Affaire Weinstein: les nouveaux bannis de Hollywood

L’affaire Weinstein a fait des émules.
L’affaire Weinstein a fait des émules. - AFP.

Qui aurait imaginé, le 5 octobre dernier, que la révélation de l’affaire Weinstein aurait, quatre mois plus tard, encore autant de conséquences sur l’industrie du cinéma. Or, on en est là, aujourd’hui, au cœur d’une révolution de palais, qui voit certains rois de Hollywood, jadis – souvent – sacrés par Harvey Weinstein, aujourd’hui menacés sinon de guillotine, du moins de purgatoire professionnel.

S’il est délicat d’évoquer ici une liste noire, tant le terme renvoie aux heures d’un maccarthysme qui était surtout préoccupé, dans les années 50, par les opinions politiques (et communistes) des célébrités américaines, on n’en est pas moins tenté de parler d’une chasse aux sorciers. Une chasse que l’on jugera, selon les cas, légitime, problématique, voire scandaleuse.

Les nouveaux pestiférés du divertissement américain voient aujourd’hui leur carrière brisée ou compromise, leur réputation démolie ou abîmée, tout cela alors que, dans la majorité des cas, ils n’ont pas encore été jugés et bénéficient sur un plan strictement légal de la présomption d’innocence.

Voici ci-dessous, et de façon non exhaustive, quelques-unes des personnalités dont la carrière est aujourd’hui menacée. La liste Weinstein, comme on serait tenté de l’appeler, met aujourd’hui en péril, à tort ou à raison, l’avenir artistique de quelques monstres sacrés du cinéma, de Woody Allen à Quentin Tarantino, en passant par Roman Polanski, Dustin Hoffman ou John Lasseter.

Le temps et l’œuvre de la justice diront si ces artistes méritaient ou non leur statut de « présumés coupables ».

Woody Allen

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Traqué depuis 25 ans pour avoir abusé sexuellement, selon les accusations, de sa fille Dylan, alors âgée de sept ans, Woody Allen était jusqu’ici toujours parvenu à s’en sortir, au bénéfice du doute. Mais depuis le déclenchement de l’affaire Weinstein, provoqué par l’enquête de son fils Ronan Farrow, et depuis le témoignage accablant, sur la chaîne CBS News, de sa fille Dylan Farrow, Woody Allen est sous le feu d’attaques d’une violence telle qu’on imagine difficilement qu’il s’en relèvera. De nombreux acteurs ont déjà annoncé qu’ils ne travailleraient plus avec lui. Cela fait 26 ans que le cinéaste new yorkais est régulièrement attaqué pour des affaires de mœurs. Timothée Chalamet et Rebecca Hall, les deux interprètes de son prochain film, A rainy day in New York, se sont publiquement engagés à reverser le montant de leur cachet à Time’s up, association de soutien aux victimes de harcèlement. Wonder Wheel, le quarante-septième film de Woody Allen, pourrait bien être son dernier.

Kevin Spacey

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On le dit artistiquement mort. Accusé, fin octobre, d’agression sexuelle par l’acteur Anthony Rapp, qui n’avait que 14 ans au moment des faits en 1986, considéré comme un prédateur sexuel, suspect de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelle, voire de tentatives de viol, Kevin Spacey a été lâché par Hollywood de façon expéditive. Renvoyé de la sixième saison de House of cards, qui reposait sur ses épaules, effacé de la distribution de Tout l’argent du monde, remplacé sur-le-champ par le vétéran Christopher Plummer, Spacey est aujourd’hui soigné dans une clinique du désert de l’Arizona spécialisée dans le traitement de l’addiction au sexe

