Le bêtisier des carabistouilles 2017

D.R.
D.R.

Les carabistouilles de 2016 vous avaient plu. Reprenons donc la formule de ce bêtisier linguistique, dont les perles sont puisées çà et là dans les médias durant les douze mois écoulés.

Vu l’abondance de matière, cette chronique s’est limitée à chercher des poux au parisien Figaro qui s’interroge sur les « patois français » ; à la RTBF qui sucre certains belgicismes dans sa série « Ennemi public » ; au quotidien L’Avenir qui s’apitoie sur le râle du passé simple et… à cette chronique qui en remet une couche à propos des droits de la « personne humaine ».

La version longue de ce billet, mise en ligne sur le site du Soir, vous en dit plus sur ces carabistouilles illustrant, avec un zeste d’humour, l’adage : « Tel est pris qui croyait prendre ! »

Connaissez-vous les patois français ?

En 2016, le très parisien Figaro avait esbaudi ses lecteurs en leur demandant s’ils parlaient le « belge ». Cette année, le quotidien repasse le bol, avec une question tout aussi improbable : « Connaissez-vous les patois français ? » Diable ! L’abbé Grégoire, Jules Ferry et consorts doivent se retourner dans leur tombe. Des « patois » en France au 21e siècle, après tous les efforts consentis pour débarrasser la République de ces oripeaux de l’Ancien Régime ?

Mais de quels patois s’agit-il ? De ceux qui se sont maintenus dans ces marches réfractaires au centralisme que sont l’Alsace ou la Bretagne ? Vous n’y êtes pas… Pour Le Figaro, connaître les « patois français », c’est choisir entre wassingue et serpillière, entre poche, pochon ou sac, entre pain au chocolat et chocolatine. On est bien loin des langues régionales d’oc ou d’oïl, d’Alsace ou de Bretagne : il s’agit ici de régionalismes du français.

La sympathie du Figaro pour ces « patois », comme celle à l’égard du « belge » ou du « québécois », repose donc sur de fâcheux malentendus. Ou sur d’invétérés malentendants…

Les belgicismes, ennemis publics ?

L’affaire n’a pas pu être étouffée très longtemps. La série produite par la RTBF, Ennemi public , n’a été diffusée sur la chaîne française TF1 qu’après un discret maquillage de certaines particularités linguistiques inconnues de l’autre côté de Quiévrain. Doublez donc cesbourgmestre et nonante que je ne saurais comprendre ! Ces mots étranges affaibliraient-ils l’intensité dramatique des scènes jouées par des Belges francophones dans un environnement bien de chez nous ?

Cette péripétie permet de mieux comprendre ce que ressentent les Québécois quand leurs films sont doublés ou sous-titrés pour pouvoir être diffusés en France. Ou ce qui heurte certains Flamands lorsque la télévision néerlandaise sous-titre certaines interviews enregistrées dans le plat pays. Sur le marché linguistique, les plus influents négociants ont parfois la comprenette un peu lente.

Ce camouflage linguistique, si l’on comprend la justification émise à demi-mot par la RTBF, aurait facilité la vente de la série à TF1. Cet argument fait peu de cas de la capacité du public français à comprendre des régionalismes. Il témoigne aussi de cette sujétion atavique témoignée par une certaine Belgique francophone vis-à-vis de la France. Ne vaut-il pas mieux confirmer que « Les Belges, ça ose tout » , même en matière de langue ?

Le râle du passé simple ?

On sait que certains temps de la conjugaison française sont en voie de disparition. Le passé simple est de ceux-là, au grand dam des fans du « Il était une fois ». Une linguiste, interviewée le 16 juin dernier par L’Avenir, ne disait pas autre chose : dans la presse comme ailleurs, la proportion de passés simples est aujourd’hui proche de zéro.

Si ce constat n’a rien de surprenant, l’explication prêtée par L’avenir à cette collègue mérite le détour – et quelques « sic » pour la formulation un peu chahutée : « Dans les nouveaux médias, on est dans un registre totalement “non soutenu”, explique-t-elle. On essaie d’imiter le râle, par exemple, donc on n’utilise vraiment pas dans le passé simple. » Dont acte…

Mais que vient faire ce râle dans le paradigme des conjugaisons ? Ne soyons pas bécasses : il s’agit sans doute du dernier souffle du passé simple moribond. Mais alors pourquoi « imiter », alors que l’agonie du passé simple n’est pas de la simulation ? Vous n’y êtes pas ! L’audace rhétorique de l’interviewée est un vilain tour joué par le correcteur orthographique : il fallait comprendre : « imiter l’oral ».

Le passé simple, même à la dernière extrémité, n’a pas fini de faire parler de lui…

Les droits de la « personne humaine »

Des lectrices et des lecteurs de cette chronique m’interpellent régulièrement au sujet des coquilles découvertes dans la presse. Les faits relevés sont de gravité variable, mais ils témoignent de l’attention portée à la qualité de l’expression écrite. Le plus souvent, je me rends à l’évidence… tout en rappelant à mes correspondant∙e∙s que les journalistes exercent aujourd’hui leur métier dans des conditions qui rendent inévitables certaines mésaventures langagières.

Je le fais d’autant plus volontiers que nul n’est à l’abri de ce genre d’aléas. Y compris l’auteur de ces lignes. Ma contribution, bien involontaire, à ces carabistouilles annuelles est tirée du billet du 16 septembre dernier sur l’écriture inclusive. J’y évoquais la proposition, pour éviter l’emploi « par défaut » du masculin, de remplacer «droits de l’homme » par « droits de la personne humaine ».

Certes, je reprenais un texte cité par ailleurs, mais laisser passer un tel pléonasme m’oblige à battre ma coulpe. Et à méditer, durant la trêve des confiseurs, la formule évangélique : « Il voit la paille dans l'œil du voisin et ne voit pas la poutre dans le sien »…

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