Johnny Hallyday, un mythe, une idole

Johnny Hallyday en août 2017 à l’enterrement de Mireille Darc.
Johnny Hallyday en août 2017 à l’enterrement de Mireille Darc. - © Belga

Quand il entre dans la pièce où vous vous trouvez, ses yeux de glace ou de lynx, c’est selon, vous transpercent. Sa carrure de fauve occupe tout l’espace. Johnny ne marche pas, il glisse sur le sol.

Ainsi comprenez-vous enfin ce que veut dire le mot charisme. Cet homme dégage. Dégageait ? Pas encore habitué, désolé. Vous aviez beau ne pas être fan de l’artiste, quand vous le croisiez ou le voyiez sur scène, il vous était impossible de rester de marbre, indifférent.

Johnny et ses mille vies

Johnny a d’abord été l’idole des jeunes, titre d’un album de 1962. Il est ensuite devenu l’unique. L’incomparable.

Pour plusieurs raisons. D’abord, il est français, chante en français et ne touche que les francophones. Et encore, Suisses et Québécois ne sont pas vraiment atteints par la « Johnnite ». Au contraire des Belges qui n’oublieront jamais que Johnny est un tout petit peu belge. Sur scène, à Forest-National ou au Palais 12, il n’a jamais manqué de le rappeler. Il se sentait chez lui, chez nous.

Succès en France donc. Et nulle part ailleurs. À la différence des Adamo, Aznavour, Brel, Stromae...

Johnny est un phénomène français, de société française. Il est leur numéro un. Seuls l’abbé Pierre, Yannick Noah ou Jean-Jacques Goldman lui ont ravi un temps ce titre de plus populaire des Français. Mais lui, il tient sur la durée. Quarante ans de popularité, ça vous fait un homme.

L’origine du mythe Johnny se trouve dans les années 60 auxquelles la France l’a associé, comme le Royaume-Uni (puis le monde, quelle différence !) avec les Beatles. Les États-Unis avec Elvis ou Sinatra, etc.

Johnny est seul à ne pas être américain, tout en empruntant à cette culture. En proposant des shows gigantesques, qui influenceront jusqu’à Mylène Farmer. La seule à le rejoindre sur ce terrain mégalo.

Et puis, Johnny change sans bouger. Il change de look au fil des ans et des décennies, mais il reste lui-même. Un bloc immuable. L’ami sur lequel on peut compter. Celui qui chante ses déchirures. Nos déchirures.

Johnny touche d’abord les jeunes, puis ne garde que les plus humbles et rock (motards et tatouages) avant d’être aimé de tous. En fin de course, tout le monde va le voir sur scène. D’où sa capacité à remplir des stades.

On va voir Johnny parce qu’on l’aime, ainsi que ses chansons, mais aussi parce qu’il se donne entièrement. Il mouille sa chemise, tel un Springsteen. Il déborde d’énergie communicative. Et puis l’amour, ça ne s’explique pas.

L’idole des jeunes est devenue un mythe français. Une exception à toutes les règles. Il est au-dessus de la mêlée et les plus grands (de Gainsbourg à Dutronc, de Polnareff à Bashung, de Christophe à Sardou) ne joueront jamais dans la même cour de popularité massive.

Johnny était une arme de construction massive. Il réunissait. Il englobait. Au-delà de toutes les chapelles musicales. Parce qu’il débordait du cadre musical. Il était la vie, notre vie. Même en en faisant trop, même en se montrant parfois ridicule, maladroit, too much. Même en jouant avec les médias un jeu dangereux. Les écrivains qui le fréquentent (de Duras à Weyergans, en passant par Beigbeder) tombent tous sous le charme. Inspirés par une telle personnalité, à la fois généreuse et douloureuse. Forte et fragile à la fois.

Johnny a brillé de ses excès, de ses défauts et, surtout, de cette indestructible longévité. La France est orpheline de son idole. Elle va en faire à tout jamais un mythe. Un vrai !

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