Jeux olympiques: la Belgique est-elle devenue un pays de sports d’hiver?

La piste de ski indoor Aspen, à Wilrijk, est l’une des trois qui existent en Belgique. Un endroit idéal pour les débutants. @Sylvain Piraux
La piste de ski indoor Aspen, à Wilrijk, est l’une des trois qui existent en Belgique. Un endroit idéal pour les débutants. @Sylvain Piraux

O n n’a pas besoin de montagnes pour ramener une médaille » Tel était, il y a quatre ans, le slogan volontairement provocateur du Comité olympique et interfédéral belge (COIB) avant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, soutenu par un clip dans lequel on voyait les snowboarders noir-jaune-rouge dévaler un terril sur fond de « Plat pays » de Jacques Brel. Un slogan à peine modifié pour Pyeongchang puisque c’est « Nous n’avons pas besoin de montagnes pour atteindre les sommets, nous avons besoin de supporters » que le COIB affiche désormais à la fin du même mini-film.

Si de médailles il n’y en a pas eu en 2014, les sommets, en termes de nombre de sélectionnés en tout cas, ont, eux, été atteints pour cette édition des JO 2018. Avec 21 athlètes (plus une réserviste en bobsleigh) venus de 9 disciplines différentes (biathlon, bobsleigh, patinage artistique, patinage de vitesse, short-track, skeleton, ski alpin, ski nordique et snowboard), c’est tout simplement la plus grosse délégation depuis 1936 que le COIB va envoyer en Corée du Sud. Un record pour l’après-guerre qui mérite que l’on s’attarde sur la situation des sports d’hiver en Belgique et les vraies raisons de cette embellie.

Des critères moins sévères et un programme alourdi

En décidant logiquement d’adopter la même philosophie que pour les Jeux d’été et d’assouplir ses critères de sélection en se référant désormais à ceux des différentes fédérations internationales, le COIB a grandement favorisé une « ouverture des vannes ». Certains athlètes qui font aujourd’hui partie de la délégation à Pyeongchang n’y seraient jamais arrivés avec les critères de Sotchi, il y a quatre ans ; en Russie, le Team Belgium ne comptait d’ailleurs que 7 sélectionnés. D’aucuns affirment que cette mesure moins exigeante fait baisser le niveau, d’autres qu’elle offre plus d’espoirs et de motivation aux athlètes qui entrevoient une compétition à laquelle il leur était interdit de rêver jusque-là. A Rio, en tout cas, elle a permis de récolter le meilleur bilan de l’après-guerre aux Jeux d’été, avec notamment 6 médailles, deux de chaque métal !

L’augmentation du nombre d’épreuves aux JO d’hiver depuis ceux de Calgary, en 1988, a également aidé à faire grimper le nombre de qualifiés. Soucieux de les dynamiser et, surtout, d’attirer le regard d’un public plus jeune, le CIO n’a eu de cesse d’ajouter des nouveaux sports et des disciplines fun et spectaculaires ces trente dernières années. En 1984, à Sarajevo, on ne distribuait que 39 médailles d’or ; quatre ans plus tard, on passait à 46 pour ne plus s’arrêter. A Pyeongchang, il y aura 102 épreuves dans les 15 sports répertoriés au programme. Cela ouvre des perspectives.

Une progression médiatique… en Flandre

Ne pas avoir de tradition ne veut pas nécessairement dire ne pas avoir de vedettes – ne parlons pas encore de stars ! – qui peuvent susciter d’éventuelles vocations. Si, au sud du pays, la grosse majorité des sélectionnés olympiques pour Pyeongchang restent d’illustres inconnus et leur discipline tout autant, en Flandre, c’est moins le cas. La formidable aventure du bobsleigh féminin, par exemple, une initiative privée à la base, est née peu avant 2010 par le biais d’une émission de téléréalité baptisée « Opération Vancouver » où on recrutait des sportives de tous horizons dans l’espoir un peu fou de se qualifier pour les JO. Ce qui pouvait apparaître au départ comme une gentille blague a pris du corps, les athlètes, parmi lesquelles la pilote Elfje Willemsen est la dernière « survivante » de l’époque, sont entrées dans de nombreux foyers du nord du pays et aujourd’hui, pour la troisième olympiade consécutive, la qualification est au bout du chemin, cette fois avec deux bobs !

