2017, l’année qui ébranla Hollywood

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Jessica Chastain dans «
Le grand jeu
». L’actrice s’est engagée à porter du noir sur le tapis rouge des Golden Globes en signe de protestation contre la culture du harcèlement sexuel. ©Reporters
Jessica Chastain dans « Le grand jeu ». L’actrice s’est engagée à porter du noir sur le tapis rouge des Golden Globes en signe de protestation contre la culture du harcèlement sexuel. ©Reporters - Reporters / Capital Pictures.

On vient de vivre 365 jours de cinéma avec des hauts, des bas, 120 battements de cœur par minute, Netflix sur le tapis rouge de Cannes et de gros chagrins. On a été nombreux à signer la pétition contre la mort de Jean Rochefort mais ça n’a servi à rien. Même Johnny qu’on croyait éternel s’est barré pour l’éternité le jour de la Saint-Nicolas. Pas drôle ! Bizarre bizarre cette année 2017. Jerry Lewis, Roger Moore, Martin Landau, Jonathan Demme, John Hurt, Tobe Hooper, Claude Rich et George A. Romero ont eux aussi basculé de l’autre côté du miroir. Et Jeanne Moreau, Mireille Darc, Danielle Darrieux, Emmanuelle Riva. De belles et fortes figures de liberté nous laissaient orphelin(e)s. Une époque nous filait entre les doigts.

Et puis séisme à Hollywood ! On aurait dû s’en douter dès le début de l’année… Déjà à la cérémonie des Oscars, rien n’allait plus. Pour la première fois de son histoire, voilà qu’on se trompait de gagnant, donnant à La La Land qui caracolait en tête des nominations (14) le sacre ultime durant… trois minutes, le temps de se rendre compte de la méprise et d’ouvrir la bonne enveloppe offrant l’Oscar du meilleur film à Moonlight. Quelques mois plus tard, début octobre exactement, une enquête du New York Times puis une autre du New Yorker révélaient des rapports accablants accusant Harvey Weinstein d’agressions sexuelles durant des décennies. Le nabab était pire qu’un goujat, un redoutable prédateur usant de sa puissance pour assouvir ses fantasmes. Tout le monde savait mais personne ne le disait. Grâce à la presse, l’omerta s’arrêta net. Des dizaines d’actrices brisent le silence, des centaines de femmes balancent leur porc, le nabab qui faisait trembler tout Hollywood tombe de son piédestal, le scandale sexuel éclabousse le monde du cinéma mais pas seulement, les noms de Dustin Hoffman, Sylvester Stallone, Charlie Sheen, Ben Affleck, Matt Damon ou Russell Crowe sont cités, mais c’est la carrière de Kevin Spacey qui vole en éclats.

Depuis ce chaos, c’est le grand nettoyage avec une répercussion sur l’écurie Weinstein, sur les projets mis en veilleuse ou tout simplement annulés et une course aux Oscars chamboulée. Plus que jamais les regards vont se tourner vers les femmes. Car la femme est l’avenir du cinéma. Signe avant-coureur : un Oscar d’honneur à la plus jeune des cinéastes du monde, Agnès Varda, 89 ans, curieuse de tout, intelligemment libre, débordante d’énergie, questionnant tout, tout le temps, qui nous a offert un joyau cinématographique avec le photographe JR, Visages villages, véritable thérapie contre la morosité, le repli sur soi, la peur de vieillir et de s’accomplir. Belle leçon de vie mais aussi belle invitation à regarder le monde autrement. Car l’art est en chacun de nous.

