Réinventer Bruxelles: il y a urgence

© Le Soir/Dominique Duchesnes
© Le Soir/Dominique Duchesnes

Sortir. Écouter. Entendre. Réfléchir. Remettre en question. Oser. C’est la cure pré-électorale qu’on a envie de prescrire à celles et ceux qui rêvent de gérer Bruxelles. Et si on la réinventait, plutôt que la gérer, dans son corset territorial, ses freins institutionnels, ses barrières linguistiques ? Naïveté que celle-là ? On conseillerait bien, alors, aux frileux, oui, à vous, Mesdames et Messieurs nos mandataires, de prendre le tram. Le 7, qui était peut-être encore le 23 ou le 90 quand vous l’avez pris la dernière fois. Ou d’aller boire des bières, jusqu’à pas d’heures, sur ces places où l’on se mêle quand même encore un peu. Et de parler à ces Bruxelloises et Bruxellois avec lesquels vous rêvez de vous reconnecter.

On vous répondra en français, ou dans une autre langue que vous ne reconnaîtrez peut-être pas, mais, avec l’anglais, on va partout, à Bruxelles aussi. Certains vous parleront de ces emplois et de ces logements difficiles à décrocher ; de ces bus et vélos qui peinent à trouver une place qu’à Copenhague, Bordeaux et même Paris on leur libère ; de cette pollution qui ruine la santé ; de ces crasses qui défigurent une ville qui n’est pas belle au premier regard, mais séduit souvent au deuxième, voire au troisième. Sans doute que d’autres, plus engagés, réclameront une voix au chapitre démocratique ou, au minimum, une responsabilité plus clairement établie des échecs (et des succès) publics.

Écouter c’est bien, entendre c’est mieux. Pour réfléchir à l’évolution de la ville. Voici trente ans, dans un compromis à la belge poussé à son paroxysme, on a superposé, sur un territoire bruxellois déjà morcelé en communes, une Région, des Commissions communautaires, en plus des Communautés et du fédéral. C’était le prix à payer pour que Bruxelles ne reste pas une réserve naturelle pour navetteurs, « qui avaient pour seule ambition d’aller le plus rapidement possible jusqu’à la Grand-Place en voiture » (copyright Jean-Luc Dehaene, démiurge, avec Philippe Moureaux, de cette « Région-capitale pas comme les autres »). Le « modèle » bruxellois repose sur l’obsession de l’équilibre linguistique général – les francophones ont voulu la parité au fédéral, les néerlandophones l’arrachent à Bruxelles, bien qu’ils y représentent moins de 10 % de la population.

Ce système démontre aujourd’hui son inefficacité. On ne peut donner de l’ambition à une ville de 1,2 million d’habitants et près de 200 nationalités, confrontée aux défis des migrations, de l’inclusion sociale, de la qualité de vie pour tous (donc de la mobilité, de l’environnement, de la sécurité) si chaque idée doit se négocier, dans les deux langues, avec une multiplicité d’acteurs que seule la bonne volonté peut pousser à agir… L’éparpillement caractérisé des compétences (aggravé par le manque de hiérarchie entre niveaux de pouvoir), le désintérêt des autres entités, l’absence de leadership confinent, de plus en plus, à l’immobilisme, voire à la paralysie. L’irresponsabilité politique serait d’acter le statu quo, par réflexe passéiste, conservateur, sourd ou aveugle. La responsabilité, c’est, aujourd’hui, se remettre en question. Puis oser. En laissant au passé les tabous communautaires ou idéologiques, les réflexes corporatistes. En dépassant les simplismes : non, le débat ne se résume pas à « pour ou contre la fusion des communes ». La ville a changé, ces trente dernières années. Cela n’a pas échappé aux Bruxelloises et aux Bruxellois. Reste à en convaincre leurs représentant(e)s…

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