Le snowboarder Seppe Smits, qui sera le porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture, jouit, lui aussi, d’une petite popularité en Flandre, où il incarne à merveille cette génération passionnée par les sports de glisse. Il n’est pas qu’un garçon hypercool et adorable, pour lequel, en 2012, on avait même mis sur pied une épreuve de big air sur les bords de l’Escaut, à Anvers, il est aussi un crack dans sa discipline puisqu’il est champion du monde en titre en slopestyle. Une performance qui lui a valu de recevoir, il y a quelques semaines, le « Sportjuweel », l’équivalent flamand du Trophée national du Mérite sportif, preuve qu’il est un athlète qui compte comme les autres au nord du pays.

Enfin, le patineur de vitesse (et patineur en ligne en été) Bart Swings, malgré sa discrétion, est également un « household name » en Flandre. Parce qu’il pratique un sport dont les télés néerlandaises ne loupent aucun moment ? Peut-être !

Des communautés qui aident

Selon le recensement que nous avons effectué, l’ensemble des fédérations de sports d’hiver en Belgique, souvent microscopiques, ne comptent qu’un peu plus de… 7.300 membres, dont près de la moitié provient de celle de ski. Difficile, donc, avec un aussi petit réservoir, de faire des miracles. Pas question, pourtant, pour les pouvoirs publics, de faire de différence avec les sports d’été, du moins dans les fédérations qui se sont scindées pour bénéficier de subsides. L’an dernier, c’est plus d’1,5 million d’euros en aides diverses qu’ils ont investi pour les sports d’hiver via les plans programme, qui permettent notamment d’engager des entraîneurs étrangers au know-how incontestable, ou le projet Be Gold d’aide aux jeunes talents, sans oublier les 11 contrats pour les élites.

« Même si, pour les sports d’hiver, le chemin vers le haut niveau est sans doute beaucoup plus compliqué parce qu’il y a des impondérables comme l’absence de montagnes, le peu d’enneigement ces dernières années ou le gros déficit en matières de patinoires – mais nous devons d’abord régler le problème des piscines… –, un athlète de talent sera toujours aidé », indique Jean-Michel Garin, directeur du Sport de haut niveau à l’Adeps. « Il n’y a aucune discrimination. »

Si le sud du pays, qui n’enverra qu’un représentant aux JO – le Français naturalisé Florent Claude – semble toutefois parfois « attentiste », à l’exception du ski, où un vrai système de détection et d’encadrement a été mis en place avec l’ex-athlète Karen Persyn à la tête de sa direction technique, ce n’est pas le cas au nord. On y a décidé depuis une dizaine d’années de jouer résolument la carte des disciplines hivernales et de dégager des gros moyens, notamment pour soutenir un projet lancé à l’époque par le DT de la Fédération des sports de neige, Tom Coeckelberghs (qui a aujourd’hui rejoint la cellule Sport de haut niveau du COIB), s’appuyant sur un sport-études à Wilrijk.

« C’est de là qu’est notamment sorti Seppe Smits », précise Pol Rowe, directeur général de Sport Vlaanderen. « Au départ, il était seul à son niveau, il a servi d’exemple et aujourd’hui, il y a trois snowboarders à Pyeongchang, dont un médaillable (Smits) et un candidat à un top 8 (De Buck).Ce n’est pas un hasard. »

Le bobsleigh, le patinage artistique et de vitesse, le skeleton, le short-track sont autant d’autres sports dans lesquels la Flandre investit… et obtient des résultats intéressants. L’idée est de la jouer « malin » dans des disciplines de niche et de toujours espérer un oiseau rare en ski, sport que pratiquent, certes en touristes, entre 640.000 et 730.000 Belges (parfois plusieurs fois) par an selon des statistiques d’Atout France, l’agence de développement touristique de l’Hexagone.

« Pour moi, dit encore Pol Rowe, l’argument du manque de montagnes ne tient pas ; nos spécialistes de voile sont autant partis aux quatre coins du monde pour s’entraîner que nos skieurs. Et puis, la moitié des disciplines se passent sur la glace, que nous avons, elle. Ce qu’il nous faut, ce sont des athlètes talentueux et passionnés. Il y a des médailles à gagner aux Jeux d’hiver, qui sont plus petits et moins courus que ceux d’été. »

Le COIB n’est pas en reste. En mai 2017, à l’instar de ce qu’il fait depuis un quart de siècle pour les sélectionnés pour les JO d’été, il a organisé pour la première fois un stage multidisciplinaire pour le Team Belgium d’hiver à Rio Maior, au Portugal. « Nous n’avons jamais eu de budget de préparation aussi important pour les JO d’hiver que pour cette édition-ci », affirme Philippe Préat, membre de la direction technique à l’avenue de Bouchout.