Autre signe avant-coureur : notre interview, il y a quelques jours, avec la flamboyante actrice Jessica Chastain, très active sur les réseaux sociaux pour condamner ouvertement les actes du célèbre producteur et dénoncer le sexisme qui règne à Hollywood au point de déranger certaines personnalités du monde du cinéma qui lui ont demandé de se taire. Rencontrée dans le cadre de la sortie de son nouveau film, Le grand jeu, où elle incarne la princesse du poker Molly Bloom (en salle le 3 janvier), elle n’a pas du tout l’intention de se taire et nous confiait : « Je crois que le séisme opère, oui, mais il s’agit maintenant de s’arranger pour qu’il dure, qu’il soit efficace sur la longueur. Je crois qu’il a solidifié la parole des femmes et permis qu’elles ne craignent plus à présent, en parlant, de ne plus pouvoir travailler. L’unité va permettre, je l’espère, de rendre les relations plus plaisantes. » Et comme Meryl Streep ou Emma Stone, elle s’est engagée à porter du noir sur le tapis rouge des Golden Globes en signe de protestation contre la culture du harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma et du show-business.

Des mois interminables

Pendant ce temps, le film de Christopher Nolan Dunkerque est devenu le film sur la Seconde Guerre mondiale le plus rentable de tous les temps avec 525 millions de dollars récoltés dans le monde. Luc Besson a réalisé le film européen le plus cher à ce jour (200 millions de dollars) et La belle et la bête fut le film le plus rentable de l’année et le 10e film le plus rentable de tous les temps en rapportant plus de 1,2 milliard de dollars pour un budget de 160 millions de dollars. Côté belge, Stephan Streker avec Noces et Lucas Belvaux avec Chez nous ont dénoncé l’obscurantisme chacun à leur manière alors qu’en France, on a voyagé du rire (Rock’n’roll de Guillaume Canet) aux larmes (120 battements par minute) avec de grosses bouffées d’émotion (Au revoir là-haut, de Albert Dupontel) et la révélation d’un acteur hors du commun venu d’Argentine, Nahuel Perez Biscayart (à la fois dans 120 battements par minute et dans Au revoir là-haut). Le cinéma s’est nourri de biopics, attestant que l’Histoire est un éternel recommencement : Jackie Kennedy, Dalida, Rodin, Neruda, Karl Marx ou encore Barbara. On s’est excité sur le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, on a été déçu par Trainspotting 2, on n’a pas échappé à l’effet Star Wars VIII et on est ravi d’avoir retrouvé l’épatant ourson Paddington dans de nouvelles aventures.

Mais à l’heure du bilan, en regardant dans le rétroviseur, 2017, finalement, n’a pas été une grande année. On s’en souviendra surtout pour le côté le plus minable de l’homme. Mais comme l’a si bien dit Jean d’Ormesson – lui aussi a tiré sa révérence : « Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. » Dès début 2018, on attend les nouveaux films de Woody Allen, Steven Spielberg, Clint Eastwood, mais aussi les nouveaux Ch’tis de Dany Boon, on peut donc continuer à y croire.

Cinéma: les 10 films de l’année 2017 (vidéos)

Par Fabienne Bradfer

Cinéma: les 10 films de l’année 2017 (vidéos)

Visages Villages (Agnès Varda/JR)

> Retrouvez notre critique ici.

120 battements par minute (Robin Campillo)

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La La Land (Damien Chazelle)

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Au revoir là-haut (Albert Dupontel)

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The Square (Ruben Östlund)

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Dunkerque (Christopher Nolan)

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Barbara (Mathieu Amalric)

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Jackie (Pablo Larrain)

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Le musée des merveilles (Todd Haynes)

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Paddington 2 (Paul King)

> Retrouvez notre critique ici.

Les films attendus en 2018

Wonder Wheel (Woody Allen), le 31 janvier

The 15:17 to Paris (Clint Eastwood), le 7 février

Pentagon Papers (Spielberg), le 28 février

La Ch’tite famille (Dany Boon), le 28 février

Ready Player One (Spielberg), le 28 mars

Taxi 5 (Luc Besson), le 4 avril

Solo : A Star Wars Story (Ron Howard), le 23 mai

Jurassic World : Fallen Kingdom (Juan Antonio Bayona) le 6 juin

Mission impossible 6 (Christopher McQuarrie), le 1er août

The Fantastic Beasts 2 (David Yates), 14 novembre

Transformers 6 Bumblebee ( Travis Knight) le 26 février

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