John Lasseter

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Le 21 novembre 2017, John Lasseter, légendaire cofondateur de Pixar et directeur artistique du studio d’animation de Disney, annonçait qu’il se retirait de ses fonctions, le temps d’un congé de six mois. En cause, des « comportements inappropriés » envers des employés de son entreprise. Cette mise en retrait soudaine s’est accompagné d’un mea culpa tout aussi inattendu, adressé à « quiconque a déjà reçu une étreinte non consentie ou tout autre geste qui a franchi les limites, sous quelque forme ce ce soit de ma part ». Une décision qui n’est pas passée inaperçue, John Lasseter étant l’un des hommes les plus puissants de Hollywood. Réalisateur de Toy story, le premier long-métrage de l’histoire animé par ordinateur, et de Cars, Lasseter a accumulé, sous la casquette d’homme-orchestre de Pixar, pas moins de treize Oscars. C’est sous sa direction artistique que Disney a également enregistré, ces dernières années, quelques-unes des plus fortes recettes de l’histoire du cinéma, notamment avec La Reine des neiges ou Raiponce.

Dustin Hoffman

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Six accusations de harcèlement ou d’agression sexuels, depuis le déclenchement de l’affaire Weinstein. Les temps sont durs pour Dustin Hoffman, l’un des plus grands acteurs du cinéma américain, véritable légende vivante, qui a écrit l’histoire avec ses interprétations dans Rain man, Macadam cowboy, Little big man, Tootsie, Kramer contre Kramer, Lenny, Marathon man… Le 1er novembre 2017 l’écrivaine Anna Graham Hunter accusait dans The Hollywood Reporter la star américaine, aujourd’hui âgée de 80 ans, de l’avoir harcelée sexuellement sur le tournage de Mort d’un commis voyageur, en 1985. D’autres témoignages se sont ajoutés, depuis. Tous datent de Mathusalem. Tous portent, selon les accusatrices, sur des comportements lourdingues, voire des gestes déplacés. Face à ces accusations, qui demeurent floues et lui valent le soutien de certains, comme Liam Neeson, Dustin Hoffman avait présenté, début novembre, ses excuses. « J’ai le plus grand respect pour les femmes et je me sens très mal à l’idée que tout ce que j’ai pu faire puisse les mettre dans une situation inconfortable. Je suis désolé. Ce n’est pas le reflet de la personne que je suis. »

La fin de carrière de Dustin Hoffman est compromise.

Casey Affleck

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L’Oscar du meilleur acteur, en 2017, pour son rôle dans Manchester by the sea, est lui aussi sur la sellette. En 2010, deux de ses collaboratrices sur le tournage de I’m still here portaient des accusations de harcèlement sexuel. L’acteur les a toujours niées en bloc, en considérant que c’était de la « fiction totale »… mais l’affaire s’était conclue par un arrangement à l’amiable. Casey Affleck n’aurait jamais décroché son Oscar si l’affaire Weinstein avait explosé un an plus tôt. La pression est aujourd’hui forte, et si la justice ne s’en est pas mêlée, les rumeurs malveillantes ont ébranlé Affleck. La tradition veut à Hollywood que le dernier oscarisé remette le trophée à son successeur, côté féminin. Devant l’ampleur des attaques, et une pétition demandant à l’Académie des Oscars de bannir l’acteur de la cérémonie, Casey Affleck a décidé de déroger à cette tradition.

Louis C.K.

BELGAIMAGE.

Les nombreux fans de l’humoriste américain sont inconsolables. Louis C.K., incarnation de l’autodérision contemporaine, est officiellement banni de l’industrie du divertissement. Le 10 novembre 2017, il reconnaissait sans broncher que les accusations portées contre lui étaient toutes vraies. À savoir que, à plusieurs reprises, l’humoriste s’est livré à des exhibitions sexuelles, n’hésitant pas à se masturber devant des comédiennes. Sans y voir à mal, pensait-il, car « je ne montrais jamais ma bite sans demander d’abord » (sic). Ses aveux dans le New York Times et ses excuses n’y changeront rien : une semaine avant la sortie de son film I love you, Daddy, la société de distribution Orchard a décidé l’annulation pure et simple. On ne verra donc jamais le film. Qui plus est, FX, qui diffusait la série Louie, annonce qu’elle met fin à sa collaboration avec lui, tandis que Netflix annule son projet d’émission spéciale. Louis C.K. se relèvera-t-il de ce fulgurant bannissement ?

