La chasse aux plastiques est ouverte

Dans cet article
Selon une étude parue dans la revue PlosOne, 269.000 tonnes de plastiques flotteraient à la surface des océans.
Selon une étude parue dans la revue PlosOne, 269.000 tonnes de plastiques flotteraient à la surface des océans. - NHPA/Photoshot

Le plastique représente à peine 1,5 % de la masse des déchets en Europe. Mais il attire toute l’attention. En raison de la durée de leur dégradation, l’accumulation de la présence du plastique dans l’environnement particulièrement dans les océans, est devenue insupportable. Selon le programme de l’ONU pour l’environnement, 8 millions de tonnes de plastique aboutiraient chaque année dans la mer. En 2050, on y trouvera davantage de plastique que de poissons, lançait la navigatrice Ellen McArthur en janvier 2016.

La formule a fait florès. Tout le monde s’agite. Récemment, plus de 200 pays ont signé une résolution des Nations unies visant à éliminer la pollution engendrée par le plastique dans les océans. La mobilisation semble générale, encore qu’elle soit récente.

7 % de plastique recyclé

En Europe, le mot d’ordre est de collecter et de recycler une part grandissante du plastique. « Il y a du travail, souligne Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint de Suez en charge de l’activité recyclage et valorisation en Europe : sur 50 millions de tonnes produites en Europe, à peine 7 % viennent de polymères recyclés ».

Les autorités publiques ne cessent donc d’en demander plus aux particuliers et aux entreprises en terme de tri. La collecte s’améliore. Dans certains pays, cela passe par l’imposition d’une consigne sur les emballages. A l’inverse, Fost Plus, l’organisme belge chargé de la collecte et du tri des déchets emballages, propose une extension du contenu du sac PMC (voir ci-dessous) collecté en porte-à-porte. Les industriels de l’emballage travaillent à en réduire le poids. Ceux des déchets œuvrent à améliorer leur chaîne de tri. Les mêmes poussent la recherche pour améliorer la qualité du plastique recyclé. Objectif ultime : la qualité toujours. Que le plastique d’une bouteille recyclée puisse servir à produire une autre bouteille, utilisée pour le même usage. Qu’il soit « virgin like », disent les professionnels…

Un casse-tête technologie et économique. Il faut non seulement que le plastique recyclé soit de la meilleure qualité ; il doit également se vendre au même prix, voire moins cher. « Il ne faut pas s’arrêter à contrainte environnementale, plaide Boursier. Il faut voir les choses de manière positive ; se dire qu’on est en train de créer une nouvelle industrie de la ressource secondaire. Mais le monde doit se réinventer ».

La Chine ne répond plus

Cette exigence est d’autant plus forte que la Chine a récemment annoncé qu’elle cesserait d’importer les déchets à partir du printemps prochain. Les conséquences ? « Les 8 millions de tonnes de plastiques et les 2,3 millions de tonnes de papier que l’Europe envoyait chaque année vers la Chine ne pourront plus y être exportées, détaille Boursier. Désormais, il va falloir créer les conditions pour que la transformation et la réutilisation se fassent chez nous. Sans cela, les propriétaires de centre de tri vont arrêter de trier, puisqu’ils ne peuvent plus vendre la matière triée. S’il n’y a plus de tri, les déchets partiront vers l’incinérateur. Conséquence : alors que l’Europe veut augmenter les taux de tri et recyclage, on aura le résultat inverse ».

C’est aussi l’analyse de Fost Plus, explique Mik Van Gaver, directeur des opérations de l’ASBL. « Pour les bouteilles en PET et les flacons en HDPE (polyéthylènes haute densité), la demande est forte de la part des recycleurs. Au moins 50 % de nos balles de PET finissent dans des applications permettant le contact alimentaire. Le HDPE permet de fabriquer d’autres objets non alimentaires comme des tuyaux d’évacuation d’eau usée ou des flacons ». A la demande d’Head & Shoulders, Suez fabrique désormais un flacon de shampoing entièrement réalisé en plastique récupéré sur les plages. Et les minéraliers (Spadel, Coca…) se targuent d’intégrer de plus en plus de recyclé dans leurs bouteilles. Demain, la présence de plastique recyclé dans un emballage deviendra un argument de marketing.

Mais plus des nouveaux plastiques seront collectés, plus il va falloir améliorer le tri et le recyclage. C’est le cas pour le polypropylène, par exemple, mais surtout pour les plastiques souples (films plastiques, etc.), dit Van Gaver. La filière est à développer : « Les centres de tri devront massivement investir. Et s’il n’est pas difficile de faire des regranulats à partir de ces plastiques, le défi sera de trouver des débouchés ».

