L’accouchement est parfois vécu comme un viol

A travers son blog « Marie accouche là », lancé en 2013 et hébergé sur le site du Monde.fr, Marie-Hélène Lahaye a joué le rôle d’une lanceuse d’alerte sur la question des violences obstétricales. Sujet pratiquement inexistant dans les médias et l’opinion publique il y a quelques années encore, les actes mal vécus ou non consentis que subissent les femmes lors de leur accouchement se sont peu à peu imposés comme une question d’actualité et de société. Cet été, la sortie de la secrétaire d’Etat française en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, affirmant que 75 % des femmes subissent une épisiotomie (le fait d’inciser le périnée de la future mère afin de faire passer le bébé plus facilement) avait suscité un tollé. Si le chiffre était inexact (elle se fondait alors sur une enquête non officielle, le taux d’épisiotomie en France étant d’un peu moins de 30 %), il avait eu le mérite de mettre en lumière une réalité jusqu’alors peu questionnée. Marie-Hélène Lahaye, juriste de formation, publie aujourd’hui un ouvrage critique et engagé sur le sujet : « Accouchement, les femmes méritent mieux ».

Les violences obstétricales ont longtemps été un non-sujet. Comment expliquez-vous que ça n’apparaisse dans le débat qu’aujourd’hui ?

Ces violences ont toujours existé. Déjà au Moyen âge, on trouve des récits de femmes qui ont mal vécu leur accouchement. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une logique de standardisation et d’industrialisation des naissances ; une sorte de système fordiste. Dès le départ de cette médicalisation à outrance, des contestations se sont exprimées mais de façon marginale, venant surtout de mouvements écologistes. Le terme de « violences obstétricales » apparaît au début des années 2000, en Amérique latine, où des mouvements féministes se sont emparés du problème. Des chercheurs, des politiques ont suivi et cela a abouti à des lois dans certains Etats d’Amérique du Sud contre les violences obstétricales, reconnues comme un type de violences faites aux femmes. Le retard de l’Europe à s’emparer de cette question est lié à l’histoire continentale. Les suffragettes se sont battues pour des droits politiques. Ensuite, avec Simone de Beauvoir et mai 68, les féministes s’opposaient à des politiques natalistes, et défendaient précisément le droit de ne pas avoir d’enfants, à travers l’IVG et la contraception. Enfin, dans les années 80-90, ce sont les recherches sur le genre qui prédominent, dont le but est de démontrer à quel point le féminin/le masculin est d’abord une construction culturelle. Or, l’accouchement semble être un sujet complètement raccroché au corps féminin. Il y avait donc toujours un autre combat prioritaire, voire en apparence contradictoire. Or, ces dernières années, des féministes, comme les Femens par exemple, ont repris possession du corps politique. Les sujets comme le harcèlement de rue, les critiques envers la pilule, replacent la question du corps au centre des luttes féministes. Les violences obstétricales s’inscrivent là-dedans.

Vous utilisez des termes très forts. Vous parlez d’« excision » pour l’épisiotomie, de « viols » pour les touchers vaginaux effectués sans le consentement de la patiente et de « tortures » pour certains actes pratiqués pendant l’accouchement… C’est de la provoc ?

L’objectif est surtout d’arriver à faire comprendre à des gens qui n’ont jamais accouché ce que c’est. Oui, il existe des femmes qui font totalement abstraction, pour qui un toucher vaginal n’a rien de traumatisant. Mais d’autres le vivent comme une intrusion continuelle sur leur corps. J’ai utilisé le mot « viol » parce qu’au départ, ce sont des copines (puis beaucoup d’autres femmes) qui ont utilisé ce terme en me racontant leur accouchement. Pour l’épisiotomie, les descriptions des séquelles se rapprochent tout de même beaucoup de celles liées à l’excision, même si à nouveau toutes les femmes ne sont pas concernées. Et puis quand on lit la définition de l’excision par l’OMS, on parle de « toute mutilation génitale qui n’est pas justifiée médicalement ». Or, de nombreuses épisiotomies ne sont pas justifiées médicalement ! La définition est la même. Pareil pour le viol. La définition légale belge est la suivante : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n’y consent pas ». Quel autre mot pour un médecin qui introduit violemment son doigt dans le vagin d’une patiente, sans l’en avertir, sans lui demander ? Derrière ce déni, il y a quelque chose de culturel : quand ce sont des noirs au fond de la brousse, ce sont des « sauvages » tandis que dans un hôpital, avec des médecins en blouse blanche, quand même, ce n’est pas pareil… Mais en réalité, on parle du même acte.