Le déséquilibre des infrastructures

Si, sur le plan du relief naturel et du climat, on l’a dit, la Belgique ne peut pas rivaliser avec les pays où la montagne est belle, elle tente de contourner la difficulté avec ses infrastructures. Mais, là encore, la différence est flagrante entre la Flandre et la Wallonie, avec 13 patinoires et 2 pistes de ski couvertes pour la première et 3 patinoires (plus 1 à Bruxelles mais réservée au grand public et aux écoles et donc sans club) et 1 piste de ski couverte pour la seconde. Un grand écart qui pourrait encore s’amplifier si un projet de piste de patinage de vitesse de 400 m devait voir le jour à Bruges.

« C’est un vrai problème », souligne Christian Pieman, le président de la Fédération francophone de patinage artistique. « Nous avons perdu ces dernières années la patinoire de Forest-National, où les propriétaires ont déposé le bilan, et celle de Jambes, gérée par l’Adeps et fermée depuis 2012 pour des questions de sécurité et parce qu’elle était trop énergivore. Sa transformation/reconstruction que nous espérons pour 2020 ou 2021 pourrait redynamiser notre fédération car cela permettrait d’y organiser un sport-études. Actuellement, les jeunes qui ont envie de s’investir doivent partir à l’étranger et ça coûte un pont aux parents. »

Ne pas pouvoir compter sur une patinoire gérée par la communauté, comme il y en a en Flandre à Hasselt, Liedekerke et Herentals, est un vrai problème pour la promotion du sport.

« La dernière fois que nous avons organisé les championnats de Belgique, il y a trois ans, à Liège, nous avons dû payer 2.300 euros pour la location de la patinoire, précise encore Christian Pieman, ce qui est lourd pour une fédération comme la nôtre. Nous aurions voulu le refaire en 2019, mais, comme on nous demandait cette fois 6.500 euros pour deux jours, nous avons renoncé… »

C’est donc en Flandre que ce « national » se déroulera. En espérant que les patineurs francophones y seront plus nombreux que l’an dernier, à Liedekerke, où ils avaient été moins de 10 à se déplacer…

Et si le curling était la prochaine équipe?

Ph. V.W.

À considérer que le bobsleigh n’en est pas vraiment un, il faut remonter à 1936, à Garmisch-Partenkirchen, pour retrouver la trace d’un sport d’équipe dans une délégation belge aux JO d’hiver avec la dernière apparition de la sélection nationale de hockey sur glace. Celle-ci avait également pris part aux JO de 1924, à Chamonix, de 1928, à Saint-Moritz… et de 1920, à Anvers, où la discipline avait figuré, pour la première et dernière fois, au programme des Jeux d’été.

À l’instar de ce que l’on vit aux JO d’été depuis 2008 avec le retour du football et, surtout, du hockey sur gazon, qui s’est pérennisé jusqu’à décrocher une médaille grâce à son équipe masculine en 2016, à Rio, reverra-t-on également un sport collectif au sein du Team Belgium d’hiver, dans quatre ans, à Pékin ? C’est, en tout cas, l’ambition affichée par Chris van Rosmalen, le président de l’Association belge de curling (1), ce sport qui peut être assimilé à de la pétanque sur glace, et ce, en dépit d’un retard à l’allumage et de la longue route qu’il reste à accomplir pour arriver jusqu’en Chine !

L’équipe nationale de curling compte bien accéder à la promotion dans le groupe B du championnat d’Europe, cette année.

Trois clubs, 83 membres

« Notre fédération, dans sa version actuelle, n’existe que depuis 2005, explique-t-il, la précédente, fondée en 1987, ayant dû mettre la clé sous le paillasson. Mais nous sommes ambitieux, surtout depuis l’ouverture, en septembre dernier, d’une patinoire entièrement dédiée à notre sport, avec trois aires de jeu, à Zemst. Cela devrait nous permettre de grandir ! »

Avec, à l’heure actuelle, 3 clubs situés à Zemst, Gand et Turnhout pour un total de 83 membres, le curling belge ne peut, effectivement, que progresser, ce qu’il a déjà fait ces derniers mois.

