L’agriculture durable racontée par la BD belge

L’agriculture durable racontée par la BD belge

En 2050, la Terre devra nourrir 9 milliards d’êtres humains. Pour qu’ils puissent tous manger à leur faim, il faut réfléchir dès aujourd’hui à de nouveaux modèles agricoles. Le système alimentaire industriel actuel est particulièrement toxique : il contribue au réchauffement climatique, il détruit les écosystèmes, il condamne les petits paysans du sud à fuir ou à devenir des rouages de l’agro-industrie… De plus en plus d’agriculteurs sont ruinés par les phénomènes climatiques extrêmes. Les inondations et les sécheresses se multiplient partout dans le monde, jusque et y compris dans notre pays.

Fondée en 1962 par le Prix Nobel de la Paix Dominique Pire, l’ONG Iles de Paix encourage des initiatives d’agriculture familiale durable en Afrique et en Amérique du Sud afin de diffuser des techniques simples, peu coûteuses, facilement reproductibles et respectueuses de l’environnement. Dans le cadre de son action d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire, Iles de Paix souhaite également mettre en avant d’autres associations belges comme Cycle en Terre, les Compagnons du Samson, le Cynorhodon… qui encouragent les initiatives d’agriculture familiale durable et écoresponsable dans notre pays.

Du mardi 26 au samedi 30 décembre, Le Soir vous propose de découvrir cinq de ces projets pilotes à travers des reportages dessinés par de grands auteurs belges. Ils n’ont pas fait œuvre militante ni pédagogique mais posé un regard libre, personnel et artistique sur les défis humains de l’agro-écologie.

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San Isidro De Visag (Pérou) avec les auteurs Jean-François et Maryse Charles

Jean-François et Maryse Charles nous emmènent dans les Andes péruviennes, où la plupart des familles tirent leurs moyens de subsistance de l’agriculture et de l’élevage, à la rencontre du couple Tomasa Sacramento et Christino Noreña. Agés d’une trentaine d’années, ils habitent le village de San Isidro De Visag.

Ces paysans n’avaient aucune connaissance en matière d’irrigation, de soins vétérinaires, de fertilisation des sols, de préservation des ressources en eau. Incapables de subvenir aux besoins de leurs trois enfants, Anita et les jumeaux, Hipolito et Roberto, Tomasa et Christino avaient dû confier l’un d’entre eux à un proche parent.

Grâce à l’intervention d’Iles de Paix, Tomasa a bénéficié de l’appui du projet « Cochon d’Inde ». Le cuy, comme on le dénomme dans les Andes, a un goût proche du lapin. Son élevage est pratiqué depuis des siècles en Amérique du Sud. Les Péruviens en consomment chaque jour. Sur les hauts plateaux pauvres et désolés, le cuy est un apport nutritif vital et son élevage est en même temps bien plus respectueux de la nature que celui des porcs ou des bovidés : parfaitement adapté à la vie en haute altitude, il n’a besoin que de luzerne et d’épluchures pour survivre.

Pour démarrer un élevage de cuys, Tomasa a reçu sept femelles, deux mâles et un encadrement technique pendant plusieurs années. La famille a également profité d’un projet pilote d’irrigation simple, économe en eau, bon marché à installer, réalisé à partir d’un petit réservoir, d’une bâche et d’un réseau de micro-asperseurs. L’irrigation permet notamment d’améliorer la production de fourrage pour les cochons d’Inde.

Extrêmement motivée, Tomasa s’est inscrite au programme de formation à l’élevage alors qu’elle n’avait jamais terminé l’école primaire. Depuis, elle donne elle-même des cours et soigne les animaux de ses voisins.

Aujourd’hui, les cochons d’Inde nourrissent la famille de Tomasa et Christino. Mieux, ils lui procurent des revenus qui ont permis à Hipolito et Roberto d’être à nouveau réunis sous le même toit. Un point d’eau potable, une toilette et une douche ont été installés dans la maison. Tomasa et Christino ont également un peu de maïs, des poules, un petit potager… Tout cela grâce à l’élevage des cuys.

Les crayons d’or de Jean-François et Maryse Charles

Par Daniel Couvreur

Jean-François et Maryse Charles ont bâti ensemble des mondes sensibles et envoûtants.
Jean-François et Maryse Charles ont bâti ensemble des mondes sensibles et envoûtants. - dominique duchesnes

Elève de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, Jean-François Charles a fait ses premières armes d’auteur de bande dessinée au journal Spirou et dans la revue Spatial, où il publie Le Bal du rat mort. Le grand public le découvre avec la fresque des Pionniers du Nouveau Monde, ceux de l’Amérique du 18e siècle, et la série Fox. Depuis la fin des années 1990, il cosigne ses albums avec son épouse, l’historienne Maryse Charles.

Ensemble, ils ont bâti le monde envoûtant de Sagamore, un voyage mélancolique dans l’architecture des contes fantastiques. Ils ont été touchés par la grâce dans la série India Dreams, une saga envoûtante aux parfums de mystères de femmes, au cœur des Indes britanniques. Dans un bunker enfoui sous les dunes de la Côte d’Opale, ils ont eu le déclic d’une autre odyssée, celle de War and Dreams, marquée du fracas de la Seconde Guerre mondiale, avant de dessiner l’horreur coloniale belge dans Africa Dreams.

Avec les Charles, le lecteur est invité à regarder l’histoire autrement, par-delà le bien ou le mal car les héros de la civilisation n’existent que dans les manuels scolaires. Habités par le désir de vivre, leurs personnages se livrent en profondeur. A l’image d’Ella Mahé, la princesse-enfant aux yeux vairons de leur série éponyme, ce sont avant tout des êtres fraternels.

Le talent délicat des Charles a été honoré par un Grand Prix Spatial, un Crayon d’or, une Bulle d’or, ainsi qu’un Grand Prix Saint-Michel et un Grand Prix Diagonale pour l’ensemble de leur œuvre.

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