Accouchement, les femmes méritent mieux, Marie-Hélène Lahaye
; Michalon, 290 pages, 20 euros
Accouchement, les femmes méritent mieux, Marie-Hélène Lahaye ; Michalon, 290 pages, 20 euros

L’argument qu’on vous oppose souvent, notamment venant de femmes qui ont eu un accouchement avec des complications, c’est le risque de mortalité. Or, la diminution de la mortalité n’est absolument pas liée à l’arrivée des femmes à l’hôpital pour accoucher, expliquez-vous…

J’entends souvent des femmes qui sont persuadées qu’elles seraient mortes si elles n’étaient pas allées à l’hôpital. Mais c’est surtout lié au fait qu’on a déclenché ou accéléré l’accouchement, ce qui a entraîné des complications, du stress, un travail plus long, qui a poussé le gynécologue à sortir les forceps, etc. Or, de quoi les femmes mourraient-elles avant le XVIe siècle ? D’abord d’infections. Les femmes accouchaient, tout allait bien puis deux jours plus tard, elles souffraient de fortes fièvres et mourraient d’une sorte de mal mystérieux. Et c’était encore davantage le cas à l’hôpital. On ne comprenait pas pourquoi. Jusqu’à ce que le docteur Semmelweis découvre que c’étaient les médecins eux-mêmes qui transmettaient le germe de cette fièvre, puisqu’ils manipulaient des cadavres, des malades puis les femmes qui accouchaient, sans se laver les mains. Un peu plus tard, Pasteur découvre la théorie microbienne et on commence à se laver les mains, à désinfecter, etc. Une autre chose qui tuait les femmes, c’était les conditions de vie. Au XIXe siècle, une adolescente travaillait douze heures par jour, dans des usines avec des produits chimiques, sans aucune fenêtre ; elle ne mangeait que des pommes de terre. Bref, elle ne se développait pas du tout comme on se développe aujourd’hui, elle n’avait pas la même résistance. Deuxième moment important, juste après la Seconde guerre mondiale : on découvre les antibiotiques. Ce sont vraiment eux qui sauvent les femmes, avec les progrès dans les transfusions sanguines également. Or, ce n’est que 15 ans plus tard que l’accouchement à l’hôpital se généralise. Tout y est beau, propre, désinfecté, perçu comme moderne. Les gens font donc la confusion : ils considèrent que c’est l’obstétrique qui a sauvé les femmes, sans connaître les réelles causes de la mortalité des siècles passés. Certes, des facteurs comme le suivi de la grossesse, qui permet de détecter les risques d’hypertension, ou la légalisation de l’IVG ont eu un impact. Mais, depuis le milieu des années 70, le taux de mortalité lors des accouchements n’a plus bougé. Alors qu’on a connu une explosion des actes médicaux sur les femmes qui accouchent.

La charge à l’encontre des praticiens est très lourde : vous dites à plusieurs reprises qu’il y a chez eux un mépris de la femme qui accouche, qu’ils considèrent les femmes comme des « sombres idiotes », « des êtres futiles qui choisissent les conditions de la naissance avec la même légèreté que leur robe de soirée ou la couleur de leur vernis à ongle » (sic). N’est-ce pas un sévère procès d’intention ?

Je n’attaque pas les individus, j’attaque un système de pensée. Bien sûr, beaucoup de gynécologues sont des personnes intelligentes. Mais, de façon générale, même les plus ouverts sont quand même très méfiants, quand une femme vient avec une idée très précise sur la façon dont elle veut accoucher. Ils y opposent directement le protocole, les risques, etc. Peu de gynécologues accepteraient de rester à distance, dans un coin de la pièce et de n’intervenir qu’en cas de problème. Ce mépris est très fort, mais il n’est pas forcément conscient. Evidemment, ils ne se lèvent pas le matin en se disant que toutes les femmes sont connes, mais l’idée qu’une femme a la compétence intrinsèque d’accoucher et de décider par elle-même est loin d’être acquise. Je l’écris de façon provocante, mais le fond est le même.

