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La pêche électrique en Europe: une pratique controversée

Pour ses détracteurs, la pratique de la pêche électrique contribue à l’effondrement des stocks de certains poissons.
Pour ses détracteurs, la pratique de la pêche électrique contribue à l’effondrement des stocks de certains poissons. - Oscar Bos.

C’est un sujet qui, osons le mot, a électrisé le Parlement européen pendant un moment. Epilogue : les eurodéputés ont voté ce mardi l’interdiction totale du recours à la pêche électrique : 402 voix contre 232. Une petite surprise. La position arrêtée ce mardi par le Parlement lui servira de base dans les négociations à venir avec le Conseil, qui rassemble les Etats membres de l’UE. Certains d’entre eux, en particulier les Pays-Bas, plaident toujours pour une autorisation sous conditions.

Pour rappel, l’affaire oppose une partie des pêcheurs – néerlandais en tête – à la plupart des organisations de protection de l’environnement ainsi qu’à la majeure partie des partis de gauche et écologistes, mais aussi à d’autres pêcheurs. S’ajoute à cela une fracture « géographique » au sein de l’Union, les Français et les Belges opposés à l’idée, les Pays-Bas et les pays nordiques plutôt acquis à sa cause.

Les Pays-Bas en première ligne

Depuis 1998, cette pratique est interdite dans les eaux européennes, comme le sont la pêche à l’explosif et celle au poison. Mais il y a dix ans, l’Europe a introduit une dérogation autorisant chaque pays de l’Union à équiper 5 % de sa flotte de pêche opérant en mer du Nord d’électrodes dont les décharges délogent les poissons du fond de l’eau. Seuls les chalutiers à perche qui traînent leur chalut sur chaque bord sont concernés par cette technique.

A l’époque, l’idée est de tester la mesure. Mais elle s’est montrée tellement efficace que les Pays-Bas, en électron libre, ont explosé le seuil des 5 %. Avec 84 bateaux disposant d’une licence, c’est désormais 30 % de la flotte néerlandaise qui pêche à l’électricité. Il s’agirait, justifie-t-on à La Haye et à la Commission, de projets « expérimentaux ». L’Allemagne dispose d’une douzaine de chalutiers « électriques », le Royaume-Uni d’une dizaine. La France n’en a aucun.

Ses partisans invoquent les avantages de la technique. Grâce à des chaluts plus légers, elle permettrait d’économiser jusqu’à 50 % de fuel (donc d’émettre moins de polluants et de CO2) ; elle limiterait les captures accessoires ; elle épargnerait les fonds marins, puisque le chalut ne racle plus le sol, mais le « survole » en capturant les poissons (soles, plies…) choqués par la décharge et se laissant attraper sans coup férir.

De l’autre côté, l’opposition fédère les défenseurs de l’environnement et les pêcheurs concurrents des Hollandais. Selon ceux-ci, la présence des pêcheurs néerlandais qui disposent d’un avantage hors norme est une atteinte à la concurrence. De plus en plus s’inquiètent de la diminution des stocks de poissons plats en mer du Nord, mais aussi d’autres poissons comme le bar et le cabillaud. Certains parlent de « désert marin » pour qualifier certaines parties de la Manche et de la Mer du nord où les Néerlandais ont sévi.

AFP.
AFP.

Une pratique qui décime la ressource ?

Les environnementalistes estiment quant à eux que la pêche électrique n’est pas aussi écologique que cela. Ils relèvent qu’elle est interdite partout ailleurs dans le monde et que même la Chine y a renoncé, considérant les dégâts qu’elle occasionne à la ressource. Selon l’organisation française Bloom qui a porté plainte contre les Pays-Bas, la décharge électrique envoyée par les électrodes est d’une puissance excessive. Elle ne fait pas la distinction entre une sole, une crevette, un ver, un requin ou un cabillaud : toutes les espèces sont touchées. « Les poissons remontés dans les chaluts montrent souvent des brûlures, des ecchymoses et des déformations du squelette consécutives à l’électrocution », ajoute-t-elle.

Les scientifiques sont interrogatifs. L’effet des décharges électriques sur l’environnement marin est méconnu. En 2006, un rapport du Comité scientifique, technique et économique de la pêche, l’organe qui conseille la Commission sur les matières halieutiques, faisait part de nombreuses inquiétudes relatives à l’effet des décharges électriques sur certaines espèces comme le cabillaud, dont la colonne vertébrale peut être brisée dans le saut de carpe provoqué par la décharge. Récemment, une étude réalisée pour l’Institut flamand de l’agriculture et de la pêche semblait apaiser ces craintes, mais s’interrogeait sur les effets pour le système immunitaire de certains vers et des crevettes. Ces incertitudes ont poussé beaucoup à demander le report du vote de ce mardi.

Pour le WWF, « aucun changement de la législation européenne ne devrait être réalisé tant que les avantages et les inconvénients de la pêche électrique ne sont pas scientifiquement établis ». Cet appel a finalement été entendu.

Les Belges à contre-courant

Michel De Muelenaere

La Belgique et ses pêcheurs sont directement concernés par le dossier de la pêche électrique. Notre pays ne dispose actuellement que de deux bateaux pratiquant « à titre expérimental » cette technique. Et encore est-ce pour la pêche à la crevette et avec des décharges d’une intensité beaucoup plus faible. Avantage : les crevettes soumises au champ électrique « sortent » littéralement du sable au passage du filet. L’utilisation de l’électricité par les pêcheurs néerlandais passe en revanche beaucoup moins bien auprès de la profession belge qui se plaint de voir diminuer les stocks de poisson. Dans le débat, la Belgique s’est opposée à l’extension de la pêche électrique en l’absence de connaissances scientifiques avérées. La position se reflétera lors du vote de nos parlementaires. Relayant les inquiétudes des petits pêcheurs, le député CD&V Tom Vandenkendelaere est partisan d’un maintien de 5 % de dérogation, mais limité dans le temps et moyennant des recherches complémentaires. Pour le Furnois Sander Loones (N-VA), on constate un effondrement de certaines espèces de poissons dans les zones où la pêche électrique est pratiquée. « Il faut interdire la pêche électrique, juge Marc Tarabella (PS). Toute autre décision amènerait à terme une désertification des fonds marins. » Pour lui et pour son groupe, la technique « fait un tort considérable à l’environnement ». Même son de cloche du côté du CDH Claude Rolin qui s’opposera à la proposition d’extension. De ce côté, on reconnaît toutefois que la grande majorité du groupe démocrate-chrétien y est favorable.

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