Pourquoi le manque de lumière nous déprime

De la pluie et de la grisaille au menu des journées les plus courtes de l’année
: il y a de quoi avoir le moral dans les chaussettes (mouillées).
De la pluie et de la grisaille au menu des journées les plus courtes de l’année : il y a de quoi avoir le moral dans les chaussettes (mouillées). - Joakeem Carmans (st.)

Au cœur de l’hiver, la Belgique prend des allures de pays du soleil de minuit. Non seulement les journées sont courtes, mais le soleil est rare. Cette année, le mois de décembre est particulièrement sombre : l’Institut royal météorologique (IRM) a mesuré 118 minutes d’ensoleillement à Uccle les douze premiers jours du mois. Soit à peine deux heures ! Un record de grisaille inégalé depuis 1956, expose le météorologue David Dehenauw, chef de travaux à l’IRM et Monsieur Météo bien connu des téléspectateurs de RTL-TVI, qui rappelle deux autres années noires : 2009 (avec 153 minutes d’ensoleillement) et 1998 (375 minutes).

L’IRM est capable de comparer ces taux d’ensoleillement hivernaux grâce à un héliographe manuel qui enregistre l’insolation en Belgique depuis 1887, une boule de verre que les rayons du soleil traversent pour se focaliser sur un papier spécial. Il y a une petite dizaine d’années, l’institut a changé la référence des durées d’insolation quotidiennes en utilisant comme norme les données mesurées par un actinomètre automatique, un instrument plus précis qui mesure l’intensité énergétique des radiations émises par le Soleil.

Les données objectivées par les météorologues n’auront échappé à personne : le ciel est bas et le temps maussade. Ce déficit de luminosité peut aussi noircir le moral, avec plus ou moins d’intensité selon les personnes. « C’est très variable d’une personne à l’autre : il y a des gens qui vont beaucoup mieux le supporter et d’autres qui en seront très affectés, précise le psychiatre Matthieu Hein, spécialisé dans les troubles du sommeil et les maladies mentales à l’hôpital Érasme. C’est en grande partie dû à notre génétique. » Une altération d’un photorécepteur de la rétine, la cellule transmettant le niveau de lumière ambiant jusqu’au cerveau, en serait la cause.

Fatigue et dépression

Chez certaines personnes, cette sensibilité au manque de lumière peut s’accompagner d’un sentiment de fatigue et aller jusqu’à la dépression dans 2 % des cas environ. La latitude, l’âge et le sexe sont d’autres variables. Plus on avance vers le Nord, plus les dépressifs saisonniers sont nombreux et les femmes sont trois fois plus touchées.

Pour prévenir ce coup de blues hivernal qui toucherait un quart de la population, les médecins prescrivent dans certains cas le recours à la luminothérapie : « C’est quelque chose qui fonctionne très bien auprès des personnes plus sensibles à ces changements de saison. On programme l’exposition à la lumière le matin, dès le lever, pendant environ une demi-heure. Cela va bloquer la production de mélatonine, une hormone très dépendante de la lumière qui influence notre sommeil, et donc diminuer la somnolence en journée. Mais aussi améliorer l’humeur », continue le psychiatre d’Erasme.

Gilles Vandewalle, chercheur FNRS du centre de recherches Giga du cyclotron de l’ULiège, travaille sur la régulation de l’éveil et du sommeil. Et s’intéresse aussi à ce rôle joué par la lumière dans nos cycles : « Dans notre œil, il y a des photorecepteurs, les cônes et bâtonnets, qui nous permettent de voir. Mais on a aussi un autre type de récepteur sensible à la lumière ambiante, la mélanopsine, présente dans des cellules spécialisées de la rétine, qui régule les fonctions non visuelles comme la synchronisation de l’horloge biologique. La lumière joue un rôle important, parmi d’autres éléments. C’est elle qui synchronise notre organisme avec l’alternance jour/nuit et lui permet de l’anticiper pour plus d’efficacité. » C’est ce qui explique qu’il est plus facile de s’éveiller quand il fait clair et de s’endormir quand il fait noir.

Comme le médecin psychiatre d’Erasme, le chercheur qui a collaboré avec la start-up belge Lucimed pour ses « lunettes » diffusant une lumière indirecte considère la luminothérapie comme un traitement de choix pour aider les personnes qui souffrent des trop longues nuits hivernales : «  C’est au moins aussi efficace qu’un antidépresseur, mais il y a très peu d’effets secondaires. A de rares cas près, c’est quelque chose qu’on peut s’administrer tout seul, dans les limites de ce qui est prescrit dans le guide d’utilisation parce qu’une exposition prolongée pourrait avoir un effet négatif sur la rétine. »

Ces appareils sont souvent onéreux (autour de 60 euros pour une lampe et 200 euros environ pour les Luminettes). Le chercheur FNRS en appelle aussi tout simplement au bon sens : « On peut aussi sortir prendre l’air et la lumière du jour quand il y en a évidemment. Le simple fait d’allumer les lumières à l’intérieur quand il fait sombre comble aussi le manque de lumière. De manière moins intense que la luminothérapie, mais ça fait son petit effet. »

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