Steven Seagal

Star dans les années 90, pour ses compositions dans des films d’action (Piège en haute mer, Ultime décision…), Steven Seagal a souvent été accusé de harcèlement sexuel. Déjà assigné en justice en 2001 et 2010, Seagal est visé depuis l’affaire Weinstein par trois accusations de harcèlement. En novembre dernier, l’actrice Portia de Rossi stigmatisait les abus de l’acteur américain, qui l’avait menacée sexuellement lors d’une audition pour jouer dans l’un de ses films. Même type de témoignage de la part de l’actrice Julianna Margulies. La carrière de Steven Seagal semble, elle aussi, compromise. Mais bon, cela faisait longtemps que ses films étaient passés de mode.

James Tobback

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Il n’est pas loin du sordide tableau de chasse de Harvey Weinstein. Le scénariste de Bugsy et réalisateur de Mélodie pour un tueur a harcelé et agressé des dizaines de femmes, actrices (parmi elles, Julianne Moore), journalistes ou anonymes. Le modus operandi de ce prédateur sexuel : se servir de son statut de cador et de prétendu faiseur de carrière pour mieux marchander (quand ce n’était pas forcer), auprès de ses proies, des récompenses sexuelles. L’homme est aujourd’hui professionnellement mort.

Lars von Trier

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Loin de Hollywood mais toujours au cœur de l’industrie du divertissement, Lars Von Trier est soupçonné, depuis le déclenchement de l’affaire Weinstein, de harcèlement sexuel. Le 15 octobre 2017, Björk se fendait, dans un long message posté sur son compte Facebook, d’une attaque en règle dirigée contre le cinéaste danois. La chanteuse islandaise y déclarait avoir été harcelée sexuellement sur le tournage de Dancer in the dark, qui valut au cinéaste la Palme d’or et à l’actrice le prix d’interprétation au Festival de Cannes. « Comme je repoussais à maintes reprises le réalisateur, il boudait, me punissait et donnait à son équipe l’impression que j’étais la personne à problèmes ». Bjork ajoutait que Lars von Trier était entouré par une « équipe d’une dizaine de personnes qui a permis et encouragé » son attitude. A la mi-novembre, neuf anciennes employées de Zentropa, la célèbre maison de production danoise, dénonçaient les comportements de harcèlement sexuel et les pratiques d’humiliation chers à Von Trier et à son producteur Peter Aalbaek Jensen.

Michael Douglas

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Admis en 1992 en cure de désintoxication pour des problèmes d’addiction sexuelle, Michael Douglas a toujours nié les accusations qui le visaient. A commencer par celle émanant de Susan Braudy, qui était à la fin des années 80 attachée à la société de production de Douglas. Aujourd’hui écrivain et journaliste, Susan Braudy a raconté son harcèlement au Hollywood Reporter. Elle y explique que la star hollywoodienne s’efforça à l’époque d’acheter son silence, en lui faisant signer une clause de confidentialité. Elle refusa, dit-elle. Et fut licenciée en 1989. Aujourd’hui âgé de 73 ans, Michael Douglas campe sur ses positions. « C’est un mensonge total, une invention, il n’y a aucune vérité là-dedans (…) J’ai du mal à comprendre pourquoi, après 32 ans, cela sort maintenant. »

James Franco

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C’est après avoir vu James Franco remporter, le 7 janvier dernier, un prix du meilleur acteur dans son film The Disaster Artist lors des récents Golden Globes, que l’actrice Ally Sheedy s’est fendue sur Twitter d’un message offensif – avant de l’effacer. « S’il vous plaît, ne me demandez pas pourquoi j’ai abandonné le secteur du cinéma/télévision ». La réaction de Franco n’a pas tardé, dans l’émission The Late Show with Stephen Colbert. « Je ne sais absolument pas ce que j’ai fait à Ally Sheedy (avec laquelle il a travaillé au théâtre – NDLR). J’ai le plus grand respect pour elle. » Ce démenti n’a visiblement pas suffi : le 20 janvier, Scarlett Johansson, porte-parole de la Marche des femmes de Los Angeles, a publiquement dénoncé le comportement de son collègue masculin.