« On a longtemps tourné autour de 20 à 30 membres, donc, cela va mieux !, ajoute van Rosmalen. Et notre objectif est de finir l’année avec une centaine d’affiliés. »

Objectif « B »

En dépit de ces chiffres confidentiels, il existe deux équipes nationales belges de curling, l’une masculine, l’autre féminine, baptisées les « Red Rocks », respectivement 33e et 38e au ranking mondial, très loin des nations phares que sont la Suède, la Norvège, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse, les États-Unis ou le Canada ; et le projet de composer une équipe mixte est dans les cartons. En avril, les deux formations principales disputeront les championnats d’Europe C à Copenhague, avec l’espoir d’être promues en « B ».

« C’est surtout vrai pour l’équipe masculine, qui a une expérience de cinq ans derrière elle, insiste le président. Rejoindre, à terme, le groupe A pour pouvoir ensuite disputer les championnats du monde où on distribue les points pour la qualification olympique est la voie à suivre si on veut aller à Pékin en 2022. Si la promotion en “B” ne sera pas encore une obligation cette année-ci, elle le sera l’an prochain. »

Une ambition qui nécessitera sans doute plus de moyens que ceux dont dispose à l’heure actuelle l’Association belge de curling qui, de par son caractère national, ne peut pas compter sur des subsides publics.

« Notre budget, c’est vrai, est très limité, reconnaît Chris van Rosmalen. Notre action, au sein du comité, est du pur bénévolat. Mais nous essayons de monter un plan sponsoring pour essayer d’avoir des moyens plus importants qui pourraient nous permettre, notamment, de payer un entraîneur étranger. Jusqu’à présent, nous avons dû nous contenter de quelques coachs néerlandais de bonne volonté qui nous ont aidés gracieusement lors de l’un ou l’autre tournoi… »

Comme quoi, il y a du boulot !

(1) www.belgiumcurling.be

Hockey: les Bulldogs cherchent des os à ronger

Ph. V.W.

Ce samedi soir, à domicile qui plus est, à la patinoire de la Médiacité, les Bulldogs de Liège tenteront de remporter la Coupe de Belgique de hockey sur glace face à leurs éternels rivaux de Herentals. Une aubaine que cette organisation à domicile puisque selon Charles Delbrassine, le vice-président et « team manager » du club, on attend 1.700 personnes, « ce qui fera du bien à la trésorerie ».

Là, dans le principal club du sud du pays comme ailleurs, l’argent reste forcément le nerf de la guerre pour tenter de survivre. Avec leurs 190 membres, leur école de hockey, leurs équipes d’âge à partir des U8, leur section sport-études à l’Athénée de Liège, leur équipe féminine et leur équipe « A » qui milite en Beneleague, championnat qui regroupe 12 équipes néerlandaises et 4 équipes belges, les Bulldogs ont besoin de temps pour s’entraîner ; et le « temps de glace » en hockey coûte cher quand on évolue dans des installations privées.

« Pour les 20 heures/semaine dont nous bénéficions, cela nous coûte bon an mal an 10.000 euros de location par mois ! », avoue Delbrassine.

Les Bulldogs ont d’autres frais incompressibles comme le salaire de leurs deux « imports » canadiens et de leur entraîneur américain « qui tire tous nos gars vers le haut », sans oublier les déplacements, dont certains, comme à Heerenveen ou Groningue, sont loin d’être à côté de la porte.

« Sans nos sponsors et les cotisations élevées de nos membres – entre 400 et 500 euros annuels –, nous ne nous en sortirions pas, précise Delbrassine. Nous ne pouvons même pas compter sur les recettes de la buvette, qui est gérée par un privé, pas plus que sur celles du parking… qui est payant même pour nos joueurs. De plus, celui-ci ferme plusieurs jours de la semaine à minuit, l’heure à laquelle certains de nos entraînements se terminent, ce qui nous oblige parfois à aller bouger les voitures en catastrophe ! »

Non, la vie de pratiquant d’un sport d’hiver, en Belgique, n’est pas toujours un long fleuve (de glace) tranquille…

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