L’accouchement serait-il le seul point aveugle du droit des femmes à disposer de leur corps ?

Certainement. Et c’est la même chose avec la grossesse. Quand on lit les interdits sur la grossesse, c’est absolument intenable si on respecte tout à la lettre ! Ce qui est marquant, c’est de voir qu’il s’agit exactement des interdits imposés à toutes les femmes du XIXe siècle. Elles ne pouvaient pas boire, ni fumer, etc. Ces interdits, en réalité des interdits moraux, se concentrent désormais sur les femmes enceintes. Or, pour l’alcool par exemple, boire un verre de temps en temps, ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est de boire tous les jours deux verres d’alcool ou de se saouler le week-end. Mais un verre de champagne au Nouvel An n’a aucun impact sur le fœtus.

L’argument général opposé à vos revendications relève du principe de précaution : ces interventions permettent de prévenir une série de risques et de se prémunir d’éventuelles poursuites en cas de problèmes. Non recevable, pour vous ?

Tout repose sur cet éternel fantasme du risque zéro. Mais dans la vie courante, on ne réfléchit pas en termes de risques. Quand vous partez en vacances, vous choisissez votre destination sur base de critères qui vous sont propres – la mer, la montagne, etc. – pas sur le taux de criminalité. Quand vous choisissez de vous déplacer en avion, en train, en voiture, vous ne tenez pas compte de critères de risques. On ne prend pas le critère absolu du risque zéro pour tous les choix qu’on fait, sinon la vie n’aurait plus de sens. A l’inverse, pour l’accouchement, les médecins ne raisonnent qu’en termes de risques et de statistiques : parce qu’un acte diminue les risques de 0,01 %, on change tout et on automatise. Personnellement, je m’en fous d’un risque de 0,01 % : je veux qu’on me laisse accoucher tranquillement. Cette notion de risque zéro est aussi une question de genre. Chez les hommes, le risque est encouragé, valorisé, car il est associé à la masculinité. Comme on ne tolère pas que les femmes prennent des risques, on juge légitime d’imposer cet absolu du risque zéro.

Vous citez énormément d’études. La littérature est-elle pour autant unanime ?

Il y a différents types d’études. Je me sers surtout des études Cochran, à savoir les compilations de toute la littérature existante sur un sujet. Toutes les méthodologies y sont analysées, certaines études sont écartées car considérées comme non fiables, puis des conclusions sont tirées. C’est le plus haut niveau scientifique. Ce qui me frappe, c’est que depuis que je tiens mon blog, aucun médecin n’est venu me contester avec d’autres études. Aucun. Ils ne viennent qu’avec des accusations qui relèvent de l’émotionnel : « Vous voulez tuer les femmes et enfants ! », « vous êtes dangereuse ! », « vous ne vous rendez pas compte le boulot qu’on fait, on passe notre vie à sauver des femmes et vous nous critiquez ! ».

Qu’espérez-vous susciter avec ce livre ?

Le but du livre est de toucher l’opinion publique au sens large, c’est-à-dire au-delà des personnes présentes sur internet, sur mon blog. J’espère mobiliser une forme de citoyenneté pour que ça devienne une question de société. Pour moi, il y a quatre enjeux. La première chose est d’informer les femmes sur le fonctionnement de l’accouchement. Ensuite, elles doivent être considérées comme des sujets de droits et leur consentement doit être respecté à l’hôpital également, comme c’est censé être le cas pour tout patient sur qui est pratiqué un acte médical. Enfin, il faut pouvoir garantir aux mères le choix de leur accouchement. Certaines préfèrent évidemment accoucher dans un environnement très médicalisé, car ça les rassure. Mais les autres doivent pouvoir choisir également.

Chiffres

20 %

C’est le taux moyen d’accouchements par césarienne

en Belgique, soit une naissance sur cinq.

47 %

C’est en Flandre qu’on trouve le taux le plus élevé d’épisiotomies. Ce taux est par contre de 25 % en Région bruxelloise, et de 29 % côté wallon. L’OMS recommande un taux à 10 %.