Roman Polanski

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En 2009, Harvey Weinstein avait pris la défense de Polanski, alors au centre de nouvelles attaques médiatiques, liées à l’affaire de viol pour lequel le génial réalisateur de Rosemary’s baby écopa, en 1977, d’une condamnation par la justice américaine. Renvoi d’ascenseur : en ce début 2018, Polanski s’est dit déçu de ne pas retrouver, comme chaque année à la même période, son ami Harvey à la station hivernale de Gstaad. Ces déclarations ne devraient pas améliorer l’image publique d’un artiste qui, en octobre dernier, provoqua devant la cinémathèque française la mobilisation de féministes remontées à l’idée de voir la rétrospective de ses films. Parmi les slogans des manifestantes, cette pancarte : « Si violer est un art : donnez à Polanski tous les Césars. »

Quentin Tarantino

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Pas d’accusations de harcèlement ou de d’agression sexuelle pour le réalisateur de Pulp fiction. Tarantino n’est pourtant plus en odeur de sainteté. Plusieurs raisons à cela. D’abord, le sentiment que Tarantino s’est positionné de la pire des manières, au moment de l’affaire Weinstein. Après avoir feint la stupéfaction, il dut avouer qu’il savait tout des abus de son producteur. On apprit dans la foulée que le cinéaste couvrit sciemment les comportements de Weinstein, en 2003, en évinçant de la promotion de Kill Bill l’actrice Daryl Hannah, qui s’était plainte à l’époque des agressions sexuelles du mogul hollywoodien. Les archives ne plaident pas beaucoup en faveur de Tarantino. Un document de 2003 vient de ressortir. On y entend le cinéaste indépendant prendre la défense de Polanski, dans l’affaire de mœurs de 1977. On le cite : « Il n’a pas violé une fille de 13 ans. Il a eu un rapport sexuel avec une mineure. Ce n’est pas un viol. » Si l’on ajoute à cela les révélations récentes de Uma Thurman, sur le traitement dégradant que son cinéaste lui réserva sur le tournage de Kill Bill, la coupe est pleine. Tout cela en attendant son prochain film… sur l’affaire Sharon Tate. Tarantino aurait promis un rôle de premier plan à Polanski.

Paul Haggis

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Le cinéaste et scénariste doublement oscarisé (Crash, Million dollar baby) est accusé d’abus sexuels par quatre femmes. Des plaintes au civil ont été déposées, trois de façon anonyme. Il est notamment question d’un viol. Le témoignage de la quatrième, Haleigh Breest, agente publicitaire, a débouché sur une assignation en justice devant la Cour suprême de New York. Là aussi, les accusations sont graves, portant sur un présumé viol, en 2013. Paul Haggis a déclaré via son avocat qu’il « démentait les accusations en bloc ». Mais n’en a pas moins démissionné, début janvier, de son poste de président du conseil d’administration d’un organisme à but non lucratif (OBNL) Artists for Peace and Justice.

Geoffrey Rush

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Révélé par sa composition éblouissante dans Shine, qui lui valut l’Oscar du meilleur acteur en 1997, Geoffrey Rush, également connu pour son rôle récurrent dans la saga du Pirate des Caraïbes, est lui aussi soupçonné de « comportements sexuels inappropriés ». L’acteur australien s’estime abusé par ces attaques. Mais n’en a pas moins démissionné, le 2 décembre dernier, de son titre de président de l’Australian Academy of Cinema and Television Arts (AACTA).

Ben Affleck

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Il doit sa carrière à Weinstein. Il lui devra peut-être aussi sa chute. A l’instar de Matt Damon et de Russell Crowe, Ben Affleck n’est jamais parvenu à couper le cordon avec son père professionnel. Le protégé du « parrain » s’est régulièrement emmêlé les pinceaux quand il s’agissait de faire la clarté sur sa position dans l’affaire Weinstein. Ou quand il eut à répondre lui-même à des accusations de femmes choquées par ses comportements. Il paie aujourd’hui son manque de transparence. Et se prépare sans doute à traverser une longue période de purgatoire.

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