Le consommateur décide

Beaucoup de choses partiront des particuliers, plaide Boursier. Ce sont eux qui feront pression sur les marques pour obtenir des emballages en plastique recyclé, ce sont eux qui amélioreront leur tri. Et ils doivent être récompensés en échange. Soit leur facture d’enlèvement des déchets doit diminuer, soit ils doivent être récompensés lorsqu’ils ramènent un emballage au point de tri . Cela peut se fait via une consigne ou d’autres incitants (bon d’achat…). Les autorités ont un rôle à jouer. « Les labels européens doivent changer. Aujourd’hui, le “« point vert” sur un emballage signifie que l’entreprise a bien payé sa contribution au système de collecte. Cela ne veut pas dire que l’emballage est recyclable. A l’avenir, ce label doit signifier que l’emballage est en plastique recyclé ou incorpore du plastique recyclé. Suez demande également un taux de TVA réduit pour les emballages fabriqués à partir de plastique recyclé afin de les rendre plus attractifs. Dans leurs marchés publics, les autorités peuvent également peser sur les choses : elles doivent être plus vertueuses que la moyenne ». Elles pourraient aussi, comme en Californie, imposer la présence d’un minimum de plastique recyclé dans les emballages et agir sur les normes de produits pour bannir les emballages quasiment impossibles à recycler parce que trop complexes.

Le recyclage des plastiques décolle lentement parce que la qualité des plastiques n’est pas parfaite, reconnaissent les professionnels. « Mais rappelons-nous qu’il a fallu 20 ans au papier recyclé pour arriver à ce que nous connaissons aujourd’hui ». Il y a encore des équations technologiques à résoudre. Les grands acteurs investissent à tour de bras dans la recherche et les unités-pilotes.« On sait bien recycler certains plastiques, dit Boursier  : le PET, le polyéthylène, les sacs en PET basse densité, les tubes en PVC… D’autres le sont moins, comme le polystyrène des pots de yaourt ». La technologie progresse. « Mais les producteurs d’emballages n’achèteront que si la qualité du polymère est parfaite. Par ailleurs, il faut que le plastique recyclé que si moins cher que le vierge. Actuellement, compte tenu du prix du pétrole et du gaz, le plastique vierge coûte encore moins cher ».

Le sac bleu étendu à tous les plastiques en 2019

À partir de 2019, le sac bleu PMC (cartons de boisson, canettes, bouteilles en PET, etc.) pourra accueillir tous les plastiques. C’est ce que propose Fost Plus, l’organisme chargé de la collecte et du tri de certains déchets. Le nouveau système sera étendu progressivement, en trois vagues, entre janvier 2019 et 2021. Dans un premier temps, le changement concernera 1,5 million de personnes. Les ménages pourront ainsi mettre dans le sac bleu les pots de yaourt, les barquettes alimentaires et les films plastiques. « Le sac bleu translucide ne change pas, il sera collecté en porte-à-porte une fois tous les quinze jours : le message au consommateur est simple », indique William Vermeir, directeur de Fost Plus. On espère ainsi récolter 8 kilos de déchets supplémentaires par habitant (de 14,4 kg/hab/an à 22,5 kg). Il faudra néanmoins améliorer le tri des déchets et trouver des débouchés pour le traitement des déchets une fois triés. Deux pointssur lesquels la Belgique doit encore faire des progrès. L’organisme propose une réorganisation et une mise à niveau des centres de tri afin qu’ils soient capables de séparer les différents flux et de le faire au moindre coût grâce à un volume minimal de 60.000 tonnes par an (contre environ 20.000 aujourd’hui). Résultat : le nombre de centres passerait de 10 à 5. Fost Plus reconnaît que certains centres pourraient fermer.

Selon Fost plus, le changement permettra de récolter quelque 85.000 tonnes en plus et d’en recycler 70.000. Il nécessitera des investissements supplémentaires de l’ordre de 37 millions d’euros dont 25 pour les seuls centres de tri ; 350 emplois seraient créés. Les communes, promet l’organisme, économiseraient 18 millions par an sur leurs frais d’incinération.

« On espère de la compréhension et un soutien politique », dit Vermeir. Il faudra que l’organisme persuade les Régions d’accepter son plan de déploiement par phase. L’organisme estime en outre que l’extension du sac bleu est incompatible avec l’imposition d’une consigne sur certains emballages comme les canettes. « Ce système est une fausse bonne idée qui coûterait entre 100 et 150 millions d’euros », estime Dominique Michel, directeur de Comeos, la fédération du commerce. L’idée est pourtant très en vogue en Flandre et en Wallonie. Si tout cela se met en place, dit-on chez Fost plus, la Belgique pourrait atteindre un taux de recyclage des emballages ménagers de 64 %. Chez Fost Plus, on reconnaît que les filières de recyclage des plastiques qui seront récoltés ne sont pas encore toutes matures.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+

Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

1€ pour 1 mois
J'en profite
Je suis abonné et
je dispose d'un compte
Je me connecte
1€ Accès au Soir+
pendant 24h
Je me l'offre
Je suis abonné et
je souhaite bénéficier du Soir+
Je m'inscris
A la une
Tous

En direct

Le direct