Pacte énergétique, stade national… Doit-on attendre le prochain fiasco?

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L ’homme politique sert la prochaine élection, l’homme d’Etat sert la prochaine génération ». Cette phrase est de James Freeman Clarke, avocat américain des droits de l’homme, mort au 19ème siècle. Mais ce lundi, c’est au Bois du Cazier à Marcinelle qu’elle a été exhumée. Jean-Jacques Viseur, ex bourgmestre de Charleroi et ministre CDH, l’a fait prononcer devant les 800 personnes qui avaient fait le déplacement pour rendre hommage à son ami, Philippe Maystadt. Un homme, qui comme le diront d’autres intervenants, signait quelques jours avant sa mort l’appel mondial à une politique qui mélange climat et finance. Pour la génération suivante donc…

La phrase du mort Freeman Clarke vaut mieux que celle prononcée à la RTBF lundi matin par le vice Premier ministre Alexander De Croo, dans les suites du désastre du stade national  : « Aux comités de concertation, il y a beaucoup de comité, et pas beaucoup de concertation  ».

Ou que celle du Premier ministre prononcée au « Soir » hier à propos du pacte énergétique : « Mon intuition est que si tout le monde est mobilisé totalement, on peut encore tenir 2025, peut-être ». Que les journalistes ou les observateurs fassent des constats sur l’inefficacité du mécanisme de décision politique et la paralysie de certains dossiers, est légitime, mais que les politiques en charge fassent le constat de leurs propres échec et impuissance, comme si c’était la faute des autres, est assez hallucinant !

Comment comprendre ces indignations politiques alors que tout le monde avait compris depuis des mois que ce stade c’était la chronique d’un fiasco annoncé. Et quel fiasco ! Comment le Premier ministre peut – il dénoncer un dossier « cochonné depuis le début par des amateurs », alors que c’est un MR bruxellois, Alain Courtois, qui défend le projet depuis des mois ? Visiblement les comités de concertation ne fonctionnent pas davantage au sein des partis. Idem pour les ministres fédéraux, façon Kris Peeters, qui dénoncent ce quelque chose « qui ne fonctionne pas dans le système belge ». Pourquoi alors à chaque crise (comme pour les tunnels.), convoquer à grand fracas le comité de concertation, comme s’il allait tout sauver, si on n’y croit en fait visiblement pas ou plus ?

Et une fois qu’on a dit tout cela, on fait quoi ? Attendre le prochain fiasco ? Un pacte énergétique a été conclu hier entre les 4 ministres concernés. On devrait applaudir, et pourtant on demande à voir. On pense même que l’objectif très vite, vu les querelles en vue notamment sur le nucléaire, sera de « botter en touche », même si dans un communiqué de rattrapage diffusé à la hâte ce mercredi matin, le Premier ministre proclame : «  Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique (.) L’objectif reste de sortir du nucléaire ». Mais pour botter en touche, il existe bien mieux que le comité de concertation ou le « niet » pur et dur : il y a « l’étude d’incidence  ». Le ministre Bellot vient d’y recourir pour éviter une décision avant les élections sur le survol de Bruxelles, on pourrait très vite faire de même sur le nucléaire – la N-VA évoque le manque de données précises sur l’impact financier de la fermeture des centrales. On prend les gens pour des idiots du village car des études il y en a. Beaucoup.

Ce « botté en touche » n’est ni courageux ni beau, mais il devient dangereux. A nouveau, les morts parlent d’or. Dans le cadre de l’interview posthume qu’il nous a accordée, nous interrogions Philippe Maystadt sur le constat du philosophe Vincent de Coorebyter qui, début 2017, nous déclarait que « la Belgique n’arrive plus depuis 30 ans à gérer ces grands défis vu sa structure institutionnelle, son habitude du compromis, le jeu des coalitions et cela explique la désaffection du citoyen qui voit un pouvoir impuissant à lui apporter des solutions » « Comme très souvent », nous avait répondu Maystadt, je suis d’accord avec Vincent de Coorebyter, un des meilleurs observateurs de la société belge. Comme suggéré dans une célèbre carte blanche publiée dans votre journal (et de Standaard), par trois CEO (MM. Delvaux, Thys et Meunier), il faut arriver à conclure des pactes entre les divers niveaux de pouvoir, auxquels adhèrent tous les partis démocratiques et les acteurs concernés de la société civile. Cela donnerait l’assurance que la mise en œuvre se poursuit quels que soient les changements de coalition. (.) Nous avons besoin de la même approche pour la mobilité et la transition énergétique ».

Les morts parlent d’or ? Laissons la conclusion au Prix Nobel de littérature, Albert Camus qui dans son « Discours de Suède », cité lundi par Paul Magnette en hommage à Maystadt, écrivait : « Toute génération sans doute se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Il n’y a plus qu’à…

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