Recyclage: la Wallonie peut devenir «la poubelle du monde»

La fermeture du marché chinois à l’importation de nombreux déchets, dont les plastiques, oblige à une nouvelle politique, y compris en Wallonie.
La fermeture du marché chinois à l’importation de nombreux déchets, dont les plastiques, oblige à une nouvelle politique, y compris en Wallonie. - Valérie Aadms-Beghain.

Cela fait un moment que le petit monde des déchets est arrivé à proximité du point d’ébullition. L’objet du délit flotte à la surface et au fond des mers, traîne dans les branches des arbres, gît dans les caniveaux. Le plastique est au cœur d’une bataille qui devrait encore durer des années. Mais c’est dès aujourd’hui que chacun se positionne. Malgré sa taille réduite, la Wallonie veut participer au bal. L’enjeu : changer, à tous les étages d’une longue filière, le design, la fabrication, la collecte, le tri et le recyclage du plastique afin de réinjecter celui-ci dans des nouveaux produits. Une économie circulaire qui est loin de l’être aujourd’hui. Sur 50 millions de tonnes de plastiques produites en Europe, à peine 7 % viennent de polymères recyclés (moins de 20 % en Région wallonne).

La Commission a fait parler la poudre : en décembre 2017, un nouvel objectif de 55 % de recyclage des déchets d’emballages plastiques d’ici à 2030 a été fixé. Elle a ensuite annoncé que tous les plastiques sur le marché européen devront être totalement recyclables d’ici à 2030. Ce qui ne veut pas encore dire qu’ils seront recyclés…

L’exécutif européen réfléchit enfin sur les plastiques à usage unique (cotons-tiges, mégots de cigarettes, etc.) et sur les engins de pêche. Il devrait prochainement faire des propositions : interdiction pour certains, restriction pour d’autres…

Coup de massue chinois

Dans ce contexte, un coup de massue est venu déstabiliser le marché : la fermeture du marché chinois à l’importation de nombreux déchets, dont les plastiques. Résultat : les pays européens qui exportaient leurs déchets vers la Chine se retrouvent avec des milliers de tonnes sur les bras ; à recycler ou à brûler. La Belgique fait partie du lot. Selon l’association européenne des recycleurs de plastiques, notre pays a exporté 183.000 tonnes de plastiques (surtout du polyéthylène) vers la Chine en 2016. Résultat de la fermeture du marché chinois : ceux qui étaient payés pour vendre leurs déchets plastiques aux recycleurs doivent désormais payer pour que leur marchandise soit prise.

Ces évolutions bousculent le monde des déchets en Belgique. D’autant que l’élargissement du sac bleu PMC à partir de 2019 à tous les plastiques apporte sa dose de nouveauté. Le contenu du sac PMC « moyen » passerait ainsi de 15 à 24 kg/hab./an. Il va falloir améliorer les centres de tri et organiser une filière de recyclage en aval. Les projets foisonnent. Un nouveau centre de tri verra le jour en 2019 près de Mons ; il sera capable de trier 15 filières différentes, 27.000 tonnes par an. A Charleroi, l’« optimisation » du centre de tri Valtris (22.000 tonnes/an) permettrait de trier le contenu du sac bleu nouvelle formule. Mais l’aval de la filière est moins nanti. D’autant qu’il faudra compter avec d’autres flux : le plastique issu des voitures, des déchets électroniques, etc.

De ces contraintes, les autorités wallonnes aimeraient faire des atouts. Il y aurait chaque année 150.000 tonnes de plastiques d’emballage à valoriser en Wallonie, indique-t-on au cabinet du ministre de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet (MR). Une piste de plus pour l’économie circulaire, qui emploie actuellement 3.700 personnes en Wallonie et dont le potentiel, dit Agoria (la fédération de l’industrie technologique), serait de 36.000 emplois et 3,6 milliards de valeur ajoutée supplémentaires d’ici 2020. Récemment, des patrons, écrivant dans l’Echo, ont suggéré de faire de la Wallonie « la poubelle du monde ».

75 millions à la clef

Le nouveau plan wallon d’investissements prévoit ainsi de consacrer 75 millions d’euros sur cinq ans à des « nouveaux projets liés aux déchets-ressources plastiques ». Une terminologie encore absconse. Et ça cogite ferme pour la concrétiser. Début janvier, le ministre Jeholet a entamé des rencontres avec des industriels, des centres de recherche et la société régionale d’investissement (SRIW) afin de sonder les besoins de soutien pour des projets de développement d’une « filière plastique à haute valeur ajoutée ». « Le secteur est motivé et mûr pour se lancer dans un projet, à condition qu’il reçoive le signal d’un soutien politique », dit le ministre. « Le politique doit mettre des moyens financiers clairs sur la table et surtout proposer un contexte », dit-on du côté industriel, où l’on se méfie un peu de la tournure « directive » des premières discussions et de la part belle donnée aux universités et centres de recherche.

Une des idées sur la table : lancer un appel pour soutenir des projets réunissant plusieurs acteurs de la filière (centre de recherches, universités, entreprises, intercommunales…). Du concret déjà pour cette année en tout cas : «  Il y a une certaine urgence par rapport au contexte international, et il ne faut pas louper cette belle opportunité, poursuit Jeholet. L’accompagnement doit être stratégique via des leviers publics : des financements, des garanties, des aides à la recherche. » Le ministre appuie également l’idée de modifier les règles de marchés publics afin d’imposer l’intégration d’une certaine quantité de plastique recyclé dans les matériaux.

Le ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio (CDH), va lui aussi consulter, dit son cabinet. « On examine les conditions techniques et financières de l’émergence de la filière ». Le ministre a évoqué des interventions dans l’investissement dans des unités de recyclage ou dans l’adaptation d’unités de production permettant d’utiliser de la matière recyclée.

Au fédéral, la ministre de l’Environnement, Marie-Christine Marghem (MR), a quant à elle confié à la fédération des entreprises de l’économie circulaire l’étude des problèmes rencontrés dans le recyclage de certains produits en raison de leur design (mélanges de matières, couleurs… qui troublent le tri, la séparation des matières ou leur recyclage). Première filière étudiée : les PMC.

« Il y a place pour le recyclage des plastiques chez nous. Tous les signaux sont au vert. Il faut atterrir », insiste Cédric Slegers, directeur adjoint de la fédération. Pour l’instant, on n’y est pas encore. Mais tout le monde s’active.

Le plastique revient dans les flacons

M.d.M.

Utiliser moins de plastiques vierges et davantage de plastiques recyclés. Beaucoup d’industriels ont pris cette voie, même si le lobby de la pétrochimie reste partout très puissant. « Le jour où l’incorporation de recyclé deviendra un argument marketing, l’affaire sera dans le sac », commente un expert du secteur. Ça commence : en 1998, Spa Reine a été la première marque en Europe à utiliser une bouteille contenant du PET recyclé (25 % en 1998, 50 % en 2011). Sa bouteille de Spa pétillant contient 25 % de PET recyclé. Pas les bouteilles de Bru, autre marque du groupe, qui d’ailleurs n’en fait pas une grande publicité. Evian utilisera une bouteille composée à 100 % de plastique recyclé en 2025, a annoncé le groupe. Procter & Gamble a lancé un shampoing contenu dans une bouteille à 25 % composée de plastique recyclé. Ecover introduira des emballages 100 % recyclés d’ici à 2020.

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