31 %

Près d’un tiers des accouchements sont déclenchés en Wallonie. C’est un peu plus qu’à Bruxelles (29 %) ou en Flandre (24 %).

Des pratiques questionnées et une nouvelle génération plus sensible

Le Professeur Pierre Bernard nuance. © D.R.
Le Professeur Pierre Bernard nuance. © D.R. - D.R.

La charge de Marie-Hélène Lahaye paraît lourde, et, pour certains, excessive à l’encontre du monde médical. Comme souvent, le débat est cependant moins incendiaire qu’en France. Ce mercredi, le journal Le Monde a d’ailleurs sorti les résultats d’une vaste enquête sur la médicalisation de l’accouchement, qui révèle à nouveau, pour l’année 2016, des taux de péridurales, d’épisiotomies et de césariennes élevés. Pour autant, la surmédiatisation de ce qui est désormais régulièrement qualifié de « violences obstétricales » étonne. « Tout cela nous semble un peu à contretemps, entame le Professeur Pierre Bernard, chef du service « obstétrique » aux cliniques Saint-Luc. On dénonce aujourd’hui des choses qui avaient lieu de façon systématique il y a 20 ans, à une époque où les médecins étaient nettement plus paternalistes. Certes, il y a des cas graves, des actes anormaux de la part de certains individus (propos ou actes déplacés), mais ils sont rares. Parler de “violences obstétricales” pour toute une série d’actes posés alors qu’ils sont nécessaires, c’est exagéré. » Ce professeur, qui est aussi directeur du groupe de travail « périnatalité » au sein du Groupement des Gynécologues Obstétriciens de Langue Française de Belgique, souligne quant à lui la diminution des taux de certains actes. Ainsi, on ne pratique plus d’épisiotomie de façon systématique, explique-t-il. Le taux de césarienne a fortement diminué et est désormais stable autour de 20 % depuis 5 à 6 ans. « Le taux idéal devrait être de 15 %. Nous avons effectué des analyses sur 8.000 césariennes et il ressort en effet que 5 à 6 % de ces interventions sont discutables. »

« J’ai déjà eu envie de vomir face à certains actes barbares »

Mais les voix discordantes existent également. Karine (prénom d’emprunt) a été sage-femme dans un grand hôpital belge pendant vingt ans, avant de se mettre à son compte il y a peu. « J’ai l’impression d’avoir assisté à plus de viols dans ma vie que n’importe qui. Quand un gynéco enfonce son poing dans le vagin d’une femme qui vient juste d’accoucher pour lui retirer le placenta, pour aller plus vite alors que la “délivrance” se fait naturellement au bout d’une demi-heure, c’est terrible. Je peux vous assurer que sur ma carrière, j’ai déjà eu plusieurs fois envie de vomir face à des agissements barbares. » La sage-femme égrène les souvenirs : médecins ou sages-femmes qui poussent violemment sur le ventre d’une femme (sans explications), épisiotomies systématiques parce qu’on ne veut pas attendre, touchers vaginaux brutaux, césariennes à vif, etc. Or, beaucoup d’interventions seraient non justifiées à ses yeux. Pour la sage-femme, le problème vient surtout du « pouvoir » du médecin, peu remis en question, et du mépris de certains d’entre eux. Dans la façon de s’adresser aux futures mères, notamment. « Ne faites pas l’enfant » à une femme qui crie pendant son accouchement ; « faites-la taire » à l’équipe soignante. Autant de phrases qui lui restent dans la tête.

« Un accouchement peut déclencher des stress post-traumatiques »

