Pensions: pourquoi je manifesterai ce mardi

Michel Tonneau.
Michel Tonneau.

Cher gouvernement fédéral,

Saint-Nicolas. Père Noël. Les lettres sont de saison. Aujourd’hui, je prends donc la plume. Pour te crier la colère qui me conduira à Bruxelles, ce 19 décembre, pour dénoncer tes politiques en matière de pension. Et pour te formuler un souhait qui, si tu l’entends, améliorera le sort des pensionnés actuels et futurs.

Je travaille depuis 32 ans… à temps partiel (28 heures semaines) car la grande surface qui m’emploie n’engage pas à temps plein, sauf dans les postes de direction. Cela fait donc 32 ans que j’exerce un métier qui requiert des horaires flexibles une polyvalence et le port de charge lourde. Cerise sur le gâteau : j’ai appris récemment que je souffre d’une maladie chronique qui me fatigue et m’empêche de suivre le rythme. De nombreuses travailleuses et de nombreux travailleurs sont inquiets quant à leurs droits futurs à la pension. Ensemble, nous refusons d’être victimes de politiques qui nous sanctionneront, au terme d’une carrière bien remplie et menée tambour battant.

En effet, depuis 2014, tu prends des mesures qui réduisent nos droits en fin de carrière. Systématiquement, ta justification est la même : cela est nécessaire pour assurer notre avenir. Autrement dit, le mal que tu nous imposes aujourd’hui servirait à garantir notre bien demain ! Rassure-toi, nous ressentons bien le mal créé par tes politiques. Ce qui nous inquiète, c’est que nous ne voyons pas le bien qu’elles nous feront demain.

Une double peine

En tant que travailleurs, nous ressentons effectivement les maux que tu nous présentes comme nécessaires. Nous ressentons l’allongement des carrières dû à l’augmentation de l’âge de la pension à 67 ans. En effet, nous redoutons deux années supplémentaires à jongler entre impératifs de flexibilité, le port de charges lourdes et de vaines tentatives de concilier de nos vies privées et professionnelles. Nous ressentons aussi la diminution des possibilités de bénéficier de mesures de fin de carrière (les crédits-temps, par exemple). Nous courons parfois nous-mêmes derrière des conditions toujours plus difficiles à remplir pour pouvoir lever le pied quelques heures par semaines, à partir d’un certain âge, à la fin d’une carrière bien remplie. Nous ressentons donc bien la double peine : travailler plus longtemps, en pouvant moins aménager son temps de travail en fin de carrière.

Nous avons aussi consulté le montant de notre pension sur le site mypension.be que tu as lancé en grande pompe. Nous n’y avons pas lu un montant faramineux. Et nous avons compris que ce dernier baissera même d’ici à la fin de notre carrière. Surtout pour celles et ceux d’entre nous qui travaillent à temps partiel. Surtout pour celles et ceux d’entre nous qui connaissent des périodes de chômage sur un marché où le travail est une denrée de plus en plus rare… notamment pour les plus de 45 ans. Surtout pour celles et ceux d’entre nous qui ont le malheur d’être victimes de licenciement collectifs dont ils ne sont pas responsables. Pensons aux exemples récents de Caterpillar, AXA, ING qui t’avaient soi-disant indigné… avant que tu ne t’attaques aux droits à la pension de leurs victimes.

La débrouille

Tu le lis, nous ressentons bien les maux que tu nous imposes. Mais nous sommes inquiets car ils sont totalement inutiles. Nous sommes évidemment conscients que le nombre de pensionnés va augmenter dans les années à venir. Et nous souhaitons évidemment que tu assures à chacune et chacun le bénéficie d’une pension. Mais, la manière dont tu t’y prends est importante. Nous ne voulons pas être victimes de mesures qui tuent le patient plutôt que de soigner son mal.

Tu nous incites à toujours travailler plus, sans pouvoir lever le pied. Dans nos entreprises, des travailleuses et travailleurs à bout n’ont d’autre choix que de réduire leur temps de travail contre leur gré. Ce qui fait moins de « job, job, job » et moins de revenus à la fin du mois (et à la pension). D’autres travailleuses et travailleurs sont de plus en plus victimes d’incapacités ou de burn-out, en fin de carrière. J’imagine que ça ne doit pas vraiment arranger les comptes de la sécurité sociale. Alors que tu prétends que tes politiques de fin de carrière améliorent ses finances. Enfin, d’autres se sont résignés à accepter que « le CDI n’est plus la norme » (comme tu leur dis souvent) et jouent le jeu d’une carrière flexible, entre CDD et périodes de débrouilles. Ceux-là toucheront demain moins de pension. Ils devront sans doute travailler dans le cadre de flexi-jobs que tu viens d’ouvrir aux pensionnés, après avoir décidé de les appauvrir. Ces flexi-jobs ouverts aux personnes âgées n’amélioreront pas vraiment le sort de la collectivité, puisqu’ils occuperont l’emploi auquel des jeunes pourraient prétendre. Et que les employeurs ne payent aucune cotisation sociale sur ces emplois qui ne financent donc pas les pensions.

Aucune mesure pour remplir la caisse

Comme tu le lis, nous ressentons bien le mal que tu nous imposes, et nous comprenons bien que demain cela n’ira pas mieux. Bref, nous payons deux fois : une fois aujourd’hui en subissant des conditions de travail plus longues et difficiles et demain avec des pensions plus maigres. Tes projets, cher gouvernement, créent des pensionnés pauvres et contraints à la débrouille. Pendant ce temps, nous entendons aussi que tu ne veux pas récupérer des centaines de millions d’impôts que des multinationales ne t’ont pas payés. Alors même que la Commission européenne t’y oblige. Nous voyons que tu ne prends aucune mesure pour lutter contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale qui vident une grande partie de tes caisses. Sans compter ton opposition à taxer plus justement les plus grandes fortunes. Alors que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres d’entre nous ne cesse de se creuser. Avec les milliards que pourraient te rapporter ces mesures qui tombent sous le sens, combien pourrais-tu payer de pensions ? Pourquoi ne pas aller chercher cet argent pour donner à tout le monde une vie meilleure ?

Ce mardi 19 décembre, je manifesterai donc à Bruxelles pour te dire que je refuse que, une fois de plus, tu nous imposes des maux qui empireront nos pensions. Et je formulerai le souhait que tu cherches les moyens là où ils sont vraiment. C’est-à-dire, pas dans la poche des travailleurs qui sont à la tâche chaque jour et participent loyalement au financement des pensions que tu leur verses. Mais là où des moyens existent et où tu refuses, je ne sais pour quelle raison, d’aller les chercher.

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