Elle s’appelait Sadia Sheikh

Elle s’appelait Sadia Sheikh

Sadia Sheikh avait 20 ans, les cheveux dans le vent, un amoureux dans le cœur et des rêves plein la tête. Née en Belgique de parents venus du Pakistan, elle a cru qu’elle était une Belge comme les autres. C’était sans compter avec le fait que, dans leurs têtes, ses parents n’avaient jamais quitté le Pakistan. C’est pour cela que Sadia ne pourra jamais faire les mêmes choix que les autres jeunes filles de son âge. Aux yeux de sa famille, son corps ainsi que ses faits et gestes incarneront leur « honneur ».

De nombreux exemples

Promise depuis l’âge de 12 ans à un cousin vivant au pays, Sadia n’a pas eu la possibilité de construire l’avenir qu’elle méritait. C’est le lot de nombre de ces filles que l’on croise dans les rues des villes occidentales. Nées en Europe, elles gardent, qu’elles le veuillent ou non, des racines étrangères qui les condamnent parfois à une vie recluse, à l’échec scolaire, aux mariages forcés, ou pire à la mort. La Britannique Sarbjit Kaur Athwal écrit dans son livre Shamed qu’à part le climat, rien n’indiquait qu’elle et sa famille vivaient vraiment à Londres et non dans le pays d’origine de ses parents… En 2005, Hatun Sürücü a été assassinée à Berlin par son frère alors que son fils dormait. Réactions de ses proches : « Cette pute vivait comme une Allemande ». Les exemples sont hélas nombreux à travers l’Europe.

Un imam avait célébré le mariage islamique de Sadia par internet, mettant ainsi la technologie au service du féodalisme, mais la jeune belge avait refusé de rejoindre celui qu’on lui imposait, résistant pendant des années à la pression de sa famille. L’assassinat de Sadia Sheikh a été un choc pour la Belgique. Mais aussi pour ceux qui, comme moi, croyaient avoir débarqué dans un pays épargné par l’obscurantisme.

Un fatal désir de liberté

Souvenons-nous : Sadia n’est pas morte. Elle a été assassinée, froidement par sa famille sur le territoire de notre pays parce qu’elle aimait un garçon non-musulman que ses parents n’avaient pas choisi et voulait poursuivre ses études. Etre une jeune fille belge de 20 ans… Vivre ! Sadia Sheikh avait fait siennes les valeurs de notre pays et son entourage l’a vécu comme un affront. Ce refus de se soumettre, cette volonté de liberté lui seront fatales.

En effet, en dépit des menaces répétées, le 22 octobre 2007, elle avait accepté de rendre visite à sa famille. Mais, au lieu de la prendre dans ses bras, son frère lui a logé trois balles dans le corps, effaçant à jamais son sourire. Peut-être que quelque part au fond d’elle-même, la jeune fille avait malgré tout un peu d’espoir. Son père, sa mère et son frère ne pouvaient pas être les monstres qu’ils promettaient de devenir si elle ne se soumettait pas en renonçant à ses choix pour rejoindre l’inconnu que sa famille avait choisi.

Un échec de la justice

Elle a été victime de ce crime d’honneur, ici chez nous parce que sa famille quoique belge, faisait comme si elle vivait encore au Pakistan. Voici qui illustre l’échec de l’intégration. Les lois de notre pays ne s’appliquent pas à la carte. Et aujourd’hui cette histoire illustre également l’échec de la justice.

L’affaire Sadia Sheikh fut la première à être jugée en tant que « crime d’honneur » dans l’histoire judiciaire belge. Mais derrière tout cela il y a une montagne d’autres violences cachées dont sont victimes des filles dont nous ne connaîtrons jamais les prénoms. Notre société est tellement cloisonnée qu’il n’est pas toujours évident de savoir ce qui se passe dans les quartiers et dans les communautés fermées où règnent la manipulation et le contrôle social sur les femmes musulmanes : mariages de mineures à l’étranger, confiscation de passeports lors de voyages à l’étranger, séquestrations, privations de nourritures et d’éducation…

Si le crime d’honneur a bien été reconnu et condamné, y compris en appel, aujourd’hui seulement un des trois coupables demeure en prison. En effet, la mère vient d’être libérée après 6 années sur les 15 qu’elle devait purger. Le frère qui a également recouvert une certaine liberté sous bracelet électronique. Et tout cela, alors que les peines prononcées au début étaient restées largement en dessous des attentes de l’avocat général.

Aujourd’hui, quel est le message que renvoie la justice avec la libération de ce type de bourreaux ? Et plus encore qu’attend-elle pour agir plus fermement de manière générale avant qu’il ne soit trop tard ? La violence contre les femmes continue.

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