Pour Sonia Zeghli, les gynécologues devraient être conscients du caractère traumatique que peut avoir un accouchement. En tant que psychologue à la clinique du périnée au CHU Saint-Pierre, elle a en effet déjà accompagné des mamans atteintes d’un stress post-traumatique lié à leur accouchement : « Sur trois ans, j’en ai accompagné cinq ou six, ce n’est pas énorme. Pour la plupart d’entre elles, il y avait eu des gestes techniques en urgence, parfois mal expliqués, mal compris. Ce n’est jamais intentionnel de la part des médecins – d’ailleurs, souvent elles n’en veulent pas à leur gynécologue et ce sont même eux qui m’envoient leurs patientes –, mais l’accouchement est si douloureux qu’il s’inscrit dans une mémoire traumatique. Le vécu de la personne est un vécu d’agression. » La plupart des femmes, même dans des situations compliquées, ne déclenchent pas de traumatisme. Cela dépend de beaucoup de facteurs, y compris individuels. Mais la psychologue plaide, elle, pour que les futurs gynécologues soient informés de cette possibilité de stress post-traumatique lié à un accouchement. Qu’ils puissent le détecter, qu’ils évitent de le banaliser. Et que, de façon générale, ils informent et communiquent davantage avec leurs patientes.

Le Professeur Pierre Bernard l’admet : « Le corps médical doit mieux communiquer avec les patientes. Sans doute qu’on n’explique pas assez, nous devons faire notre mea culpa. Mais doit-on pour autant faire l’inventaire complet à chaque patiente de tout ce qui peut leur arriver pendant leur accouchement ? Il faut surtout installer la confiance, faire en sorte que les patientes soient convaincues qu’on ne fait pas des actes “violents” quand ce n’est pas nécessaire. » En réalité, c’est une vision de la médecine aux antipodes de celle développée par Marie-Hélène Lahaye ou d’autres militantes que défend le Professeur. « Personnellement, je suis partisan de tendre vers le risque zéro. Faut-il imposer une perfusion à toutes les patientes si cela permet d’en sauver une sur cent, comme on commence à le faire pour éviter des hémorragies de la délivrance ? Pour moi, oui. De la même façon, sans doute qu’on surveille un peu trop les patientes et que pour une majorité d’entre elles, ce n’est pas nécessaire. Mais on ne doit pas louper le moment où il faut intervenir. »

Une jeune génération plus sensibilisée

Karine, aujourd’hui sage-femme indépendante, a finalement jeté l’éponge après un burn out et une réduction d’effectifs : « On veut faire de l’hôpital une entreprise commerciale ; il fallait faire du chiffre. Je ne pouvais plus. J’ai pensé que je pourrais changer le système de l’intérieur mais faire la révolution est impossible… » Comme la plupart de nos interlocuteurs, elle reconnaît cependant que la jeune génération semble nettement plus sensibilisée : « Il y a encore dix ans, c’était la cata. Mais je vois bien que les jeunes sont plus attentifs. Certains sont aussi traumatisés par les agissements de leurs maîtres de stage. Ils ne veulent pas ressembler à ces anciens médecins ! » Laura (prénom d’emprunt), assistante en 2e année, confirme cet écart de générations : « En ce qui concerne l’épisiotomie, par exemple, c’est clair des gynécologues plus anciens la pratiquent par automatisme, parce qu’on leur a appris que c’était toujours mieux que des déchirures. Même si des nouvelles études disent le contraire. » La jeune fille a d’ailleurs été très surprise de la prévalence de cette intervention après un stage au Luxembourg… où cette incision du périnée n’est presque jamais pratiquée. « En tant qu’assistante, c’est parfois un peu frustrant. On ne veut pas que le gynécologue coupe. Mais bon, il faut suivre le patron… » Pour autant, l’assistante estime que la question des « violences obstétricales » est surmédiatisée et exagérée. « Bien sûr, certains gynécologues font moins attention que d’autres, mais dans tous les cas, la volonté est toujours que ça se passe au mieux. » Les futures mères d’aujourd’hui sont également mieux informées. Ce qui n’arrange pas toujours les soignants : « ce n’est pas toujours agréable, glisse Laura. On sait quand même ce qui est bien pour l’enfant et la mère. Mais on essaie d’écouter les gens, de respecter les projets de naissance. Il y a discussion. » Même son de cloche du côté du Professeur Bernard. Aux cliniques Saint-Luc, on tente de plus en plus d’expliquer et de dédramatiser ce qui se passe lors de l’accouchement. Les femmes enceintes sont par exemple invitées à prendre au moins un rendez-vous avec une sage-femme durant leur grossesse. S’il juge les attaques disproportionnées, le Professeur estime quand même que la médiatisation des dites « violences obstétricales » a du bon : « Il est toujours bon de remettre nos pratiques en question. »

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