe déjà mais est beaucoup plus facile à mettre en œuvre avec des eSIM. « L’eSIM est une superbe opportunité pour les opérateurs de proposer des bundles permettant de connecter plus d’appareils à son abonnement… », estime Jean-Christophe Tisseuil.

Un pouvoir pour les fabricants

C’est aussi une opportunité pour doper le marché des PC connectés. Aujourd’hui, ceux-ci sont assez peu connectés car la carte SIM physique est source de complication. Les fabricants pourront à l’avenir installer une eSIM dès l’usine. Il suffira ensuite au consommateur de choisir son opérateur dans le pays dans lequel il vit. Microsoft a annoncé que sa gamme de PC Windows 10 « always connected » sera équipée d’une eSIM.

Mais celle-ci pourrait aussi constituer une menace pour les opérateurs parce qu’elle facilite le changement. Cela pourrait engendrer de la volatilité sur le marché avec des clients changeant d’opérateur comme de chemise, en fonction des promos. Chez Proximus, on ne croit pas à ce scénario. « L’eSIM ne va pas changer grand-chose, explique Vincent Vanderstraeten, responsable device management chez Proximus. C’est déjà très facile aujourd’hui de changer d’opérateur et puis, il y aura toujours des limitations liées à votre plan tarifaire (abonnement GSM compris dans un package, smartphone subsidié…) ». Il reconnaît que sur le marché – en déclin – des cartes prépayées, l’eSIM pourrait avoir un impact sur le taux de fidélité, mais la nouvelle loi imposant l’identification de ces cartes est devenue un allié pour les opérateurs. Cette obligation rend le processus de changement plus lourd.

L’autre crainte, c’est que l’eSIM ne renforce le pouvoir des fabricants de smartphones. Ceux-ci vont devenir distributeurs puisqu’ils confectionneront l’interface qui permettra au consommateur de choisir depuis son smartphone l’opérateur qu’il désire rejoindre. «  Puisqu’ils maîtriseront cette interface, ils pourraient être tentés de dire aux opérateurs : “Je vous mets en haut de liste si vous me rémunérez”  », explique Jacques Bonifay. Trop tôt néanmoins pour savoir si les fabricants joueront ou non cette carte.

Les deux coexisteront

J.-F.M.

L’eSIM est une évolution naturelle de la carte SIM. Son arrivée ne fait plus aucun doute. Ce n’est pas pour autant qu’elle va balayer d’un coup les cartes plastiques actuelles. « Pendant longtemps, les deux coexisteront, estime Jean-Christophe Tisseuil. Ne fût-ce que parce que certains appareils anciens vont rester sur le marché. Certaines régions du monde vont rester à la carte plastique pour des questions de réseau de distribution ». Les opérateurs espèrent que les fabricants de smartphones les avertiront suffisamment à l’avance avant de lancer des modèles équipés d’eSIM. « Cette nouvelle carte implique pas mal de changements dans nos systèmes informatiques, dans nos processus de vente…, explique Vincent Vanderstraeten, de Proximus. Cela demande du temps. On se prépare, mais tant qu’on n’a pas un grand fabricant qui nous annonce quelque chose, c’est difficile de démarrer ce processus de transition ».

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